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Sel de la terre, lumière du monde

Sel de la terre, lumière du monde

« Vous êtes le sel de la terre »…

« Vous êtes la lumière du monde »

Mt 5, 13-16

Jésus parle à ses disciples.
Ce qui les caractérise, ce n’est pas qu’ils soient une élite ou qu’ils sortent du lot. C’est qu’ils fassent l’expérience d’une relation de confiance avec lui et qu’ils écoutent sa parole. Ils font le choix de se mettre librement à sa suite, à son école.

Cela les engage !
Ils ne sont pas seulement disciples pour eux-mêmes.

Est-ce que la Parole que j’écoute, celle qui me nourrit, celle qui m’éclaire, donne de la saveur à ma propre vie ? Je le crois, je peux en dire quelque chose.
Mais est-ce que je crois assez que ma vie est faite pour devenir elle-même une parole vivante de l’évangile ?
Que la Parole écoutée, méditée, partagée avec d’autres est faite pour se mélanger avec mon propre terroir et donner à ma vie intérieure, une coloration particulière, une sonorité propre ? La Parole du jour me ré interpelle en ce sens.

Les disciples sont les gardiens de la Parole, sel de la terre.
Le Christ nous envoie à cette tâche,
Elle n’est pas d’abord de faire quelque chose mais d’être assez disponible pour se laisser façonner par un aspect de son Mystère
Confiance !
L’Esprit est là pour nous aider

Est fade ce qui est sans odeur, sans saveur, sans forme : en bref, insignifiant.
Notre combat intime et collectif est de faire que la Parole ne devienne pas insignifiante.

… Veiller à désensabler, à désencombrer les lieux sources de notre vie
… Apprendre à parler pour dire quelque chose
… Prier l’Esprit qu’il nous aide à réduire l’écart entre dire et faire
… Etre à l’affût des signes donnés pour éclairer la Parole, l’actualiser à partir des paraboles d’aujourd’hui.
… Tracer le sillon que l’on a choisi personnellement et avec d’autres pour vivre l’Evangile de manière signifiante !

Jésus dit aussi : « Vous êtes la lumière du monde ». Autrement dit : « Vous êtes à tout le monde ».
Vous ne vous appartenez plus tout à fait depuis que votre vie a pris une amplitude nouvelle.
Cela vous donne des devoirs,
Celui de ne pas vous cacher de l’in-tranquillité du monde,
De ne pas garder pour vous seuls les pépites de lumière que la foi allume en vos cœurs,
De chercher à « faire la lumière » dans chacune de vos relations obscurcies.

« Que votre lumière brille devant les hommes »
Dans son amour confiant, le Christ nous dit que sa lumière est faite pour devenir aussi la nôtre,
Lumière qui procède d’une même source – un Amour qui comble – et qui vise un même but : Donner à connaître et à aimer son Père qui est aussi le nôtre.

Aujourd’hui, Seigneur,
J’accueille ta Parole qui me met à jour.
Aujourd’hui, j’accueille ton regard qui me fait actualiser ma marche avec toi.
Aujourd’hui, tout est déjà donné
et demain et les jours suivants, j’aurais à vivre de la Parole donnée.

LM

 

« Heureux ceux qui ont mis toute leur confiance en Jésus le Christ…. »

« Heureux ceux qui ont mis toute leur confiance en Jésus le Christ…. »

La liturgie dominicale nous a proposé le texte des Béatitudes selon Matthieu 5, 1-12.

Neuf Béatitudes à vivre et une invitation joyeuse lancée : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Pourquoi neuf et non dix ?
Il manque la plus importante, me semble-t-il.

Ne serait-elle pas celle-ci :

« Heureux ceux qui ont mis toute leur confiance en Jésus le Christ, car ils auront en lui un guide, un compagnon et un frère ! » ?

En effet,
en tout temps et en tout lieu,
au milieu des tempêtes ou des violences,
alors qu’une brise légère souffle
et que des parfums merveilleux m’enveloppent,
au plus profond d’une rencontre
ou au plus intime de ma vie,
le Christ porte mon joug
et me parle dans le silence de mon cœur.
Il le féconde
pour qu’il porte du fruit
et que la petite espérance croisse.
Il sème de la vie à profusion
et me supplie de me libérer de mes craintes et de mes peurs.

Pourquoi aller chercher ailleurs ce qui nous est déjà donné ?
Pourquoi douter alors qu’il n’est que Vie et Lumière,
même au cœur des ténèbres ?

Vincent Feroldi

De l’accompagnement au compagnonnage !

De l’accompagnement au compagnonnage !

Vivre le compagnonnage, c’est prendre soin de la relation…

Jésus, avec les disciples d’Emmaüs, n’a pas interrompu leur récit pour leur expliquer ce qu’il fallait qu’ils comprennent dans cet événement qui le concerne. Il les a laissé parler, afin de créer un espace pour la rencontre, avec cette confiance qui permet une parole vraie. Nous sommes invités à nous laisser décentrer de nous-mêmes, de ce que nous voulons dire souvent trop vite, pour d’abord nous mettre à l’écoute afin de laisser Dieu agir au coeur de chacune des personnes qui se rencontrent. C’est pour cela que nous sommes des serviteurs à mains nues !

« Savez-vous que soigner et servir ont la même racine ? En grec, c’est le premier sens de Thérapeuo : je soigne ou je sers. Ces deux mots sont cousins. « Le soignant est un « serviteur » qui sert dans un « service », c’est-à-dire dans une équipe qui, ensemble, rendent le service de prendre soin des personnes qui leur sont confiées… »

CM

Prendre soin de la relation, c’est être disponible et, en aumônerie d’hôpital, c’est une attitude fondamentale pour ne pas être dans ses préoccupations, de vouloir ceci ou cela. Il y a un moment où il faut y aller, frapper à cette porte pour rencontrer quelqu’un que l’on ne connait pas et se risquer à le rejoindre dans ce qu’il vit et nous laisser rejoindre également dans ce que nous vivons. C’est un véritable acte de foi qui nous est demandé. Un acte de foi nourri du don de Dieu dans la prière personnelle, communautaire, et dans la vie d’équipe, grâce à la relecture après les temps d’accueil et de célébration, la supervision, les formations diocésaines, les temps de récollection…

Croire et non pas savoir !

Cet acte de foi m’allège, me rend patiente et m’invite à ne pas vouloir plus que ce que l’aujourd’hui me donne. Pas d’efficacité à chercher, mais une gratuité à accueillir, laissant la place à une fécondité qui est toujours imprévue et inattendue !

Vivre de compagnonnage, c’est relire et relier les événements afin de donner sens à l’aujourd’hui

La parole de Jésus dans l’Évangile d’Emmaüs est patiente car il prend le temps de relire avec les disciples toute l’histoire du peuple d’Israël : « Commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures tout ce qui le concernait. »

Prendre le temps de relire avec les personnes malades leur histoire, sans rien vouloir à leur place, mais ouvrant l’horizon sur la vie qui est à l’oeuvre en eux, au lieu même où ils ont mal. Et parfois, avec certains, oser une parole de l’Evangile, parce qu’ils nous font le cadeau de découvrir la présence du Christ là où il leur était impossible de la soupçonner avant !

Avec les disciples d’Emmaüs, Jésus ose faire ce lien entre la souffrance et la Gloire, entre la mort et la vie. Quelle audace quand on y pense ! L’entendre dire : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » Il y a des souffrances profondes que l’on ne peut toucher qu’avec des mains qui ont été percées par des clous… Alors la parole peut être accueillie et entendue, parce que leur cœur s’ouvrait et devenait tout brûlant…

Etre touché au cœur peut permettre, comme pour les disciples d’Emmaüs, de nous interroger : « Qui est ce Jésus qui vient nous rejoindre sur la route de nos rencontres ? ».

Pierrette

Être attendu ailleurs

Être attendu ailleurs

« Je m’inquiète pour toi ».

J’ai entendu cette parole lors d’une rencontre. Elle avait été dite à un homme migrant. En la recevant, il a été ému aux larmes : « Depuis que j’ai quitté mon pays, personne ne m’a dit « Je m’inquiète pour toi ».

Celui qui rapportait cette parole a ajouté : « Je m’inquiète pour toi, c’est le cœur de la vie du disciple ».

Cette parole me rejoint dans l’expérience de m’inquiéter pour quelqu’un, que ce soit en le lui disant ou en partageant avec d’autres mon inquiétude pour tenter de comprendre, de m’ajuster, de chercher le geste et la présence adaptés.

Elle m’en a fait revenir une autre, entendue lors d’une formation : « Ne reste pas là ! ».

Le formateur, touché, l’avait entendue dans un film sur une institution accueillant des enfants autistes. Quand ceux-ci commencent à se balancer, à entrer dans leurs stéréotypies, les soignants les appellent en leur disant : « Viens, ne reste pas là ; viens avec nous ». Le formateur soulignait qu’ainsi les soignants les tirent ; ils vont les chercher pour les réintroduire dans la réciprocité de la relation. Ainsi ils soutiennent leur désir.

« Viens là, ne reste pas enfermé en toi-même, sors ! ».

Et, ajoutait-il, cela s’adresse aussi à nous. « Sors de là X » disait-il en se nommant.

Je me suis reconnue là encore. Tour à tour, d’autres pour moi et moi pour d’autres, nous avons signifié à l’adresse de quelqu’un ou reçu pour nous-mêmes : « Reviens sur le chemin avec nous ! ». Et cela me parle de la vie fraternelle au sens large, dans les différents réseaux de nos vies, travail, famille, amis…

Deux paroles au cœur de la vie du disciple : « Je m’inquiète pour toi », le dire fait reprendre le lien. C’est une façon d’aller chercher l’autre et de contribuer à ce qu’il ne se coupe pas de la relation.

« Je m’inquiétais parce que le fil de la relation entre nous devenait ténu ; alors viens avec nous ! ».

Relier ces deux paroles fait bonne nouvelle pour moi. Elles viennent me conforter pour tenir à jour ma liste de personnes pour lesquelles je désire assurer le suivi du lien, ne pas laisser perdre le fil du dialogue, le poursuivre, le reprendre, le nourrir.

Cette liste, contrairement aux apparences, n’est pas à sens unique. Faire signe aux personnes dont les noms sont inscrits me permet à moi aussi de rester ou de me remettre en chemin. C’est la réciprocité du « Ne reste pas là », l’expérience de « sortir », se sortir, s’en sortir les uns par les autres.

Ecrire cela me fait toucher aussi la souffrance ressentie quand je sens que, pour un proche, ce n’est pas bon pour lui qu’il reste là où il est, dans ses positions, et que je ne trouve pas comment lui signifier de ne pas rester « là ».

Au terme de ces lignes, je retourne dans l’Evangile contempler Jésus comme l’homme du « Ne reste pas là ». Tous ceux qu’il rencontre, il ne cesse de venir les chercher : la brebis perdue, Pierre reniant ou désirant le rejoindre sur les eaux, Zachée… Autant d’appuis pour garder la confiance qu’il peut me déplacer.

Nous sommes sur sa liste ! En faisant la nôtre, oui, nous le suivons sur le chemin, en disciple.

« Ne reste pas là », une autre façon d’entendre « en avant ! ».

Chantal