L’autre matin, j’ai été invité au Centre de la Famille et de la Médiation…
Une des médiatrices familiales nous a présenté le travail qu’elle fait dans des ateliers d’enfants, en particulier avec les 4-6 ans mais les ateliers vont, par tranches d’âge jusqu’aux 15-17 ans. Pour chaque atelier, il y a quatre séances de 1H30, parfois 2H avec les enfants et la dernière séance de 2H avec enfants et parents. La présence à ces ateliers est obligatoire en cas de médiation familiale, surtout lorsque celle-ci est prescrite par le juge des enfants ou le juge aux affaires familiales.
Un programme a été élaboré pour chaque séance avec des dessins et des jeux interactifs. Ce que constate la médiatrice c’est que, dès que la parole se libère, les corps se redressent. Certains enfants arrivent apeurés, repliés sur eux-mêmes, ne parlant pas ou n’osant pas parler et c’est, bien souvent, parce que l’un ou l’autre ose une parole sur ce qu’il/elle vit que chacun se sent autorisé à en faire autant. La bienveillance des médiatrices, le non-jugement et la confidentialité assurée font que peu à peu, au fil des ateliers, les enfants parlent et disent leurs souffrances devant les disputes de leurs parents voire les violences auxquelles ils ont pu parfois assister et leur peur d’être abandonnés. Mais ce qui domine c’est souvent la culpabilité, comme s’ils se sentaient responsables de ce qui arrive à leurs parents. Cette culpabilité a parfois été renforcée par la réflexion de l’un ou l’autre parent. Ce qui est lourd aussi pour les enfants c’est d’être parfois requis d’être porteurs de messages parfois haineux – « Tu diras à ton père… ou à ta mère… » Lorsque la séparation a été actée et la garde alternée mise en place, les enfants disent qu’ils n’ont plus de maison (un enfant avait dessiné une maison puis mis une grosse croix dessus). Très vite certains enfants se sentent responsables de leurs parents – par exemple ne pas dire ce qui pourrait fâcher dans la façon de vivre chez l’autre parent.
En écoutant cette médiatrice j’ai pensé au livre de Delphine de Vigan « Les loyautés » et j’en ai parlé. Plusieurs l’avaient lu et trouvé très juste. Ces conflits de loyauté bien décrits dans le livre sont aussi vécus par les enfants participant aux ateliers.
Lors du quatrième atelier, les enfants écrivent à leurs parents ; c’est une lettre écrite ensemble qui sera lue lors du cinquième atelier avec les parents et ceux-ci, à leur tour, répondront aux enfants. La médiatrice nous a lu une lettre écrite par les 6-8 ans disant aux parents leur souffrance de les voir séparés mais que même ainsi ils les aiment et encore plus quand ils ne se disputent pas et ne disent pas de mal l’un de l’autre. Les parents remercient les enfants, leur disent que, même séparés, ils les aiment et promettent de changer d’attitude. Lors de cet atelier, la médiatrice repère parfois des parents qui restent fermés, incapables de se parler en se regardant – ce qui est demandé. Elle leur propose alors une rencontre en particulier. Elle sait bien que le travail n’est pas fait une fois pour toutes, qu’il faudrait recommencer ces ateliers – certains enfants le demandent – mais elles ne sont pas assez nombreuses pour cela.
J’ai aimé aussi le témoignage d’une grand-mère présente dans notre assemblée. Sa petite-fille de 6 ans a répondu à ses parents qui se séparent et lui demandaient de prendre parti : « je ne suis pas votre juge » et elle est retournée tranquillement dans sa chambre.
En écoutant cette médiatrice j’avais l’impression de pierres qui roulaient, de portes qui s’ouvraient, je voyais de petites lumières s’allumer, fragiles mais bien réelles et je n’avais qu’une envie, de dire merci.
Marie














