Sur la Voie de Rocamadour

Sur la Voie de Rocamadour

Pendant six jours de randonnée, j’ai aimé marcher seule, en silence, dans une nature le plus souvent accueillante, parfois rude, toute en montées et en descentes sur une partie du chemin. J’ai aimé quelques rares rencontres, en particulier lors du premier soir, dans un gîte tenu par un couple chaleureux où j’étais seule randonneuse. Un bel échange sur nos chemins de vie réciproques.

Mais j’ai surtout envie de parler de Serge, un ami de ma sœur aînée qui vit dans la région de Figeac. Il m’avait proposé de porter mon sac d’un gîte à l’autre. Non seulement il s’est acquitté de sa promesse mais, plusieurs fois, j’ai trouvé avec mon sac une glaciaire contenant une petite bouteille de jus de citron pressé non sucré – comme il sait que je l’aime, surtout avec la forte chaleur durant ces jours de marche – et des sandwichs pour le soir ou le lendemain.

Et c’est aussi sur lui que j’ai pu compter le jour où j’avais déjà parcouru vingt-six kilomètres – à la suite d’une erreur d’orientation sur le GR avec un long aller-retour dans un paysage de falaises et de sentiers rocailleux – et il m’en restait dix pour arriver au gîte. Et j’étais épuisée. Je lui ai envoyé un message en lui expliquant la situation et l’endroit où j’arrivais, sur une route, avec une seule petite indication qui l’a aidé à me retrouver. Inutile de dire mon soulagement.

Je lui ai alors dit qu’il était un « saint homme ». Je savais qu’il était « sans Dieu » – c’est son expression – et sans grande culture religieuse et ma parole l’a fait rire – j’ai alors pensé au rire de Sarah, la femme d’Abraham en apprenant qu’un enfant naîtrait de leur vieux couple – car il m’a dit qu’il n’avait rien d’un saint. Il m’a même remerciée de lui permettre de changer d’horizon, de découvrir une partie du Lot qu’il ne connaissait pas – presque des vacances que je lui offrais !

Et cela a été l’occasion d’une discussion sur la sainteté qui n’est ni la perfection ni le sans faute, mais la bonté, la générosité, le souci de l’autre parfois jusqu’au détail. Une définition peut-être trop humaine de la sainteté ? Je lui ai dit que c’était celle de Jésus.

Je lui ai alors parlé de quelques rencontres que Jésus a faites avec les gens du pays, « chemin faisant », toujours accueillant à leur demande, disponible, bon. Là, j’ai senti que ça l’intéressait. « Mais la religion, c’est pas ça ! » m’a-t-il répondu, « on continue à s’entretuer au nom de Dieu ! ». « La religion nous encombre – ai-je dit – et ce que l’on fait dire à Dieu encore plus ! »

Le passage d’Evangile dont je lui ai parlé le lendemain est celui du « Bon Samaritain » qui, voyant un homme en perdition, se déplace et en prend soin jusqu’au bout, jusqu’à l’auberge et plus tard encore, ne négligeant aucun détail. Lorsque j’ai raconté cet épisode à Serge il a aimé que ce soit justement un Samaritain, un hérétique pour les Juifs de ce temps, qui soit intervenu.

Pour moi, parler de Jésus, c’est parler d’un ami, d’un compagnon de route, de celui que Dieu a reconnu comme son Fils bien-aimé… C’est parler de quelqu’un qui a fait alliance avec nous, quelqu’un qui nous libère de nos fausses représentations de Dieu…

Parler ainsi de Jésus, chemin faisant, est une joie pour moi mais c’est souvent une petite graine semée au vent qui, peut-être – cela ne m’appartient pas – trouvera un chemin vers une terre hospitalière.

Marie
26 juillet 2025

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