Rien ne me poussait à aller en Albanie si ce n’est un séminaire européen organisé par le Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe.
Je ne savais même pas trop où se situait ce pays d’Europe du Sud, dans l’Ouest de la péninsule balkanique, partageant des frontières communes avec le Monténégro, au nord, le Kosovo, au nord-est, la Macédoine, à l’est, et la Grèce, au sud.
En me renseignant, je découvrais qu’avec ses 3 millions d’habitants pour 28.748 km², l’Albanie à majorité musulmane et avec des communautés catholique et orthodoxes conséquentes était devenue un terrain à conquérir par des groupes religieux nouveaux : Églises évangéliques, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, Témoins de Jéhovah et quelques mouvances musulmanes comme les salafistes.
Il suffira cependant de quelques jours passés à Shkodër, Krujë et Tirana, pour aimer ce peuple albanais qui, de siècle en siècle, eut à se défendre des invasions ou des occupations ou des oppressions. Il est vrai que cette terre qui a connu autant la coexistence pacifique que les persécutions montre au quotidien que, pour éviter les préjugés, la connaissance de l’autre est fondamentale. Si cette nation est parvenue à ce climat de dialogue et d’acceptation, n’est-ce pas parce qu’elle a mis en application ce que Jean-Paul II déclarait, à savoir que « la foi sincère ne sépare pas les hommes, mais les unit, même dans leurs différenciations » ?
En ce mois de février 2018, j’en conviens, mon cœur vibra aux témoignages de Mgr Angelo Massafra, évêque de Shkodër (Albanie), de Mgr Claude Rault, évêque émérite de Laghouat – Ghardaïa (Algérie), de Mgr Brendan Leahy, évêque de Limerick (Irlande), et de Haxhi Baba Edmond Brahmaj Kryegiyshi, chef spirituel des Bektashi (Albanie).
Chacun, à sa manière, se faisait en effet le relais d’une invitation : être humble pèlerin de la Vérité que les uns et les autres cherchent ensemble.
Il s’agit en effet de ne pas diviser les croyants mais, au contraire, de leur indiquer le chemin qui rapproche de la Vérité.
Cela suppose, au préalable, d’être pleinement homme, créé à l’image Dieu, enraciné dans sa culture et porteur de valeurs humanistes que tous peuvent partager en ce deuxième millénaire.
Chacun peut ensuite jouer de sa partition dans la symphonie interreligieuse que les croyants souhaitent jouer en commun, unissant leurs énergies spirituelles pour construire un monde plus juste.
Par-delà les différences, voire les divergences, pourquoi en effet ne pas risquer une solidarité dans la prière simple qui jaillit du cœur, ouvrir des passerelles spirituelles entre nous, faire alliance entre dialogue et intériorité, ce sanctuaire commun invisible aux priants ?
N’avons-nous pas à vivre une vocation de facilitateur du dialogue dans les lieux où nous travaillons, être prophète d’espérance dans l’enrichissement mutuel de nos spiritualités qui nous tournent vers le même point cardinal qu’est Dieu l’Unique, Amour parfait ?
Soyons-en convaincu : la diversité des chemins n’est ni un obstacle, ni une contrainte, ni un enfer. Elle est vie, source d’entraide mutuelle et de partenariat spirituel pour entrer encore plus dans les mystères de Dieu et de l’Homme !
Vincent Feroldi
