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Devenons « sel de la terre » et « lumière du monde » !

Devenons « sel de la terre » et « lumière du monde » !

Dans l’évangile de ce dimanche (Matthieu 5, 13-16), Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre » et aussi « Vous êtes la lumière du monde ».

Sel de la terre, lumière du monde – quel paradoxe !

Le sel est de l’ordre de ces ingrédients que l’on enfouit pour qu’ils donnent saveur à un ensemble ; ils ne sont jamais mis en avant, seuls. Le sel n’a de raison d’être que dans l’enfouissement, mélangé.

La lumière, même la plus discrète, doit au contraire être visible, mise en avant. C’est sa raison d’être pour éclairer la pièce ou le chemin.

Un point commun cependant : n’exister qu’avec et pour d’autres.

Chez Jésus, ce qui donne de la saveur, ce sont des verbes qu’il incarne : s’approcher, regarder, voir, écouter, parler, toucher… autant de verbes qui font de lui un frère, un ami, un compagnon de route, si proche.

Ce qui est lumière chez Jésus, c’est sa parole, lorsqu’il parle des Béatitudes ou lorsqu’il répond aux  disciples de Jean qui lui demandent : « Es-tu Celui qui doit venir ? » (Matthieu 11, 2-6) : « Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. » Une parole qui lui vient de son Père, porteuse d’un Souffle qui l’agit, la rend efficace – Jésus fait ce qu’il dit.

L’enfouissement a été, pendant quelques années, un choix de vie en Église, en particulier dans la Pastorale de la Santé : être mêlés aux femmes et aux hommes de ce monde sans perdre son identité de chrétiens et, pour un certain nombre d’entre nous, cette option est toujours d’actualité. J’ai aimé et j’aime cela. J’aime croire que cette saveur en nous n’est pas affadie et que quelque chose diffuse mystérieusement dans le monde que nous présentons à Dieu lorsque nous prions ensemble et que nous faisons l’expérience d’une vie fraternelle.

Qu’avons-nous fait et que faisons-nous de la lumière du Christ en nous ? Il y a eu et il y a encore des lampes mises sur le lampadaire et qui brillent pour ceux qui sont dans la « maison » mais plutôt individuelles que collectives. Comment faisons-nous rayonner cette lumière ensemble à La Pierre Roulée puisque nous souhaitons « être témoins, chacun et ensemble, de la gratuité de l’amour de Dieu » – l’amour comme une lumière dans et pour le monde ?

Par contre, je crains beaucoup ceux qui, en croyant hisser la lampe pour qu’elle éclaire, hissent le drapeau identitaire qui, loin d’éclairer obscurcit la pièce ! Je n’en connais pas mais je sais qu’ils existent.

Beaucoup de choses ont de la saveur dans ma vie et lui donnent du goût, en particulier la Parole méditée chaque jour qui se mêle aux rencontres du jour, mais aussi les regards échangés dans la rue, parfois les sourires et les paroles cueillies au vol que je transforme parfois en récits, le rossignol qui revient en sautillant dans le jardin, tant de choses souvent minuscules qu’au soir de chaque jour je recueille en disant merci. Et toutes ces choses éclairent aussi ma vie.

Je crois que chacun, chacune d’entre nous peut aussi nommer ce qui donne du goût à sa vie et ce qui l’éclaire. Et lorsque, dans nos relectures de vie, nous nous rendons témoins de cela, je crois que, mystérieusement, nous devenons « sel de la terre » et « lumière du monde ».

Marie, 6 février 2026

Faire de l’espace en nos vies…

Faire de l’espace en nos vies…

Tel un brouillard qui se déchire
Et laisse émerger une cime,
Ce jour nous découvre, indicible,
Un autre jour, que l’on devine…

Vienne l’Esprit pour nous apprendre
À voir dans ce jour qui s’avance
L’espace où mûrit notre attente
Du jour de Dieu, notre espérance.

CFC (Frère Pierre-Yves), CNPL

Espace de contemplation goûté en ce début d’année,

Espace de gratuité précieux pour renouveler un espace intérieur,

Espace où ombre et lumière se mêlent comme en chacune de nos vies,

Espace pour laisser monter l’action grâce en nos cœurs,

Espace où murit notre attente… et notre Espérance,

Pour accueillir le jour que Dieu nous donne.

Puissions-nous faire de l’espace en nos vies

pour nous tenir en attention à la Rencontre et à la Vie qui se donne !

Elisabeth, janvier 2026

Sur la Voie de Rocamadour

Sur la Voie de Rocamadour

Pendant six jours de randonnée, j’ai aimé marcher seule, en silence, dans une nature le plus souvent accueillante, parfois rude, toute en montées et en descentes sur une partie du chemin. J’ai aimé quelques rares rencontres, en particulier lors du premier soir, dans un gîte tenu par un couple chaleureux où j’étais seule randonneuse. Un bel échange sur nos chemins de vie réciproques.

Mais j’ai surtout envie de parler de Serge, un ami de ma sœur aînée qui vit dans la région de Figeac. Il m’avait proposé de porter mon sac d’un gîte à l’autre. Non seulement il s’est acquitté de sa promesse mais, plusieurs fois, j’ai trouvé avec mon sac une glaciaire contenant une petite bouteille de jus de citron pressé non sucré – comme il sait que je l’aime, surtout avec la forte chaleur durant ces jours de marche – et des sandwichs pour le soir ou le lendemain.

Et c’est aussi sur lui que j’ai pu compter le jour où j’avais déjà parcouru vingt-six kilomètres – à la suite d’une erreur d’orientation sur le GR avec un long aller-retour dans un paysage de falaises et de sentiers rocailleux – et il m’en restait dix pour arriver au gîte. Et j’étais épuisée. Je lui ai envoyé un message en lui expliquant la situation et l’endroit où j’arrivais, sur une route, avec une seule petite indication qui l’a aidé à me retrouver. Inutile de dire mon soulagement.

Je lui ai alors dit qu’il était un « saint homme ». Je savais qu’il était « sans Dieu » – c’est son expression – et sans grande culture religieuse et ma parole l’a fait rire – j’ai alors pensé au rire de Sarah, la femme d’Abraham en apprenant qu’un enfant naîtrait de leur vieux couple – car il m’a dit qu’il n’avait rien d’un saint. Il m’a même remerciée de lui permettre de changer d’horizon, de découvrir une partie du Lot qu’il ne connaissait pas – presque des vacances que je lui offrais !

Et cela a été l’occasion d’une discussion sur la sainteté qui n’est ni la perfection ni le sans faute, mais la bonté, la générosité, le souci de l’autre parfois jusqu’au détail. Une définition peut-être trop humaine de la sainteté ? Je lui ai dit que c’était celle de Jésus.

Je lui ai alors parlé de quelques rencontres que Jésus a faites avec les gens du pays, « chemin faisant », toujours accueillant à leur demande, disponible, bon. Là, j’ai senti que ça l’intéressait. « Mais la religion, c’est pas ça ! » m’a-t-il répondu, « on continue à s’entretuer au nom de Dieu ! ». « La religion nous encombre – ai-je dit – et ce que l’on fait dire à Dieu encore plus ! »

Le passage d’Evangile dont je lui ai parlé le lendemain est celui du « Bon Samaritain » qui, voyant un homme en perdition, se déplace et en prend soin jusqu’au bout, jusqu’à l’auberge et plus tard encore, ne négligeant aucun détail. Lorsque j’ai raconté cet épisode à Serge il a aimé que ce soit justement un Samaritain, un hérétique pour les Juifs de ce temps, qui soit intervenu.

Pour moi, parler de Jésus, c’est parler d’un ami, d’un compagnon de route, de celui que Dieu a reconnu comme son Fils bien-aimé… C’est parler de quelqu’un qui a fait alliance avec nous, quelqu’un qui nous libère de nos fausses représentations de Dieu…

Parler ainsi de Jésus, chemin faisant, est une joie pour moi mais c’est souvent une petite graine semée au vent qui, peut-être – cela ne m’appartient pas – trouvera un chemin vers une terre hospitalière.

Marie
26 juillet 2025

Un chemin de Pâque(s)

Un chemin de Pâque(s)

Pendant quarante jours, le Déluge déferla sur la Terre et l’Arche de Noé…
Pendant quarante années, Moïse vécut dans le désert de Madian après avoir tué un Egyptien…
Pendant quarante jours, le même Moïse fut en présence de YAHWE qui lui avait révélé les Tables de la Loi et la Torah…
Pendant quarante années, au lendemain de la Pâque, le peuple hébreu erra dans le désert avant de rejoindre la Terre Promise…
Pendant quarante jours, Jésus se retira au désert où il jeûna, pria et fut tenté…

*

Pendant quarante jours, en ce printemps 2025, les fidèles du Christ se sont préparés à la grande fête de Pâques en priant, jeûnant, partageant, méditant, tout en quête de conversion et de pardonné donné et reçu…

*

Pendant quarante jours, le temps d’un Carême, Anne-Marie vécut la condition fragile du patient hospitalisé parce que son corps n’en pouvait plus et qu’il devenait urgent que d’autres prennent soin d’elle.

*

Ainsi, au jour du Mercredi des cendres, elle prit résolument le chemin de l’hôpital Edouard Herriot, à Lyon (Rhône), sans trop savoir avec certitude si le Temps de Dieu serait le Temps de l’Homme et si ce chemin la mènerait à la fête de Pâques ou à vivre sa Pâque.
Qu’importe !
Elle savait que, dans toute obscurité et au cœur des souffrances, le Seigneur était Lumière et qu’au cœur des longues journées, Il venait rouler la pierre et donner la Vie.

*

Au fil des jours, cette Vie de plus en plus ténue se nourrissait des visites et des rencontres, des attentions, du silence intérieur, de la lecture de l’Evangile et de la prière, du Pain de Vie et de l’Onction sainte.
Au plus intime de sa foi, Anne-Marie était dans la confiance. N’a-t-elle pas prié l’Esprit pour qu’Il soutienne en chacun l’initiative de l’Amour, d’un Amour qui ne se lasse pas, ne se décourage pas ?
Son credo s’enracinait dans une conviction profonde :

Le Christ est là. Près d’elle, avec elle, en elle !

*

Mais, de même que Marthe et Marie pouvaient s’interroger sur comment vivre de la manière la plus ajustée, de même Anne-Marie s’interrogeait sur la nature profonde de son chemin de Carême 2025.

*

Quand donc sera-t-il l’Heure de dire à Son Bien-Aimé : « Fiat ! » ?

*

Silence. Mystère. Attente.

*

Mercredi 16 avril. En la Primatiale Saint-Jean, les Huiles Saintes venaient d’être bénies. L’Eglise diocésaine se préparait à entrer dans le Triduum pascal. Le Christ donnait rendez-vous à toutes et tous pour le mémorial de Son dernier Repas… Mais pour Anne-Marie, l’Heure était arrivée de vivre sa Pâque et d’être en Christ.

*

Vint alors, en cette soirée du Mercredi Saint 2025, le temps de la myrrhe. Prendre soin d’Anne-Marie, une dernière fois. Telle fut la mission ô combien attentionnée des infirmières, permettant également qu’une simple chambre d’hôpital devienne un lieu de Lumière, de Vie et de Résurrection.

*

En cette fête de Pâques, je me souviens du dernier échange avec Anne-Marie. Autour de la Parole de Dieu. Paix et confiance en Celui qui est le Verbe. Mais je me souviens aussi, ce même jour, de son visage lumineux et souriant malgré l’inconfort d’une chambre d’hôpital et d’un corps souffrant.
C’est ce même visage, lumineux et souriant, qu’elle m’offrit au soir du Mercredi Saint alors qu’elle était en Christ.

Merci, Anne-Marie !

Vincent
19 avril 2025

La main et le cœur

La main et le cœur

Cet été, j’ai eu des échanges avec deux cuisiniers, séparément :

+ Sur le geste, le temps qu’il nous faut pour l’apprendre, gagner en précision, en rapidité, acquérir par entraînement, répétition.

+ Ayant acquis le geste, le temps et la patience qu’il nous faut pour l’enseigner et le transmettre.

+ Et une fois acquis, c’est la main qui guide.

+ L’intelligence de la main, souvent reliée à celle du cœur, nous nous en sommes émerveillés. Nos échanges ressemblaient à une contemplation de la main humaine.

L’un et l’autre ont l’amour de leur métier et des gens qu’ils nourrissent, leur présence est réconfortante auprès de leurs hôtes. Ils sont l’un et l’autre dans le don, ils ont le cœur sur la main !

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Cet été aussi, les fortes températures m’ont tenue chez moi. Dès que cela a été possible, quand la colle ne séchait plus sur mon pinceau, je me suis mise au cartonnage.

Je suis toujours heureuse de voir venir de belles réalisations sous mes doigts, heureuse de voir que des gestes commencent à s’acquérir, heureuse aussi de pouvoir offrir un bel objet utilitaire fait main, une boîte pour les médicaments de l’un, une pour la couture de l’autre, et ainsi participer à embellir leur quotidien.

Un jour, j’ai réalisé que prise par le travail et concentrée sur l’objet à fabriquer, j’ai peu parlé. Je me suis tue ! Ce jour-là nous lisions l’Evangile de Luc (4, 31-37), avec cette injonction de Jésus à l’esprit impur : « Tais-toi ! ». Après la surprise de ce lien inattendu, j’ai aimé recevoir ce commentaire : « Il nous faut entendre le Christ nous dire fermement « Tais-toi ! ».

Se taire ! Mais surtout laisser se taire en soi nos bruits intérieurs.

« Tous les bruits qui nous entourent font moins de tapage que nous-mêmes. (…) Le vrai bruit c’est l’écho que les choses ont en nous ».

(Madeleine Delbrel, « A l’écoute de la Parole avec Madeleine Delbrel », Gilles François et Bernard Pitaud, Nouvelle Cité, 2021, p. 20).

A la relecture, j’accueille que le travail manuel – mes mains-  puisse être l’instrument pour faire taire en moi les bruits parasites. Mes mains occupées, mes bruits intérieurs, se taisent et mon esprit s’apaise. Un tri se fait, les soucis de la vie sont là, mais ils ont trouvé un terrain serein, propice à la présence, même à distance. Je suis en présence paisible avec ceux dont les noms s’invitent et avec ce qui fait leur vie.

Le travail manuel m’offre une disponibilité à accueillir et recueillir la vie. La mienne et celle de mes proches, comme elle se donne, accueillir et recueillir les paroles échangées, les engranger, les laisser germer, les laisser me transformer par ce que j’en accueille.

Grâce au travail manuel, le mental se tait, le cœur prend le relais et passe au premier plan.

Je me suis sentie proche de Marie. A la fin de l’évangile de la nuit de Noël, il est dit d’elle qu’elle gardait tous ces événements dans son cœur.

Ces jours derniers, j’ai ré-ouvert un livre de Xavier Thévenot (« Avance en eau profonde ! » Desclée de Brouwer/Cerf, 1997) pour y chercher un autre article, et j’ai reçu en cadeau une traduction de ce verset. Elle est venue renouveler mon approche et nourrir ma communion avec Marie, m’éclairer et m’emmener plus loin que ce que le travail manuel m’a fait découvrir : « Marie conservait ensemble (sun-etêrei) toutes ces choses dites, les symbolisant (sum-ballousa) dans son cœur » (Luc 2,19).

+ « Marie faisait un travail symbolique à propos de toutes les paroles qui lui avaient été dites » (X.T. p.38)

+ « Marie a recours à la mémoire du cœur (…) C’est-à-dire qui implique la totalité de la personne dans ses choix les plus profonds ». (X.T. p.37)

+ « Quand vient à se produire un événement qui excède les capacités d’intégration de la personne (…) le sujet est-il convoqué à « jeter ensemble » (sun-ballein) tous les événements de son histoire, tout ce qui a été dit à leur propos, de façon à les mettre en rapport, non seulement entre eux, mais aussi avec ce qui fait et a fait sens dans sa vie. Alors, peu à peu, malgré des zones d’ombre qui peuvent subsister, les choses s’éclairent, et ce qui paraissait insensé trouve de la signification. Marie n’a pas échappé à ce travail d’élaboration du sens face à la surabondance de l’amour divin ». (X.T. p.39)

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Lors de mes journées de travail manuel, ce travail de symbolisation se fait en moi !

Les événements, les paroles prennent leur juste place, se mettent ensemble, se relient, font sens simplement. Les paroles reçues reviennent, se répondent, s’éclairent. Ce qui m’a nourrie, la gratitude, la reconnaissance, mes combats, les échanges, viennent enrichir ma mémoire du cœur, et c’est aussi chemin de cohérence.

Marie conservait toutes ces choses dites, les symbolisant dans son cœur. Je crois que cela lui a donné de se tenir debout, accompagnant son Fils sur son chemin de vie, notamment au pied de la Croix. Et cela soutient mon espérance et ma confiance pour accueillir ce que la vie me donnera.

Chantal, 6 octobre 2024

« A qui irions-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle ? » (Jn 6, 69)

« A qui irions-nous, Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle ? » (Jn 6, 69)

Tu es la lumière qui veille lorsque la nuit risque de nous engloutir

Tu es le pied dans la porte pour qu’elle ne se ferme pas lorsque le repli nous guette

   A qui irions-nous, Seigneur ?

Tu es l’aube pour celui qui attend le jour

Tu es le crépuscule quand la fatigue du jour espère le repos de la nuit

   A qui irions-nous, Seigneur ?

Tu es la Vie redevenue vivante et large quand nous l’avions rétrécie

Tu es le Souffle qui renouvelle et rend toutes choses possibles

   A qui irions-nous, Seigneur ?

Tu es le joueur de flûte qui invite à la danse quand notre corps est lourd et nos semelles de plomb

Tu es la main qui se tend quand il nous faut tendre la nôtre à celui qui espère

   A qui irions-nous, Seigneur ?

Tu es le rouleur de pierres qui ouvre des passages

Tu es le jour nouveau où chacun, puisant à la Source, peut repartir à neuf

   A qui irions-nous, Seigneur ?

Tu es le Dieu poète pour qui nous sommes plus beaux que les lys des champs, plus précieux que tous les moineaux du monde

Tu es celui qui nous apprend à ne pas tenir pour rien le petit peu de chaque jour

   A qui irions-nous, Seigneur ?

Tu es le frère qui, en passant, nous dit : « Viens, suis-moi ! », et nous laisse libres de répondre

Tu es l’ami qui tend la main quand le chemin est escarpé, quand la peur nous paralyse

   A qui irions-nous, Seigneur ?

Tu es le Dieu des grands espaces et de l’appel au large

Tu es celui qui nous dit « va ! », « ne crains pas ! », « je suis avec toi ! »

   A qui irions-nous, Seigneur ?

Tu es le compagnon des pauvres et des petits, des pécheurs et des imparfaits

Tu es l’ami fidèle des jours de fête et de tempête

   A qui irions-nous, Seigneur ?

Tu es le Fils bien-aimé qui nous nous a fait connaître le Père

Tu es le Présent de chaque jour, promesse de vie éternelle

   A qui irions-nous, Seigneur ?                                                                       

 Marie

25 août 2024

Une histoire de pumptrack

Une histoire de pumptrack

Connaissez-vous la pumptrack ?

« C’est une piste en boucle, constituée de bosses et de virages relevés, pouvant être utilisée avec différents équipements sportifs tels vélo, rollers, trottinette… Aucun besoin de pédaler sur une pumptrack, car on utilise les reliefs de la piste pour pomper grâce à l’action des bras et des jambes… »

Enfin, ça, c’est la définition de Wikipédia ! Cela parait très simple !

Récemment, à la demande du conseil municipal d’enfants, deux pistes ont été installées sur la commune :une verte, une bleue. Il y a une quinzaine de jours, j’ai décidé d’expérimenter cette pumptrack.

Quand je suis arrivée sur le circuit, j’ai commencé à regarder comment les jeunes faisaient, dans quel sens ils tournaient… Certains étaient à vélo, d’autres en rollers et il y avait quelques trottinettes. Cela faisait beaucoup de monde qui tournait sur les pistes.

J’étais donc en pleine réflexion et je me demandais surtout comment j’allais faire pour ne pas rentrer dans quelqu’un ou tomber dans les virages ! C’est à ce moment-là qu’Elena, une petite de 4 ou 5 ans, vint auprès de moi.

  • Madame, c’est la première fois que tu viens ?
  • Oui et ça n’a pas l’air facile.
  • Je vais t’expliquer : au début, c’est des bosses, ça te fait prendre de l’élan. Tu vas y arriver, mais ton vélo est grand. Alors, il faudra freiner avant la grande courbe. Viens ! Suis-moi ! Je vais te montrer ! Tu vas y arriver !

Et nous voilà parties… La petite ne doutait pas de mon talent… moi, si !

J’ai posé le pied à terre dans la grande courbe pour ne pas être aspirée par le bord… Ouf ! c’est passé… J’ai fini le tour courageusement. Elena m’attendait : « C’est pas mal ! Mais reste sur cette piste pour t’habituer ! Moi je vais sur la piste bleue ».

Au bout de quelques passages sur la piste verte, je me suis sentie de plus en plus à l’aise. Elena avait raison… J’allais y arriver ! Je continuais sur la piste verte, tranquillement, en pensant rester sur cette piste quand Elena revint et me dit : « Tu peux maintenant venir sur la bleue. Je passe devant et fais comme moi ! »

Je me suis laissé faire… J’ai suivi Elena… Quelle aventure !

J’ai enchaîné piste verte et bleue plusieurs fois, sous le regard d’Elena. C’est vraiment un jeu marrant qui procure un soupçon d’adrénaline…

Elena était venue avec sa maman qui lisait sur un banc. C’était pour elle l’heure de s’en aller. Gentiment, la petite me dit :

  • Je dois m’en aller. Je peux te laisser ?
  • Oui, tu m’as bien aidée, tu as su me donner confiance. Merci beaucoup !

Cette petite a pris soin de moi. Cela m’a fait sourire au début car, habituellement, c’est plutôt moi qui prends soin des patients qui viennent me voir. J’ai eu « simplement » à me laisser faire, à faire confiance, à me laisser conduire. C’est une belle expérience !

« Tiens-nous dans la confiance… »

Lydie

Le retour du tragique

Le retour du tragique

Comme tant d’autres, je fais partie de la génération baby-boom, née aux lendemains de la Seconde guerre mondiale. Vatican II a dynamisé mon adolescence. Mai 1968 m’a rattrapé en classe de première et, quand il s’est agi d’entrer dans la vie professionnelle par un choix raisonné et raisonnable, la question n’était pas de savoir où il n’y avait pas de chômage. Elle était de choisir une voie, un métier, un premier emploi, parmi une large panoplie de propositions. C’était la période dite des Trente Glorieuses.

Puis la crise du pétrole est arrivée, le chômage est devenu endémique, la marche des Beurs marqua les esprits, le terrorisme prit son essor, les mouvements migratoires furent notre quotidien. Heureusement, Jean-Paul organisa la rencontre interreligieuse d’Assise du 27 octobre 1986, le mur de Berlin s’effondra le 9 novembre 1989, l’euro apparut, le niveau de vie moyen des Français continua à progresser. Perdurait la conviction que le progrès ne cesserait jamais, malgré quelques soubresauts, ici et là.

Pourtant, au début du troisième millénaire, la quête des identités apparut, au point que l’écrivain Amin Maalouf rédigea un essai remarqué et remarquable, Les Identités meurtrières (1998, Grasset, 198 p.). Le revers de la mondialisation et du tout numérique fit que chacun, chacune, voyait ses repères se brouiller. Chacun chercha dès lors à s’accrocher à quelque Radeau de la méduse, tel le tableau de Théodore Géricault des années 1818-1819. La civilisation des mœurs décrite par le sociologue Norbert Elias (1994, Calman-Lévy, 352 p.) laissa place à un recours nécessaire à la violence sous toutes ses formes pour se faire entendre. L’individualisme ne cessa de croître, de même que l’indifférence religieuse devenue au fil des décennies la première religion de France. Commença alors à se poser la question de l’avenir des monothéismes. Judaïsme, christianisme et islam avaient-ils encore une raison d’être ?

 Mais de quoi parle-t-on en fait ? De civilisations ? De systèmes religieux ? De spiritualités ?

La question est d’autant plus importante que nos contemporains sont confrontés ces dernières années au retour du tragique, au moment même où quelques esprits parlent de transhumanisme, d’intelligence artificielle et d’immortalité.

L’effondrement d’une institution catholique décrédibilisée par le caractère systémique des violences sexuelles et des abus spirituels commis en son sein, l’apparition fin 2019 du COVID-19 et d’une pandémie qui perdure à cette heure, le retour de la guerre sur le continent européen et les menaces d’une utilisation de l’arme nucléaire signent le retour du tragique dans nos existences et met en exergue la fragilité de l’humain, au moment même où certains se voyaient déjà dans la peau de dieu.

Que faire de tout cela ? Est-ce une nouveauté ? L’Histoire ne témoigne-t-elle pas de phénomènes similaires inscrits dans le passé ?

Relisons l’Evangile ! Le destin de l’Homme de Nazareth n’est-il pas à regarder à la même aune que celle de notre expérience présente ? Le Jésus de Cana est aussi le Jésus de la multiplication des pains ou le Jésus assis sur un ânon, entrant triomphalement dans Jérusalem, avant d’être le Jésus du Golgotha, crucifié entre deux brigands sur le coup de la neuvième heure, pour motif de blasphème.

Tout aurait pu s’arrêter là si quelques femmes n’étaient allées au matin de Pâques prendre soin de sa dépouille et faire cette expérience de l’ordre de la foi, à savoir professer que celui qui était mort est en fait ressuscité et que la vie est plus forte que la mort.

De la même façon, c’est celui qui n’avait pas déserté à l’heure du tragique Celui en qui reposait sa confiance, entendant ses dernières paroles tout en souffrance sur le bois de la croix, qui est le seul en capacité de reconnaître, depuis la barque où il pêchait, que l’homme sur le rivage était le Seigneur (cf. Jean 21).

En ce temps pascal, je crois que le Christ nous rejoint dans notre quotidien, au cœur même de notre vie profane, bouleversés que nous sommes par ce retour du tragique, et nous invite à rompre le pain, à écouter ses conseils et à vivre de l’amour inconditionnel du Père et des autres.

Vincent Feroldi

1er mai 2022

Le diable

Le diable

Le diable, l’adversaire, celui qui divise – qui fait exploser le lent travail intérieur d’unification, celui qui tord le chemin – la vérité – la vie. Peut-être pas une entité, une force d’ombre, nos ténèbres. 

L’homélie que j’ai écoutée hier m’a éclairée et poussée à écrire.
Jésus est parti au désert approcher cette réalité-là de fils de Dieu qu’il a entendu lors de son baptême : l’approcher et l’assumer. 
Celui que nous appelons le diable a toute finesse et toute compréhension du cheminement de cet homme au désert depuis 40 jours.
Que vise-t-il ? Le détourner de son accomplissement. 
Le diable commence tout simplement par la faim de pain. Il comprend la décision de Jésus : il l’accepte. Il comprend le bien pour lequel Jésus opte : vivre de la parole qui sort de la bouche de Dieu. Vivre en fils de Dieu.
Alors il poursuit la tentative de déconstruction, de fissuration, en utilisant les textes religieux. Il écoute la réponse de Jésus et, à nouveau, il comprend le bien pour lequel Jésus opte : vivre en fils de Dieu, sans se donner à lui même le pouvoir d’être Dieu. 
Alors il poursuit et en quelque sorte se dévoile :  » Adore-moi, idolâtre-moi, perds-toi en moi pour devenir tout puissant, sans limites ! « . 
Jésus nomme cette force de division intérieure qui sème confusion et tristesse funèbre : « Arrière, Satan ! ». 
A ce moment du combat, Jésus continue à choisir de vivre en fils de Dieu.
Le diable le quitta. 
Jésus fut enveloppé de douceur et de lumière.  » Il peut prononcer : « Père, me voici ! » Il n’est pas seul.
Geneviève