De l’accompagnement au compagnonnage !

De l’accompagnement au compagnonnage !

Vivre le compagnonnage, c’est prendre soin de la relation…

Jésus, avec les disciples d’Emmaüs, n’a pas interrompu leur récit pour leur expliquer ce qu’il fallait qu’ils comprennent dans cet événement qui le concerne. Il les a laissé parler, afin de créer un espace pour la rencontre, avec cette confiance qui permet une parole vraie. Nous sommes invités à nous laisser décentrer de nous-mêmes, de ce que nous voulons dire souvent trop vite, pour d’abord nous mettre à l’écoute afin de laisser Dieu agir au coeur de chacune des personnes qui se rencontrent. C’est pour cela que nous sommes des serviteurs à mains nues !

« Savez-vous que soigner et servir ont la même racine ? En grec, c’est le premier sens de Thérapeuo : je soigne ou je sers. Ces deux mots sont cousins. « Le soignant est un « serviteur » qui sert dans un « service », c’est-à-dire dans une équipe qui, ensemble, rendent le service de prendre soin des personnes qui leur sont confiées… »

CM

Prendre soin de la relation, c’est être disponible et, en aumônerie d’hôpital, c’est une attitude fondamentale pour ne pas être dans ses préoccupations, de vouloir ceci ou cela. Il y a un moment où il faut y aller, frapper à cette porte pour rencontrer quelqu’un que l’on ne connait pas et se risquer à le rejoindre dans ce qu’il vit et nous laisser rejoindre également dans ce que nous vivons. C’est un véritable acte de foi qui nous est demandé. Un acte de foi nourri du don de Dieu dans la prière personnelle, communautaire, et dans la vie d’équipe, grâce à la relecture après les temps d’accueil et de célébration, la supervision, les formations diocésaines, les temps de récollection…

Croire et non pas savoir !

Cet acte de foi m’allège, me rend patiente et m’invite à ne pas vouloir plus que ce que l’aujourd’hui me donne. Pas d’efficacité à chercher, mais une gratuité à accueillir, laissant la place à une fécondité qui est toujours imprévue et inattendue !

Vivre de compagnonnage, c’est relire et relier les événements afin de donner sens à l’aujourd’hui

La parole de Jésus dans l’Évangile d’Emmaüs est patiente car il prend le temps de relire avec les disciples toute l’histoire du peuple d’Israël : « Commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures tout ce qui le concernait. »

Prendre le temps de relire avec les personnes malades leur histoire, sans rien vouloir à leur place, mais ouvrant l’horizon sur la vie qui est à l’oeuvre en eux, au lieu même où ils ont mal. Et parfois, avec certains, oser une parole de l’Evangile, parce qu’ils nous font le cadeau de découvrir la présence du Christ là où il leur était impossible de la soupçonner avant !

Avec les disciples d’Emmaüs, Jésus ose faire ce lien entre la souffrance et la Gloire, entre la mort et la vie. Quelle audace quand on y pense ! L’entendre dire : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » Il y a des souffrances profondes que l’on ne peut toucher qu’avec des mains qui ont été percées par des clous… Alors la parole peut être accueillie et entendue, parce que leur cœur s’ouvrait et devenait tout brûlant…

Etre touché au cœur peut permettre, comme pour les disciples d’Emmaüs, de nous interroger : « Qui est ce Jésus qui vient nous rejoindre sur la route de nos rencontres ? ».

Pierrette