Le verset biblique « que j’ai à l’oreille » en ce moment est une petite phrase de l’Evangile de Marc que nous avons lu le lundi 25 février 2019 :
« En ce temps-là, quelqu’un dans la foule s’adresse à Jésus, qui redescend de la montagne avec trois de ses disciples, et il lui dit : « Maître, je t’ai amené mon fils, il est possédé par un esprit qui le rend muet »
Marc 9, 14-29
« Maître je t’ai amené mon fils » : ce verset est resté dans mon oreille. Un peu après Jésus dit : « Amenez le moi », puis l’évangéliste Marc précise : « On le lui amena ».
Ces quelques mots : « amener un être cher à Jésus », je vais vous dire le chemin qu’ils ont fait en moi, comment ils sont venus me rejoindre et me toucher.
La veille, le dimanche matin, j’avais appris la mort accidentelle en montagne de D., et j’ai eu beaucoup d’émotion. L’après-midi, en lien ou non avec cette nouvelle, je ne sais, j’ai relu une page de Dietrich Bonhoeffer sur la prière d’intercession :
« … l’intercession n’est rien d’autre que l’acte par lequel nous présentons à Dieu notre frère en cherchant à le voir sous la croix du Christ, comme un homme pauvre et pécheur qui a besoin de sa grâce. Dans cette perspective, (…) je le vois dans toute son indigence, dans toute sa détresse, et sa misère et son péché me pèsent comme s’ils étaient miens, de sorte que je ne puis plus rien faire d’autre que prier : Seigneur agis toi-même sur lui, selon Ta sévérité et Ta bonté. »
Sans doute cette lecture a-t-elle influencé mon écoute de la Parole, le lendemain.
A la fin de ce récit, Jésus précise : « Cette maladie ne peut se guérir que par la prière ». Alors, cette parole : « Seigneur je t’ai amené mon fils » m’a parlé de la prière. Et cette page de l’Evangile de Marc m’a décrit la prière de tous ceux qui amènent leurs proches à Jésus et lui parlent d’eux, en ce temps-là et en ce temps-ci, particulièrement ceux qui sont malades et ceux qui peinent pour vivre.
Ce lundi, à la prière, la parole : «Amenez-le moi » m’a appelée à amener, en la nommant, cette amie proche qui est malade, et avec laquelle je chemine.
Nous avons amené aussi à Jésus, en les nommant, le mari et le fils de D., dans l’espérance qu’il les relève.
Le mardi nous avons reçu une lettre de G. nous annonçant un diagnostic sévère pour l’un de ses proches. J’ai reçu cette nouvelle avec cette parole à mon oreille : « Amène-les moi ».
Dans ce même récit ,Jésus pose des questions de précision au père de l’enfant : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? ». Ce dialogue d’une grande précision entre les deux hommes m’a fait penser aux dialogues que j’ai pu avoir avec des proches de cette amie, dialogues concrets et précis pour être au plus juste d’une présence.
J’ai éprouvé ainsi qu’il y a un lien entre « amener des gens à Jésus » dans la prière,et être en proximité avec eux. Presque comme si c’était une même démarche : les amener à Jésus, lui parler d’eux de façon précise, et m’approcher d’eux dans un échange et un dialogue dont la précision permet d’être au plus juste ensemble, et ainsi pouvoir faire le pas suivant.
La précision de l’intercession, c’est aussi ce qui est décrit dans ce récit et ce à quoi il m’appelle.
Mes mots sont un peu maladroits… Peut-être que je cherche à vous dire quelque chose du lien entre la prière et la vie, sa fécondité.
La fécondité de la prière, je l’entends aussi à la fin de ce récit quand « Jésus, saisissant la main de l’enfant, le releva et il se mit debout ».
Encore Dietrich Bonhoeffer :
« Nous voyons aussi que l’intercession est, non pas une chose générale, vague, mais un acte absolument concret. Il s’agit de prier pour telles personnes, telles difficultés, et plus l’intercession est précise, et plus aussi elle est féconde ».
Dietrich Bonhoeffer, De la vie communautaire, Ed : Delachaux et Niestlé, collection « L’actualité protestante », 1947, p. 85 – 87.
Chantal
17 mars 2019
