Donner prise

Donner prise

J’ai toujours en tête cette parole d’Éric-Emmanuel Schmitt dans « Le Visiteur » : « S’il n’y avait ta faiblesse, par où pourrais-je entrer ? »

Aujourd’hui, elle fait écho à une parole de Jésus dans l’évangile de Jean (Jn 8, 37) avec différentes traductions : « Ma parole ne trouve pas sa place en vous » ; « Ma parole ne pénètre pas en vous » ; « Ma parole n’a pas de prise sur vous. »

Toutes ces paroles nous disent que, sans une ouverture en nous, sans une faille, une blessure, rien ne nous altèrerait, au double sens de modifier, transformer et d’augmenter notre soif – qui peut être une soif de vivre, d’accueillir l’autre, en nous et en l’autre que nous – altérité.

J’ai longtemps redouté de laisser voir mes failles, mes blessures, les « trous » dans ma vie – peut-être par peur de « donner prise » sur moi. Et pourtant, « donner prise », c’est accepter de s’ouvrir à l’Autre/à la Parole/à la Présence et aux autres, de les laisser nous rejoindre, nous connaître, nous aimer, nous transformer et avoir place en nous.

J’ai aimé les rapprochements faits par Adrien Candiard dans « Quand tu étais sous le figuier… » entre Adam, Jacob et Jésus :

La blessure au côté d’Adam (Gn 2, 21-22) est l’ouverture par laquelle l’autre peut entrer – « … dans son sommeil, Dieu enlève un morceau de lui (la fameuse côte qui est en fait un bien plus mystérieux ‘côté’). A l’arrivée, Adam n’est plus seul, il a Eve avec lui ; il n’est plus complet non plus, il lui manque un morceau de lui-même. Il ne se suffit plus… le bonheur est dans la relation. »

La blessure au côté de Jacob, à la hanche, au gué du Yabboq (Gn 32, 26) est l’ouverture par laquelle l’Autre qui se bat avec lui peut entrer : « Jacob combat pour que soit vaincue sa suffisance… au prix d’une blessure à la hanche, car il faut bien que Dieu passe quelque part, et qu’il lui faut toujours une fêlure ou une blessure en nous pour entrer. » Mais l’autre aussi trouvera place puisque la réconciliation avec son frère Esaü sera possible.

La blessure au côté du Christ en croix (Jn 19, 34) est l’ouverture par laquelle Dieu se rend vulnérable à nous : « C’est du côté ouvert du Christ en croix que coulent pour nous, en continu, l’eau et le sang qui nous font vivre. » C’est pour cela que nous pouvons accueillir cette parole d’Isaïe (Is 53, 5) : « c’est par ses blessures que nous sommes guéris » comme une heureuse nouvelle.

Marie, 11 avril 2019

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