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De génération en génération

De génération en génération

Septembre 2017, Saint-Sorlin-en-Bugey.

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Une foule nombreuse se presse en la petite église construite à flanc de coteau. Certains ont franchi les océans pour être là. D’autres sont venus en voisin. Des poussettes avancent tant bien que mal sur le gravier parsemé devant le majestueux portail de l’édifice. Les rires des enfants fusent. La joie et le bonheur rayonnent… Chacun a revêtu ses plus beaux habits car de mariage il s’agit. Marion et Matthieu vont s’unir par le sacrement du mariage.

A quelques dizaines de kilomètres de là, dans un grand parc où trône un majestueux cèdre, d’autres familles se retrouvent autour d’Emilie et de Max désireux de partager leur projet de vie à leurs proches et amis. Un doux soleil d’automne illumine les visages rayonnants des époux. C’est jour de fête et d’allégresse.

marie    jo

Dans l’un et l’autre lieu, cheveux blancs et mèches enfantines se côtoient. Plusieurs générations sont rassemblées pour être témoin de ce qu’il y a de plus beau dans la vie humaine : la célébration de l’amour, de cet amour qui unit les cœurs et porte du fruit. A l’image de Marie et de Joseph et de l’Enfant Jésus qui veillent sur l’assemblée réunie à Saint-Sorlin-en-Bugey.

Aimer.

Aimer sans relâche.

Aimer au cœur de l’adversité et des tempêtes.

Souvenons-nous ! La vie humaine est relation ou elle n’est pas. Elle est ouverture à l’autre et aux autres. Elle est écoute et partage. Elle est don et accueil. Elle est ombre et lumière car nous sommes homme et non dieu.

Aimer qui peut rimer avec Dieu car, à cause de l’évangéliste Jean qui l’a mis au cœur de son Evangile, un mot est synonyme de Dieu, à savoir le mot AMOUR. 

Multiples sont les chemins parcourus par nos contemporains pour aimer et aller à la rencontre du sens de la vie et, pour beaucoup, de Dieu : judaïsme, christianisme, islam, bouddhisme, shintoïsme, hindouisme et aussi philosophie, quête spirituelle…vo

Tous ces chemins témoignent de la diversité des cultures. Aucune spiritualité ne peut se prévaloir de tout dire du mystère de l’Amour et du mystère de Dieu. Chacun peut enrichir l’autre en le menant plus loin qu’il ne pensait aller.

Les générations se succèdent. Mais chacun lègue une étincelle de lumière qui va éclairer la route des amoureux en partance sur les routes du monde et de la vie.

Vincent Feroldi

 

Pardonne nos indifférences

Pardonne nos indifférences

Le cœur bon est celui qui accueille la Parole de Dieu pour la mettre en pratique, nous dit Luc en 6, 43-49

C’est avec des lenteurs, des pas, des pauses, des reculs
que nous nous mettons à l’écoute de cette Parole,
pour l’intégrer à notre histoire, à notre vie, pour convertir notre cœur.

Seigneur, regarde avec bonté nos épaisseurs, nos peurs, nos fermetures.
Seigneur, donne nous force et sagesse
pour creuser profond ;
force et sagesse pour vivre aujourd’hui de ta Parole
avec nos sœurs et nos frères.

Les épreuves au fil de nos vies ébranlent notre confiance,
découragent l’élan de notre amour, obscurcissent notre cœur.
La Parole de Dieu est comme une lumière sur nos vies
pour fortifier notre désir
de reconnaître sa présence mystérieuse, unique et solide fondation.

Seigneur, vois nos effondrements, nos doutes, nos détresses.
Viens dans nos ténèbres.

Et si nous comparions notre vie à celle d’un arbre;
le fruit de l’arbre demande temps et soins attentifs pour arriver à maturité.
Devenir disciple du Christ,
arriver à maturité d’amour,
à maturité de femme et d’homme disciple,
est un long chemin ensemble,
aux multiples détours, au risque des tempêtes et des déracinements.

Seigneur de miséricorde, regarde nos vies, regarde nos cœurs.
Pardonne nos indifférences, pardonne nos éloignements.

« Un son de fin silence » (1 Rois 19, 1-18)

Source : Blogprophete_elie
Vincent Feroldi, 10 septembre 2017

Prenons le temps de lire un passage du Livre des Rois, dans l’Ancien Testament. Il nous parle de la relation entre le prophète Elie et Dieu.

« Akhab parla à Jézabel de tout ce qu’avait fait Elie, et de tous ceux qu’il avait tués par l’épée, tous les prophètes. Jézabel envoya un messager à Elie pour lui dire : Que les dieux me fassent ainsi et encore cela si demain, à la même heure, je n’ai pas fait de ta vie ce que tu as fait de la leur ! Voyant cela, Elie se leva et partit pour sauver sa vie ; il arriva à Béer-Shéva qui appartient à Juda et y laissa son serviteur. Lui-même s’en alla au désert, à une journée de marche. Y étant parvenu, il s’assit sous un genêt isolé. Il demanda la mort et dit : Je n’en peux plus ! Maintenant, Seigneur, prends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes pères. Puis il se coucha et s’endormit sous un genêt isolé. Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit : Lève-toi et mange ! Il regarda : à son chevet, il y avait une galette cuite sur des pierres chauffées, et une cruche d’eau ; il mangea, il but, puis se recoucha. L’ange du Seigneur revint, le toucha et dit : Lève-toi et mange, car autrement le chemin serait trop long pour toi. Elie se leva, il mangea et but puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, à l’Horeb. Il arriva là, à la caverne et y passa la nuit. La parole du Seigneur lui fut adressée : Pourquoi es-tu ici, Elie ? Il répondit : Je suis passionné pour le Seigneur, Dieu des puissances : les fils d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont démoli tes autels et tué tes prophètes par l’épée ; je suis resté moi seul et l’on cherche à m’enlever la vie. Le Seigneur dit : Sors et tiens-toi sur la montagne, devant le Seigneur : voici, le Seigneur va passer.
Il y eut devant le Seigneur un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; le Seigneur n’était pas dans le vent.
Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre.
Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; le Seigneur n’était pas dans le feu.
Et après le feu, le bruissement d’un souffle ténu.
Alors, en l’entendant, Elie se voilà le visage avec son manteau ; il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. Une voix s’adressa à lui : Pourquoi es-tu ici, Elie ? Il répondit : Je suis passionné pour le Seigneur, Dieu des puissances : les fils d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont démoli tes autels et tué tes prophètes par l’épée ; je suis resté moi seul et l’on cherche à m’enlever la vie. Le Seigneur lui dit : Va, reprends ton chemin en direction du désert de Damas. Quand tu seras arrivé, tu oindras Hazaël comme roi sur Aram. Et tu oindras Jéhu, fils de Nimshi, comme roi sur Israël ; et tu oindras Elisée, fils de Shafath, d’Avel-Mehola, comme prophète à ta place. Tout homme qui échappera à l’épée de Hazaël, Jéhu le tuera, et tout homme qui échappera à l’épée de Jéhu, Elisée le tuera, mais je laisserai en Israël un reste de sept mille hommes, tous ceux dont les genoux n’ont pas plié devant le Baal et dont la bouche ne lui a pas donné de baisers ».

L’ensemble de ce passage biblique témoigne de ce que nous ne cessons de percevoir dans l’Ancien Testament (et dans notre vie à tous), à savoir l’omniprésence de la violence dans la vie des hommes. Mais, dans ce passage biblique, nous voyons aussi, comme en contrepoint, que le visage du Seigneur est celui du Dieu des puissances qui sera assez puissant pour dominer la violence humaine.

Dramatique est donc ce livre des Rois !

Des prophètes d’Israël ont-ils été assassinés ? En réponse, Elie égorge les huit cent cinquante prophètes de Baal et les quatre cents d’Ashéra.

Elie se plaint-il auprès du Seigneur de sa solitude et de la menace de mort qui pèse sur lui ? Dieu l’envoie en mission et déclare :  » Tout homme qui échappera à l’épée de Hazaël, Jéhu le tuera, et tout homme qui échappera à l’épée de Jéhu, Elisée le tuera, mais je laisserai en Israël un reste de sept mille hommes, tous ceux dont les genoux n’ont pas plié devant le Baal et dont la bouche ne lui a pas donné de baisers « .

Certes nous comprenons quel est l’objectif de tout cela : réaffirmer la primauté du Dieu Unique, du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

Mais, tout de même, vous en voulez, vous, de ce Dieu des puissances, incapable de condamner Elie pour ses huit cent cinquante assassinats et capable d’annoncer toutes ces tueries ? Moi ? Non ! Mais le monde est monde.

Faut-il dès lors s’étonner de voir qu’aujourd’hui même, des décennies après la Shoah et l’horreur d’Auschwitz, des hommes soient capables de tueries similaires, souvent au nom de leur religion, en Algérie, en Afrique Noire, en ex-Yougoslavie, au Cambodge, en Inde et au Pakistan, en Haïti, en Tchétchénie, en Irak, en Syrie, au Yémen, au Nigeria et en France ?

Dieu Puissant serait-il Dieu de la Guerre et Dieu du Jugement ?

Pourquoi donc, dans le Premier Testament, puissance, violence et Dieu sont-ils aussi intimement liés, reliés ? Oui, pourquoi ? Cela est tellement différent de ce que ma méditation de la vie de Jésus m’a révélé… en particulier le Vendredi saint qui est l’antithèse de ce Dieu-là ; sur la croix, il est un Dieu d’impuissance, un Dieu de rien, un Dieu bafoué, un Dieu cloué, un Dieu ridiculisé, un Dieu mort…..

Mais chaque chose en son temps. Revenons à la solitude d’Elie, à la peur d’Elie, fuyant la colère de Jézabel. Vous avez certainement remarqué des similitudes avec la vie de Moïse [… et de Jésus] : le désert, les quarante jours et quarante nuits, la montagne, la caverne – souvenez-vous du creux où Moïse fut déposé par Dieu avant son passage -, Dieu qui parle, Dieu qui passe… Le qualificatif même employé par Elie à propos de Dieu nous rappelle les circonstances même de la remise des Tables de la Loi où se manifestait le Dieu des puissances. Les signes annonciateurs du passage de Dieu vont également dans le même sens : tornade, tremblement de terre, feu.

Pourtant, en cette circonstance précise, tout va pourtant changer par rapport aux précédentes scènes.

En effet, et là je prête ma voix au beau texte de Sylvie Germain dans Les échos du silence :

« Là-haut s’opère une théophanie – la plus surprenante des théophanies, car la plus dépouillée. Une théophanie qui évacue, annule, renie la gloire et la puissance, qui renonce au grandiose. Une théophanie de rien, d’une infinie discrétion. Une théophanie minimaliste. Eclatent coup sur coup : un grand ouragan, un séisme, un feu violent. A chaque fois, il est précisé que Dieu ne s’y trouve pas. Le spectaculaire n’est mentionné que pour mieux être rejeté, dénoncé comme illusion, voire imposture.

Trois formidables coups pour rien. Ou, plutôt, s’il s’agissait des trois coups annonçant la levée du rideau, appelant le spectateur à l’attention, à la concentration, à la plus vigilante écoute ? Car c’est effectivement alors, alors seulement, que quelque chose advient – un inouï je-ne-sais-quoi.

Ce qui a lieu.  » Un son de fin silence  » (1 R 19 / 12). Il faut avoir aiguisé son ouïe à l’extrême, s’être entraîné à l’absolu de l’attention, pour devenir apte à percevoir un souffle si ténu. Il faut s’être sondé, s’être soi-même exploré jusqu’au plus obscur de sa conscience, au plus lointain de ses pensées, avoir maintes fois accompli le tour de son domaine intérieur par cercles toujours croissants et cependant plus resserrés, enfin avoir atteint l’intime désert de l’oubli de soi, pour pouvoir être effleuré, touché, visité par un tel inaudible soupir.

Paul Valéry notait qu’il est rare de penser à fond sans soupirer. A l’extrême de toute pensée est un soupir. Combien cette remarque prend d’ampleur lorsqu’il s’agit de penser l’impensable, l’indicible. Dieu.

Aux confins de la pensée d’Elie exténué par la marche et le jeûne, épuré par ses quarante jours et nuits au désert, passe un soupir. Un brin de silence qui vibre, à peine, et qui s’en va. Dieu ».

Sylvie Germain, Les échos du silence, p. 46-47

Pour Sylvie Germain, l’histoire d’Elie est celle de la découverte du vrai temple de Dieu, de la mise à nu de ses mouvantes et si frêles fondations : un temple qui ne s’érige que dans le cœur de l’homme fécondé de silence, et son sanctuaire est plus subtil que l’air.

Dieu, un son de fin silence, venant dans le cœur de l’homme fécondé de silence.

Tel est le mystère de la rencontre de l’homme avec Dieu et de Dieu avec l’homme. Certes, et nous venons de le lire, à la suite de cette rencontre, Elie fera rejaillir le Dieu des puissances et la violence humaine. Mais pourquoi faudrait-il, à cause de cette suite, se priver de cette découverte, faite l’espace d’un silence par Elie – et par nous -, que

Dieu, un son de fin silence, vient dans le cœur de l’homme fécondé de silence.

Là, dans le cas d’Elie, Dieu ne s’est pas encore tu. Il a encore parlé. Bientôt viendra le temps du silence même de Dieu. Jésus en fera lui-même l’expérience sur le bois de la croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Aujourd’hui, limitons-nous donc à ce silence qui vient habiter Elie.

Vivons de cet intime désert de l’oubli de soi, pour pouvoir être effleuré, touché, visité par l’inaudible soupir de Dieu.

Découvrons que Dieu nous invite à nous dépouiller de tous ces oripeaux inutiles et encombrants dont nous n’avons cessé de l’affubler depuis des siècles et des siècles.
Dieu ne veut être, aujourd’hui, qu’un son de fin silence.

Comprenons qu’en nous invitant à partir dans le désert de démesure, à habiter la caverne de solitude, à jeûner quarante jours et quarante nuits, Dieu veut nous prier d’aller à un essentiel, limpide comme le cristal de roche, épuré comme le métal dans le feu de l’atelier du forgeron.

Cet essentiel, c’est Lui, Dieu Silence, Dieu Indicible, Dieu de l’Absence et de la Présence.

Dans son Journal, Etty Hillesum, morte à Auschwitz, écrivait :

« De fait, ma vie n’est qu’une perpétuelle écoute « au-dedans » de moi-même, des autres, de Dieu. Et quand je dis que j’écoute « au-dedans », en réalité, c’est plutôt Dieu en moi qui est à l’écoute. Ce qu’il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute l’essence et la profondeur de Dieu. Dieu écoute Dieu ».

Etty Hillesum, Une vie bouleversée. Journal 1941-1943, Seuil, 1985, p. 193

Sylvie Germain reprend elle aussi cette même idée en ces termes :

« Mais que peut-il ainsi bien écouter, Dieu, puisque rien ne se dit ? L’écho de son silence en l’homme, peut-être, l’accueil fait par l’homme à son souffle presque imperceptible.

Dieu écoute Dieu du fond sans fond de son propre silence, dans l’obscure rumeur du sang des humains. C’est l’expérience inaugurée par Elie au mont Horeb qui se renouvelle ailleurs et autrement, et cependant la même. C’est l’expérience vécue par tous les grands mystiques au cours des siècles, tous ceux et celles qui ne claquemurent pas Dieu dans le seul concept de toute-puissance, qui ne le défigurent pas en l’érigeant Justicier implacable servant à cautionner les crimes commis par haine et sectarisme, qui ne le travestissent pas en ventriloque énigmatique ou en grand prestidigitateur faiseurs de miracles ».

Sylvie Germain, Les échos du silence, p. 88

Cette méditation du Livre des Rois nous ouvre à l’écoute du Dieu Silence qui veut nous inviter à cette attitude spirituelle de nous mettre dans une attitude d’une écoute extrême pour pouvoir ensuite nous mettre à l’écoute du Dieu Parole, à savoir de Celui qui est le Verbe : Jésus, le Christ, crucifié sur le bois de la Croix, dont les sept paroles en croix traceront un chemin de vie pour l’éternité.

La part secrète de lumière de chaque être

La part secrète de lumière de chaque être

« Au milieu de nos vies ordinaires souvent empruntes de fragilité », se niche l’extraordinaire, une situation improbable où des enfants invitent des adultes à un goûter, leur offrent la joie de la rencontre et leur reconnaissance …

Dans la réciprocité de la relation, ce sont eux qui ont eu l’audace d’ouvrir des chemins de vie !

« Il n’y a pas d’autre alternative : ou nous allons chercher les plus pauvres, ou le monde échoue. Car sans les plus déshérités, le monde est muet. »

Joseph Wresinski

C’est l’histoire que j’ai vécue dans la semaine, dans le cadre des ateliers de peinture auxquels je participe en tant que bénévole, ateliers destinés aux enfants, à leurs parents, dans des quartiers populaires.

Nous sommes intervenus cette semaine dans un nouveau quartier, introduits par la gardienne de l’immeuble qui connaît bien les enfants. Elle est allée les chercher, son désir de leur proposer une activité était un vrai bonheur. Nous avons senti chez cette dame un vrai désir de prendre soin de son quartier et de ses habitants.

Les ateliers se sont bien passés, avec une belle énergie créatrice ; à la fin de la semaine, un peu aidés par la gardienne, les enfants de 8 à 12 ans en moyenne, nous ont offerts un goûter, fais des dessins pour nous remercier de nos présences.

J’ai envie de transformer un peu la phrase du Père Joseph pour dire : si nous allons chercher les plus pauvres, le monde est une vraie réussite, ce sont aussi les plus déshérités qui rendent le monde vivant, parlant.

A travers les personnes que je côtoie dans ces quartiers, je ressens l’humanité comme une grande symphonie. Chaque instrument jouant sa partition respective, permet à l’ensemble d’être beau et mélodieux.

Les enfants ont embelli ma vie et celle des habitants du quartier , se réjouissant de leur joie de vivre et bonheur de peindre. Oui, vraiment, si nous allons les chercher, le monde est transformé, une nouvelle mélodie peut alors se faire entendre.

Je ne sais pas ce que seront ces enfants plus tard, ni ne connaît cet adolescent à qui la gardienne a demandé de nous prendre en photo devant les dessins qu’ils nous avaient fait .

Ce que je crois, c’est que le merci que je lui ai adressé et sa réponse : « De rien, m’dame » peut contribuer à un changement de nos êtres, infime peut-être, mais pour lui, cela peut l’amener à être content d’être reconnu pour sa gentillesse du moment ; et pour moi, la joie de penser que les adolescents ne sont pas tous aussi désespérés que l’on veut bien nous faire croire.

La part secrète de lumière de chaque être. C’est cela qui me fait vivre.

Laurence 

 

A sa suite, être doux et humble de cœur

A sa suite, être doux et humble de cœur

Je suis doux et humble de cœur.

Matthieu 11 29-30

Dans les lignes qui précèdent ces paroles (Mt 11 20-24), Jésus fait des reproches aux villes de Galilée, aux personnes qui ne transforment pas leurs vies à son écoute, qui ne se convertissent pas. Dans ma lecture, je me dis qu’il est étreint par le découragement, voire la colère.

Moment que nous comprenons dans nos vies humaines, moment que connaissent tous ceux qui, dans quelque domaine que ce soit, prennent soin de la faiblesse, de la fragilité, de l’égarement….parfois sans ouverture constatée. Qui se donne à des enfants, des ados, des détenus, des personnes addicts, des personnes dépendantes… qui se consacre à ses sœurs et frères en Eglise, entend ces propos sévères . A certains moments, tout semble fermé, et l’inertie, et l’indifférence du monde appellent découragement et colère.

Et puis soudain, un passage se fait. Jésus reprend, se reprend et s’ouvre lui même à son Père. Il confesse sa foi en Dieu, Seigneur du ciel et de la terre : si ce qu’il entreprend doit avoir une suite, cela appartient à Dieu. Il médite en quelque sorte sur son égarement, son inutile ambition, ses exigences envers ses contemporains, et il s’en détourne. Il se reprend en tant qu’homme, et se redonne en tant qu’homme et en tant que Christ. Dévoilement, pour lui, et pour nous.

La foi en Dieu seul et « l’insouci » de soi dont Jésus montre le chemin à cet instant fondent pour nous la libre adhésion dans la foi.

Jésus passe – et nous pouvons passer à sa suite – de l’autre côté, du côté de ceux qui reçoivent sans avoir demandé, et qui donnent sans rien exiger. Dans ce passage, nous n’abdiquons rien de notre intelligence, nous ne renions rien de la sagesse, nous laissons derrière nous cette « idée », cette posture selon laquelle nous serions dans le vrai, selon laquelle nous aurions bien raison de ne pas être trop bons.

Donnons gratuitement et joyeusement.

Le devenir de ce don ne nous appartient plus ; allègement de la charge portée pour autrui… Ainsi le joug porté par Jésus est-il facile, et son fardeau léger.

Ainsi cette invitation inouïe à être à sa suite, doux et humble de cœur prend corps dans notre vie ordinaire. Cette douceur devient force et nous apprenons de Jésus, avec d’autres, comment l’amour peut désarmer la violence et la peur.

L’engagement le plus profond est là, et avec lui une certaine forme d’insouciance de soi, marque de la grâce.

Puissions-nous en vivre !

Geneviève

Les femmes de la pierre roulée…

Les femmes de la pierre roulée…

Elles partent pour une activité mortuaire qu’elles savent faire. Entrées dans le tombeau, elles ne trouvent pas de corps inerte mais elles sont accueillies et retournées par une parole. Cette parole les envoie en avant, en promesse de relation avec Jésus, le Crucifié Ressuscité, aux carrefours du monde.

L’aujourd’hui de Dieu n’est pas au tombeau

Parfois on peut le croire définitivement mort et enterré, les yeux fixés sur les drames et les vicissitudes de l’histoire.
A quoi bon ? On ne sait plus bien.
D’ailleurs, on ne sait jamais au final, on peut croire seulement.

A la suite des femmes qui partent sans savoir qui leur roulera la pierre…
Vivre dans la foi que la pierre est déjà roulée…
Vivre l’espérance comme un appel des plus nécessaires, comme un murmure, un chant toujours prêt à renaître lorsque nous levons les yeux !

Les femmes ont eu à passer par le chamboulement, l’effroi, la perte de mots : Vérité de l’expérience humaine qui ne s’ouvre pas comme ça à un mystère qui la déborde.
Il faut laisser ses habits de mort pour renaître. La pierre, fort grande à rouler, est aussi intérieure. C’est la pierre des résistances à croire, faite de repères, d’habitudes et de prêt-à-penser qui ne se déplacent pas comme ça.
Seul le don de Dieu, le désir et la décision de croire, le compagnonnage dans une communauté de foi, bougent la pierre qui ferme l’horizon (en le ramassant sur le seul connu, l’explicable, le calculable).

Le dynamisme de la foi est un dynamisme d’ouverture et de mise en relation. Il mène à la découverte d’une relation vivante avec Christ Ressuscité, ouvrant elle-même au chemin d’une réciprocité d’amour. C’est à cette source relationnelle que naît l’audace, l’amour en acte, la fidélité inventive qui, de tout temps, sert des relations qui ouvrent l’avenir, libèrent des étroitesses et de toute fermeture définitive.

L’aujourd’hui de Dieu renaît inlassablement.

Qu’il nous retourne et nous envoie, vivants de sa Présence !

LM

L’écoute, première hospitalité…

L’écoute, première hospitalité…

« La première hospitalité n’est autre que l’écoute. C’est elle que corps et âme nous pouvons donner jusque dans la rue et sur le bord des routes, quand nous n’aurions à proposer ni toit, ni feu, ni couvert. Et c’est à tout instant qu’elle peut aussi être donnée. De toutes les autres hospitalités, elle forme la condition.

Car amer est le pain que l’on mange sans que la parole ait été partagée. Durs et lourds d’insomnie sont les lits où l’on se couche sans que notre fatigue ait été accueillie et respectée.

Et l’ultime hospitalité, celle du Seigneur, ne sera-t-elle pas de tomber, vertigineusement, dans l’écoute lumineuse du Verbe, l’écoutant pour parler, parlant pour l’écouter ?

L’écoute est grosse d’éternité. »

Voici un beau texte à vous partager en ce jour…

Ces mots sont de Jean-Louis Chrétien,

extrait de L’Inouï

dans L’arche de la parole (PUF, 1998)

 

La joie

La joie

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »

Mt 17, 5

Cette voix adressée depuis la nuée mystérieuse nous dit :
« Ecoutez donc, vous trouverez votre joie en mon Fils bien aimé ».

Que pouvons-nous dire de la joie,  comme expérience humaine et comme expérience spirituelle ?

Je pars ce matin avec cette question et vous partage quelques notes tirées d’un article : « Aujourd’hui la joie », d’Agata Zielinski (philosophe et religieuse) .

« À la différence du bonheur souhaité, la joie est moins un but qu’un effet, dont la cause nous échappe toujours en partie : effet d’un événement, d’une rencontre, effet du réel. Nous rêvons le bonheur ; la joie, elle, nous l’éprouvons »

« La joie survient comme un don. Elle nous « arrive » malgré nous, causée par autre chose que notre simple volonté…. Nous nous trouvons étonné que « cela » nous soit donné, que cela de la vie qui nous arrive soit un bien pour nous, sans que nous l’ayons demandé, encore moins mérité. »

« La joie survient dans l’adéquation profonde du sujet à ce qui lui est donné tout en le déplaçant. …La surprise dans la joie est prise de connaissance de mon désir le plus profond, et consentement à ce désir jusque dans ce qu’il peut avoir de bouleversant. Je ne suis pas maître de ce qui m’arrive et en même temps, la joie sollicite ma liberté »

« Accueillir et consentir à ce qui est cause de joie, c’est m’engager à demeurer là où je pourrai aimer davantage et rendre le monde plus vivable. Joie « créatrice » selon Bergson. Ce que j’ai reçu dans l’instant de la joie, je le choisi comme style de vie. »

LM

Pour aller plus loin :  l’intégralité de l’article
Tiens-nous dans la confiance !

Tiens-nous dans la confiance !

J’ai aimé relire dans le livre de Jean de la Croix Robert :

« La confiance, seule, est créatrice d’existence et de vie ».

La Confiance permet l’entrée en réciprocité et en liberté. C’est un chemin à parcourir ensemble, un compagnonnage où je crois et j’expérimente que la relation n’est pas deux mais trois.

Ce « trois » peut-être nommé Confiance, Liberté, Esprit trinitaire, Christ comme l’inconnu qui s’invite sur la route d’Emmaüs ; Il est aussi celui qui habite notre vie et que nous sommes sans cesse appelés à découvrir un peu plus.

Je ne le connais pas a priori, je le découvre en Chemin et c’est sans doute ce qui est déroutant. Pour avancer, je ne sais pas quel sentier je vais emprunter, je sais seulement que je peux seulement compter sur la CONFIANCE offerte, donnée, partagée.

Don gratuit, elle me donne d’avancer en liberté.

Elisabeth

Référence : Jean de la Croix Robert ; La falaise et l’horizon, Editeur : DDB avril 2012, Pages 107-111
Jésus et la femme syro-phénicienne

Jésus et la femme syro-phénicienne

Le texte d’Evangile en Mc 7, 24-30 fait écho en moi à ce que nous disons dans la prière de la Pierre Roulée :

« Dans la réciprocité de la relation,
Avec Toi et ceux que je rencontre,
Donne-moi l’audace
D’ouvrir des chemins de vie ».

Le dialogue entre Jésus et la femme syro-phénicienne fait progressivement apparaître une vraie réciprocité de la relation.

Cela commence mal puisque Jésus, au nom de sa mission qui ne semble pas concerner les païens, refuse de répondre à la demande de la femme.

Mais la femme ne se laisse pas rebuter ; sa foi est humble et en même temps forte. Elle donne tout son amour pour sa fille et sa confiance en Jésus et Jésus, à son tour, s’en remet à la foi de cette femme et guérit sa fille. Un chemin de vie s’ouvre pour eux.

Je relis cette phrase de Jean-Marie Gueullette dans « Laisse Dieu être Dieu en toi » : « Il n’y a pas égalité entre Dieu et l’homme mais il y a réciprocité dans la relation. Si chacun se donne totalement, si l’homme se donne comme Dieu se donne, ils entrent en relation de manière égale, totalement ».

Marie