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Des pierres qui se roulent… Des paroles qui s’échangent… Des enfants qui trouvent leur place

Des pierres qui se roulent… Des paroles qui s’échangent… Des enfants qui trouvent leur place

L’autre matin, j’ai été invité au Centre de la Famille et de la Médiation…

Une des médiatrices familiales nous a présenté le travail qu’elle fait dans des ateliers d’enfants, en particulier avec les 4-6 ans mais les ateliers vont, par tranches d’âge jusqu’aux 15-17 ans. Pour chaque atelier, il y a quatre séances de 1H30, parfois 2H avec les enfants et la dernière séance de 2H avec enfants et parents. La présence à ces ateliers est obligatoire en cas de médiation familiale, surtout lorsque celle-ci est prescrite par le juge des enfants ou le juge aux affaires familiales.

Un programme a été élaboré pour chaque séance avec des dessins et des jeux interactifs. Ce que constate la médiatrice c’est que, dès que la parole se libère, les corps se redressent. Certains enfants arrivent apeurés, repliés sur eux-mêmes, ne parlant pas ou n’osant pas parler et c’est, bien souvent, parce que l’un ou l’autre ose une parole sur ce qu’il/elle vit que chacun se sent autorisé à en faire autant. La bienveillance des médiatrices, le non-jugement et la confidentialité assurée font que peu à peu, au fil des ateliers, les enfants parlent et disent leurs souffrances devant les disputes de leurs parents voire les violences auxquelles ils ont pu parfois assister et leur peur d’être abandonnés. Mais ce qui domine c’est souvent la culpabilité, comme s’ils se sentaient responsables de ce qui arrive à leurs parents. Cette culpabilité a parfois été renforcée par la réflexion de l’un ou l’autre parent. Ce qui est lourd aussi pour les enfants c’est d’être parfois requis d’être porteurs de messages parfois haineux – « Tu diras à ton père… ou à ta mère… » Lorsque la séparation a été actée et la garde alternée mise en place, les enfants disent qu’ils n’ont plus de maison (un enfant avait dessiné une maison puis mis une grosse croix dessus). Très vite certains enfants se sentent responsables de leurs parents – par exemple ne pas dire ce qui pourrait fâcher dans la façon de vivre chez l’autre parent.

En écoutant cette médiatrice j’ai pensé au livre de Delphine de Vigan « Les loyautés » et j’en ai parlé. Plusieurs l’avaient lu et trouvé très juste. Ces conflits de loyauté bien décrits dans le livre sont aussi vécus par les enfants participant aux ateliers.

Lors du quatrième atelier, les enfants écrivent à leurs parents ; c’est une lettre écrite ensemble qui sera lue lors du cinquième atelier avec les parents et ceux-ci, à leur tour, répondront aux enfants. La médiatrice nous a lu une lettre écrite par les 6-8 ans disant aux parents leur souffrance de les voir séparés mais que même ainsi ils les aiment et encore plus quand ils ne se disputent pas et ne disent pas de mal l’un de l’autre. Les parents remercient les enfants, leur disent que, même séparés, ils les aiment et promettent de changer d’attitude. Lors de cet atelier, la médiatrice repère parfois des parents qui restent fermés, incapables de se parler en se regardant – ce qui est demandé. Elle leur propose alors une rencontre en particulier. Elle sait bien que le travail n’est pas fait une fois pour toutes, qu’il faudrait recommencer ces ateliers – certains enfants le demandent – mais elles ne sont pas assez nombreuses pour cela.

J’ai aimé aussi le témoignage d’une grand-mère présente dans notre assemblée. Sa petite-fille de 6 ans a répondu à ses parents qui se séparent et lui demandaient de prendre parti : « je ne suis pas votre juge » et elle est retournée tranquillement dans sa chambre.

En écoutant cette médiatrice j’avais l’impression de pierres qui roulaient, de portes qui s’ouvraient, je voyais de petites lumières s’allumer, fragiles mais bien réelles et je n’avais qu’une envie, de dire merci.

Marie

Pèlerinage

Pèlerinage

Le pèlerinage, c’est partir chaque jour de chez soi, à l’heure, sans courir, ni précipitation, pour vivre au rythme du temps que Dame Nature te proposera…

Le pèlerinage, c’est partir chaque jour de chez soi, pour aller à la rencontre des choses et des personnes qui ont à te transmettre, en ce jour, un message d’éternité…

Le pèlerinage, c’est partir chaque jour de chez soi, pour prendre l’air du temps et recevoir un souffle nouveau, à temps et contretemps…

Le pèlerinage, c’est partir chaque jour de chez soi, par tous les temps, convaincu que le chemin te fera vibrer au cristal divin…

Le pèlerinage, c’est partir chaque jour de chez soi, pour, en chemin, changer, devenir autre et se convertir…

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Le pèlerinage, c’est partir le cœur en attente et les yeux ouverts, sans autre bagage que la confiance et l’espérance…

Le pèlerinage, c’est s’adonner à une démarche de disponibilité de l’âme, d’offrande de son être et d’écoute de l’autre…

Le pèlerinage, c’est entrer dans un chemin de conversion, en marchant à son pas, pour durer et atteindre le but rêvé…

Le pèlerinage, c’est inscrire dans son corps le renoncement à l’enfermement et l’ouverture à l’inattendu…

Le pèlerinage, c’est vivre une démarche journalière de pauvreté, d’humilité et de découverte d’une énergie intérieure ignorée…

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Le pèlerinage
C’est jeter tout ce qui est de trop
Se passer de ce qui génère la mauvaise graisse
Dégraisser ta foi
Et aller à l’essentiel.

N’avoir besoin de rien d’autre
Que d’une voie menant au Christ
Qui te rejoindra sur ton chemin pèlerin
Pour te faire goûter de Sa Parole.

Quand tu seras avec Lui
Et te tiendra dans Son intimité
Il t’indiquera la voie qui est la tienne
Pour que tu donnes le meilleur de toi-même
Et puisses aller toujours plus loin
Au-delà du mont qui te semble infranchissable.

La Vie t’attend
Tu n’as qu’à la gouter
Cueille-la
Elle a saveur d’éternité.

Vincent Feroldi
d’après des textes de CM

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Photos du pèlerinage de Shikoku (Japon) et exposition à l’IMA © V. Feroldi
Entrer dans la dynamique de la foi

Entrer dans la dynamique de la foi

A partir de Jean 20, 1-9

Entrer dans la dynamique de la foi… c’est par cette porte que je suis entrée dans l’évangile du matin de Pâques

Marie-Madeleine à ce moment-là n’entre pas. Elle a son interprétation toute faite. Elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple pour leur faire part de l’enlèvement du défunt.

Le disciple qui arrive le premier reste sur le seuil.
En se penchant, il aperçoit des signes.

Simon-Pierre arrive et il entre dans le tombeau.
Il en voit un peu plus : il aperçoit non seulement les linges, mais découvre aussi le suaire roulée à part à sa place.

« C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau.
Il vit et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts »

Nous savons depuis qu’il a fallu du temps aux premiers disciples pour proclamer Jésus, Christ et Seigneur. Cela ne s’est pas fait sur un claquement de doigt. Mais nous savons aussi la force de retournement qu’a suscité cette foi dans leur vie.

&

Entrer dans la dynamique de la foi… tel un mouvement continué, un souffle qui ne cesse ouvrir l’avenir !

Entrer dans la dynamique de la foi… non pas en étant loin de la réalité de la mort, loin des réalités du mal. Mais plutôt en pouvant nous en approcher, en supporter le contact. Il y a les signes de la mort qui nous laissent incrédules et d’autres qui nous donnent d’espérer la vie plus forte que la mort.

La pierre est roulée, une question s’est faufilée :

« Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? Un fils d’homme que tu en prennes soucis ? »

La question est tenace, elle remplit l’espace vide. Parfois, elle nous laisse sur le seuil. A l’heure favorable, elle nous fait entrer dans l’émerveillement d’être aimés et la joie libérée de toute question de mérite.

Entrer dans la dynamique de la foi … en prenant appui les uns sur les autres. Les rythmes et les chemins sont différents pour aller vers Jésus le Ressuscité, mais c’est ensemble que l’on avance. Parce que toute expérience de foi en Christ est aussi une expérience de confiance avec et envers d’autres.

Entrer dans la dynamique de la foi et parfois

Ne rien voir
Aucun signe
Etre tenté de revenir sur le seuil
Craindre de se fatiguer « en pure perte »
Craindre encore de défaillir en route
Entendre que le disciple n’est pas au-dessus du maître
Et que l’Esprit nous est donné comme un Défenseur

C’est qu’entrer est un verbe d’approche qui dit déjà une implication.
Il a fallu franchir le seuil de la peur, de l’hésitation, du vertige, et faire le pas d’entrer avec son désir et ses ambivalences.
Entrer dans un espace définitivement ouvert qui nous ouvre à plus grand que nous.
Entrer et se laisser faire, se laisser façonner par la Parole de vie.

Entrer dans la dynamique de la foi pour aller et venir entre le temps de l’agenda, celui des « affaires du monde » et l’Eternité de la Présence. Aller et venir entre les dialogues des jours et la parole de l’Ecriture ; entre la libre détermination pour les menues ou plus grandes décisions et l’écoute de Celui qui se tient au milieu de nous, Altérité aimante qui nous donne de vivre de sa Vie et nous fait créateurs avec lui.

En cette Pâques 2019, par où ai-je encore à « entrer » ?

Où est-ce que le Seigneur m’attend pour renaître et poursuivre ma vie dans le dynamisme de la sienne ?

Cette question chaque fois singulière est aussi question essentielle pour l’Eglise de notre temps !

Laure
21 avril 2019

Donner prise

Donner prise

J’ai toujours en tête cette parole d’Éric-Emmanuel Schmitt dans « Le Visiteur » : « S’il n’y avait ta faiblesse, par où pourrais-je entrer ? »

Aujourd’hui, elle fait écho à une parole de Jésus dans l’évangile de Jean (Jn 8, 37) avec différentes traductions : « Ma parole ne trouve pas sa place en vous » ; « Ma parole ne pénètre pas en vous » ; « Ma parole n’a pas de prise sur vous. »

Toutes ces paroles nous disent que, sans une ouverture en nous, sans une faille, une blessure, rien ne nous altèrerait, au double sens de modifier, transformer et d’augmenter notre soif – qui peut être une soif de vivre, d’accueillir l’autre, en nous et en l’autre que nous – altérité.

J’ai longtemps redouté de laisser voir mes failles, mes blessures, les « trous » dans ma vie – peut-être par peur de « donner prise » sur moi. Et pourtant, « donner prise », c’est accepter de s’ouvrir à l’Autre/à la Parole/à la Présence et aux autres, de les laisser nous rejoindre, nous connaître, nous aimer, nous transformer et avoir place en nous.

J’ai aimé les rapprochements faits par Adrien Candiard dans « Quand tu étais sous le figuier… » entre Adam, Jacob et Jésus :

La blessure au côté d’Adam (Gn 2, 21-22) est l’ouverture par laquelle l’autre peut entrer – « … dans son sommeil, Dieu enlève un morceau de lui (la fameuse côte qui est en fait un bien plus mystérieux ‘côté’). A l’arrivée, Adam n’est plus seul, il a Eve avec lui ; il n’est plus complet non plus, il lui manque un morceau de lui-même. Il ne se suffit plus… le bonheur est dans la relation. »

La blessure au côté de Jacob, à la hanche, au gué du Yabboq (Gn 32, 26) est l’ouverture par laquelle l’Autre qui se bat avec lui peut entrer : « Jacob combat pour que soit vaincue sa suffisance… au prix d’une blessure à la hanche, car il faut bien que Dieu passe quelque part, et qu’il lui faut toujours une fêlure ou une blessure en nous pour entrer. » Mais l’autre aussi trouvera place puisque la réconciliation avec son frère Esaü sera possible.

La blessure au côté du Christ en croix (Jn 19, 34) est l’ouverture par laquelle Dieu se rend vulnérable à nous : « C’est du côté ouvert du Christ en croix que coulent pour nous, en continu, l’eau et le sang qui nous font vivre. » C’est pour cela que nous pouvons accueillir cette parole d’Isaïe (Is 53, 5) : « c’est par ses blessures que nous sommes guéris » comme une heureuse nouvelle.

Marie, 11 avril 2019

« Je t’ai amené mon fils… »

« Je t’ai amené mon fils… »

Le verset biblique « que j’ai à l’oreille » en ce moment est une petite phrase de l’Evangile de Marc que nous avons lu le lundi 25 février 2019 :

« En ce temps-là, quelqu’un dans la foule s’adresse à Jésus, qui redescend de la montagne avec trois de ses disciples, et il lui dit : « Maître, je t’ai amené mon fils, il est possédé par un esprit qui le rend muet »

Marc 9, 14-29

« Maître je t’ai amené mon fils » : ce verset est resté dans mon oreille. Un peu après Jésus dit : « Amenez le moi », puis l’évangéliste Marc précise : « On le lui amena ».

Ces quelques mots : « amener un être cher à Jésus », je vais vous dire le chemin qu’ils ont fait en moi, comment ils sont venus me rejoindre et me toucher.

La veille, le dimanche matin, j’avais appris la mort accidentelle en montagne de D., et j’ai eu beaucoup d’émotion. L’après-midi, en lien ou non avec cette nouvelle, je ne sais, j’ai relu une page de Dietrich Bonhoeffer sur la prière d’intercession :

« … l’intercession n’est rien d’autre que l’acte par lequel nous présentons à Dieu notre frère en cherchant à le voir sous la croix du Christ, comme un homme pauvre et pécheur qui a besoin de sa grâce. Dans cette perspective, (…) je le vois dans toute son indigence, dans toute sa détresse, et sa misère et son péché me pèsent comme s’ils étaient miens, de sorte que je ne puis plus rien faire d’autre que prier : Seigneur agis toi-même sur lui, selon Ta sévérité et Ta bonté. »

Sans doute cette lecture a-t-elle influencé mon écoute de la Parole, le lendemain.

A la fin de ce récit, Jésus précise : « Cette maladie ne peut se guérir que par la prière ». Alors, cette parole : « Seigneur je t’ai amené mon fils » m’a parlé de la prière. Et cette page de l’Evangile de Marc m’a décrit la prière de tous ceux qui amènent leurs proches à Jésus et lui parlent d’eux, en ce temps-là et en ce temps-ci, particulièrement ceux qui sont malades et ceux qui peinent pour vivre.

Ce lundi, à la prière, la parole : «Amenez-le moi » m’a appelée à amener, en la nommant, cette amie proche qui est malade, et avec laquelle je chemine.

Nous avons amené aussi à Jésus, en les nommant, le mari et le fils de D., dans l’espérance qu’il les relève.

Le mardi nous avons reçu une lettre de G. nous annonçant un diagnostic sévère pour l’un de ses proches. J’ai reçu cette nouvelle avec cette parole à mon oreille : « Amène-les moi ».

Dans ce même récit ,Jésus pose des questions de précision au père de l’enfant : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? ». Ce dialogue d’une grande précision entre les deux hommes m’a fait penser aux dialogues que j’ai pu avoir avec des proches de cette amie, dialogues concrets et précis pour être au plus juste d’une présence.

J’ai éprouvé ainsi qu’il y a un lien entre « amener des gens à Jésus » dans la prière,et être en proximité avec eux. Presque comme si c’était une même démarche : les amener à Jésus, lui parler d’eux de façon précise, et m’approcher d’eux dans un échange et un dialogue dont la précision permet d’être au plus juste ensemble, et ainsi pouvoir faire le pas suivant.

La précision de l’intercession, c’est aussi ce qui est décrit dans ce récit et ce à quoi il m’appelle.

Mes mots sont un peu maladroits… Peut-être que je cherche à vous dire quelque chose du lien entre la prière et la vie, sa fécondité.

La fécondité de la prière, je l’entends aussi à la fin de ce récit quand « Jésus, saisissant la main de l’enfant, le releva et il se mit debout ».

Encore Dietrich Bonhoeffer :

« Nous voyons aussi que l’intercession est, non pas une chose générale, vague, mais un acte absolument concret. Il s’agit de prier pour telles personnes, telles difficultés, et plus l’intercession est précise, et plus aussi elle est féconde ».

Dietrich Bonhoeffer, De la vie communautaire, Ed : Delachaux et Niestlé, collection « L’actualité protestante », 1947, p. 85 – 87.

Chantal
17 mars 2019

Du tombeau vide à Noël

Du tombeau vide à Noël

Je me suis posée cette question :

« Comment intériorise-tu le mystère de Noël ? »

Le prêtre qui prêchait dans la paroisse où je me trouvais a cité Marion Muller-Collard :

« Noël, c’est l’affirmation que Dieu désire venir se blottir dans nos bras … ».

Et il a poursuivi sur l’axe : accueillir que Dieu nous fait confiance, malgré tout. Malgré toutes les raisons qui s’y opposent, qui font que cette confiance peut être vue comme une folie, voire même, diront les plus sceptiques, une grossière erreur de jugement !

De fil en aiguille, j’en suis venue à garder : Noël, c’est Dieu qui se donne et qui se confie à l’homme. Se donner et se confier, c’est une autre façon d’entendre une réciprocité d’amour qui nous parle de Vie et nous l’apporte.

Dans notre vie d’hommes et de femmes, « se confier » ne dit pas tout à fait la même chose que « se donner ». Nous percevons bien que l’un ne va pas sans l’autre dans la vérité de l’amour. Ces deux verbes s’équilibrent, s’appellent l’un l’autre. Mais il peut arriver que l’un perde l’autre : lorsque, par exemple, nous pensons pouvoir durablement donner de nous-mêmes sans avoir nul besoin de nous confier, de nous accueillir tel que nous sommes sous le regard bienveillant d’un autre. L’inverse est également possible lorsque « se confier » tourne en boucle sur la recherche éperdue de nous-même qui ne se (re)trouverait qu’à se donner mais qui, présentement, est accaparé par un souci autocentré, autoréférencé.

Dans les deux cas, la confiance manque !

C’est elle qui permet d’accueillir la part non sublime et parfois bien sombre de nous-mêmes ; plus banalement, la part de lassitude et de fatigue qui en alourdissant le corps, appesantit le cœur et l’esprit, et inversement.

La confiance permet de nous recevoir, à nouveau, de la parole échangée et écoutée, de nous recevoir plus humble parce que nous aurons pu déposer notre souveraineté et plus vigoureux parce que nous aurons pu partager les joies et les peines.

En nos cœurs, si la confiance s’apparente au refus de condamner sans appel tous nos manques, si elle est un « non » dressé aux sirènes du désespoir, elle aussi un « oui » discrètement et définitivement ouvert, un chemin de lumière qui donne de croire, malgré tout, en nos capacités d’amour, de création, de libération d’énergies nouvelles. En somme, la confiance apprend à aimer ‘en vrai’ dans le concret de notre condition d’hommes et femmes, limitée et ambiguë.

Avec cet enfant nommé Jésus, accueillir Dieu qui se donne et se confie,
C’est pour moi recevoir, à nouveau,
Dieu qui est RELATION
Désireux de réciprocité
Par la voie de la confiance
Librement offerte,
Jamais reprise,
Qui DONNE confiance.

C’est m’appuyer sur ce mystère de vie et d’amour
Pour apprendre à me confier, et à me donner.

L’Aujourd’hui de Dieu se laisse reconnaître dans la confiance qui donne la confiance. Tel l’amour que nul ne « possède » mais qui s’échange entre les personnes et les agrandit chacune !

Laure

« La louange est la politesse de la foi »

« La louange est la politesse de la foi »

Cette phrase, Antoine Nouis l’a écrite dans son livre Moïse après avoir rappelé les paroles du cantique de louange entonné par Moïse après la traversée de la mer des Joncs.

J’ai aimé cette parole et elle m’habite. Commencer la journée par un psaume ou un hymne de louange, c’est être dans une attitude d’accueil et dire merci pour la nouvelle journée qui s’offre à nous. Quel que soit ce que nous aurons à vivre, elle nous est donnée et, comme tout don, il nous ouvre à l’action de grâce.

J’aime commencer la journée avec le psaume 66 et le refrain des moines de Tamié :

« A Toi, Dieu, la louange des peuples, la louange des peuples unanimes ! »

Il crée en moi une ouverture, un accueil inconditionnel du jour qui commence. En le chantant, je m’associe à la louange des peuples.

« Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,

que Ton visage s’illumine pour nous… »

La bénédiction reçue de Dieu suscite notre louange. C’est un don gracieux et j’accueille la gratitude de ce don comme une invitation à vivre la même gratuité tout au long du jour – « témoin de la gratuité de ton amour pour tous ».

Je sais qu’au cours de la journée j’aurai besoin de redire ce psaume de louange pour ne pas oublier que « la louange est la politesse de la foi ».

Marie

Un appel, une réponse

Un appel, une réponse

« En ce temps là, Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux » (Marc 6, 7-8)

Peut-on vivre sans appel ?

Y a-t-il un appel pour nous qui écoutons ?

Appel, comme une invitation à se convertir, à faire confiance. Appel à accueillir une autre réalité que l’évidence biologique, consumériste. Faire confiance au vivant qui ne se prévoit pas, ne se programme pas, ne se procédure pas. Faire confiance à une transcendance au cœur de notre vie humaine. Une vie Vivante, malgré la mort et l’absurde.

Appel comme ouverture à la conversion écologique de Laudato Si (cf. chap. III) : Dieu nous a unis si étroitement au monde qui nous entoure… Nous et tous les êtres de l’univers sommes unis par des liens invisibles.

Appel comme une invitation à nous mettre en mouvement, à prendre des risques sur une parole, au cœur du lieu où nous vivons, pas ailleurs. Comme ces pêcheurs de Galilée.

Aller de l’avant et ouvrir des chemins de vie. Entendre les défis liés aux menaces et dangers politiques, éthiques, économiques, écologiques. Entendre, veiller, agir avec d’autres.

Appel à quitter la barque rassurante. Appel à constituer une autre fratrie, fratrie nouvelle, communauté de parole hors des jalousies mortifères. Eglise bâtie sur le lien symbolique.

L’appel a des effets de vie

Les appels religieux, politiques participent souvent à la violence, à la division. L’histoire de nos communautés chrétiennes n’est pas exemplaire. Je crois encore et encore que l’appel et la réponse en réciprocité peuvent faire naître la possibilité de la fraternité. Dans la réponse non pas à une mission, mais à la voix du Christ qui m’appelle par mon nom, qui nous appelle de par le monde, chacune et chacun par notre nom.

Nous avons à faire effort aujourd’hui pour traduire l’appel et la réponse telle que nous la portons : confrontation avec les représentations intellectuelles et religieuses du monde, confrontation aux multiples grilles de lecture, à ce qui peut nous sembler enfermement.

L’Ecriture comme référent

La relecture, travail de compréhension, apprentissage de la communication entre nous, femmes et hommes d’aujourd’hui, la mise en relation, l’écoute, l’écriture, sont des clefs pour trouver un chemin de compréhension et d’échange.

Cette semaine, nous avions avec nous Sarah, 7 ans, et Matilda, 6 ans. La contemplation de la nature et des étoiles qui nous approchent de ce que Sarah nomme infini, le silence, vécu ensemble pour s’écouter ensuite, sont des chemins de beauté donnant place à l’être vivant en lien avec le monde et les hommes. La « maison commune » est une médiation plus simple que d’autres pour moi.

Je termine cette écriture par la joie tranquille : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres ».

Nous qui écoutons, ouvrons nos oreilles pour l’entendre !

Geneviève

Tiens-nous dans la confiance !

Tiens-nous dans la confiance !

Une rencontre au marché. On échange des nouvelles. Sur les enfants. Sur le mari : « Il m’a quittée » et, tout de go, « L’amour est une illusion. J’y ai cru, j’ai voulu y croire, je n’y crois plus ».

Sans transition, elle ajoute : « En fait, j’ai très envie d’y croire à nouveau car j’ai rencontré quelqu’un ».

Lorsque son mari l’a quittée, elle a perdu confiance en elle, pensant qu’elle n’était pas « aimable » et ne serait plus capable d’aimer un homme. Mais, parce qu’elle a lu dans le regard de « quelqu’un » qu’elle était « aimable », elle a voulu y croire.

Croire que l’amour est possible, malgré tout, donne de l’énergie et de la force pour y croire à nouveau et à nouveau aimer.

Une amie m’a prêté un livre de Laurent Gounelle : L’homme qui voulait être heureux. Ce que l’on croit peut devenir réalité (Pocket, 2010, 192 p.). En le feuilletant, je lis : « Quand on est convaincu d’une chose, elle devient la réalité, notre réalité » – en positif ou en négatif.

Croire que l’on est aimable nous rend aimable.

Croire que l’autre est aimable nous le fait aimer.

Je ne sais pas si cela s’appelle de la persuasion ou de la confiance, mais je crois que, sans confiance en soi et en l’autre, l’amour n’est pas possible.

Ce qui me console parfois, c’est de penser que Dieu croit que nous sommes aimables. Il ne se laisse pas rebuter par nos imperfections comme, nous-mêmes, nous nous laissons rebuter par celles des autres et par les nôtres.

Alors, nous suffit-il de croire Dieu pour devenir aimables et aimants ? Je veux le croire.
Mais que d’obstacles, de pierres à rouler, parfois de petits grains de sable…

Je crois qu’il n’est pas trop de dire chaque jour : « Tiens-nous dans la confiance ! Que ton Esprit soutienne en chacun l’initiative de l’amour qui ne se lasse pas, ne se décourage pas ».

Marie

L’envoi en mission

L’envoi en mission

En la fête de Timothée et Tite, était proposé le passage d’Evangile dit de « l’envoi en mission des soixante-douze disciples » (Luc 10, 1-9).

Simple mise en mots et partage de quelques petits échos, non sans résonnances en moi avec les réalités de nos vies et la spiritualité de la Pierre Roulée.

L’envoi des disciples par le Seigneur…
Parmi d’autres, 72 sont désignés et envoyés.
Aucun n’est jamais seul pour cet envoi en mission.
Et c’est là où Lui-même va se rendre qu’ils sont envoyés.

Prier et aller,
En toute ville et localité,
Pour la moisson,
Au milieu des loups,
Sans rien emporter,
En chemin,
Entrer et rester,
Dans toute maison,
Dans toute ville,
Autour des tables où partager ce qui est servi,
Près des malades que se trouvent là à guérir…

Il semblerait qu’il n’y ait pas de lieu réservé, pas d’action prédéfinie, pour l’envoi…
Peut-être parce qu’il n’y a pas de lieu duquel le règne de Dieu ne s’approche pas !?
Et la mission ne serait pas ailleurs que là où La Relation et les relations appellent !?
Répondre, chacun et ensemble, à cet appel, ce serait « ça » la mission du disciple !?

Vivre simplement et réciproquement, l’ouverture, la rencontre, l’accueil, la proximité, le partage,
En compagnonnage avec des frères-sœurs, inventer des mots et des gestes, des présences,
Au cœur de notre humanité, dans le mouvement de la vie, qui déplace et oriente le chemin,
Pour un humble être au monde, dans sa réalité, qui porte un message.

Paix a cette maison

Là où nous sommes envoyés, là où nous irons,
Là où nous découvrirons que nous avons à œuvrer, d’abord dans un être avec,
Là où nous entendrons et dirons quelque chose de la proximité du règne de Dieu,
Là où nous la vivrons-partagerons, en réciprocité avec d’autres, non sans Lui et sa Paix…

« Dans la réciprocité de la relation, avec Toi et ceux que je rencontre… »

Cécile, 28 janvier 2018