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Noël : Dieu de Tendresse

Noël : Dieu de Tendresse

Dans ce temps d’Avent et d’accueil du mystère de Noel, un mot m’a souvent accompagnée : celui de « Tendresse » ; je m’essaie à en écrire quelques lignes en pensée avec vous.

A Noël, ce qui vient d’abord c’est peut–être l’image de la tendresse d’une mère pour son enfant ; l’art de l’icône a peint des « Vierges de tendresse ».

A travers ce nouveau-né confié à la tendresse de ses parents. Cela m’ouvre à la contemplation de la Tendresse de Dieu pour tous ses « enfants », pour ce monde de chair et de sang.

Autre variante pour dire l’Amour, pour le chanter, la Tendresse est tout l’envers de la dureté, de la rigidité. Elle est proche de la caresse, de la liesse et de l’allégresse !

La Tendresse a ceci de particulier qu’elle ne peut dire l’amour qu’elle porte sans l’exprimer par le corps, par un regard, par un sourire, par la main qui se fait douce, etc.

Elle est un geste d’incarnation.

Elle s’appuie sur la tendreté du corps sensible et s’adresse encore à lui : elle l’habille de lumière, elle lui murmure qu’il est « béni » de toujours à toujours, quels que soit sa fragilité, ses altérations, ses enfermements et aveuglements possibles.

Il s’appellera « Emmanuel », Dieu-avec-nous. Dieu-avec-nous dans la diversité de nos expériences, dans le plus noir de nos duretés et rigidités qui font souffrir, dans le plus clair de nos liens qui épanouissent la vie et lui donnent de renaître.

Dieu-avec-nous, Amour qui se fait Tendresse, qui descend dans la chair du monde et s’exprime à travers elle.

En ces jours de Noel, je voudrais prier avec vous l’Esprit de Tendresse qui

« assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé ».

Souplesse, chaleur, rectitude… Trois voies corporelles et spirituelles au service du soin de la relation !

Que l’Enfant de la crèche renouvelle notre aptitude à la tendresse !

Laure

Créer du lien en créant des œuvres communes

Créer du lien en créant des œuvres communes

A l’occasion de la fête de nos anniversaires familiaux, cet été, j’ai été témoin que produire ensemble quelque chose de bon et beau facilite l’apprivoisement de chacun et permet de faire mieux connaissance.

Nous avons fait du pain et ce fut le pain de l’amitié.

Une salade de fruits avec un fruit apporté par chacun et ce fut un régal pour les papilles.

Une fresque colorée et ce fut un régal pour les yeux.

Chacun pu parler, se découvrir tout en s’occupant, pour le bien-être de tous.

Des rencontres qui n’auraient peut-être pas pu voir le jour sans ces médiations.

Nous avons des trésors de savoir faire à partager, à mettre au service du lien pour embellir nos vies.

Heureuse constatation que je vous partage !

Laurence

 

La violence et le pardon

La violence et le pardon

« Chaque fois que je renonce, j’ai la sensation d’un tremblement de terre au dedans de moi. C’est moi la terre qui tremble ».

Marina Tsvetaieva

J’ai mis une bonne trentaine d’années avant d’accepter de regarder tranquillement, en face, la réalité humaine de la violence inscrite en chacun de nous, inscrite en moi, un fil de trame des relations réciproques.

Il est plus facile parfois, d’avancer les yeux non dessillés, avec l’expérience du monde telle qu’apprise ou construite.

La colère destructrice est un des aspects de notre violence. La volonté de puissance exponentielle en est un autre. La violence sexuelle un autre encore.

L’apôtre Paul a accepté le dessillement de ses yeux sur le chemin de Damas. Il s’est mis au service de l’amour, de la vérité de l’amour. Il s’est mis au service du Christ avec toutes ses passions humaines à lui, Paul.

Il a consenti à ce remaniement intérieur, à ce creusement inlassable pour faire advenir la liberté et la dignité de chaque homme. Il n’a pas cherché à échapper à sa responsabilité nouvelle, marche pas à pas jamais définitivement accomplie, alliance d’amour avec Dieu – source du pardon qui remet debout.

Les obstacles sont nombreux, les impasses séduisantes : s’arrêter sur l’herbe verte, vivre nos habitudes attachantes, regarder ailleurs lorsque se déchaînent les « méchants », assoupir nos questionnements, laisser glisser.

Le discernement ne va pas de soi. La présence fraternelle aide à avancer un peu plus loin – à nous déplacer.

« C’est moi la terre qui tremble »

Je connais ces instants suspendus lorsque ma terre tremble. Quelque chose de hardi se rassemble pour la décision à prendre, la priorité à donner pour une réalité plus vaste, pour le renoncement à un regard de colère au profit d’un regard d’attention ouvrant à nouveau la parole. Quelque chose d’assuré se rassemble pour nommer l’impossible hors sens de la violence et travailler avec d’autres à aller ailleurs, plus loin.

Comme lorsqu’on sort de l’eau profonde en fin de plongée, que l’œil redécouvre le jour et les poumons l’air respirable sans bouteille.

« C’est moi la terre qui tremble »

Dans nos obscurités Seigneur, tu viens rouler la pierre et nous donner la vie.

Recevoir la vie et la donner.

Risquons nous encore à regarder, à écouter, à vivre ces temps, à aimer y parler – y garder silence, à aimer y attendre ensemble la brise légère.

Geneviève

Offrir ce qui fait ma joie

Offrir ce qui fait ma joie

Dieu de la vie, Tu renouvelles ce matin
Ton souffle sur terre, Nous te louons
Et qu’aujourd’hui ta création Renaisse par le Saint-Esprit

Quelques mots après un temps de vacances et de marche en montagne…

Dans notre périple en Queyras, nous avons poussées l’escapade jusqu’en Italie. Accueil dans un petit havre de paix et de douceur par une femme d’origine française qui, depuis trente ans, tient cette petite auberge et se donne sans compter pour accueillir randonneurs et touristes.

A la fin du diner, elle prend son accordéon diatonique, invite à la danse et nous raconte son histoire. Arrivée dans le pays avec son accordéon pour défendre la culture occitane, elle y a rencontré son mari et s’est installée dans le pays. Cette femme témoignait d’une belle énergie, son sourire et sa joie de partager ce qu’elle aime m’a touchée.
En écho, quelques mots sont venus s’inscrire dans ma mémoire : « Offrir ce qui fait notre joie ».

Donner de soi-même et partager ce qui fait l’essence même de notre vie. L’Evangile de ce jour me conduit dans cette même dynamique : « Donnez-leur vous-même à manger », le petit peu offert réjouit et rassasie la foule et les personnes assemblées. Peut-être que par de-là la nourriture, ce qui est partagée, c’est aussi la joie de la rencontre ?

« Offrir ce qui fait ma joie ».

Voilà ce qui vient pour l’heure me nourrir et me donner de l’élan.

Elisabeth
5/08/2019

Tout à coup !

Tout à coup !

« Tout à coup ! »

« Combien de fois n’ai-je pas été surpris, étonné, émerveillé, mais aussi décontenancé, dérouté par des évènements qui survenaient à l’improviste et me poussaient en avant, m’obligeaient à sortir de moi-même, à ouvrir les yeux, à élargir mes horizons, à me remettre en cause, à découvrir la richesse d’autrui à laquelle je n’avais pas, jusqu’alors, porté attention !

Sans ces « tout à coup », que serais-je devenu ? Ils m’ont poussé hors de mes enclos, hors de mes œillères, hors de mes préjugés. »

Jacques Musset, in Golias – semaine du 6 au 12 juin 2019

Ce « Tout à coup » se trouve dans le texte des Actes des Apôtres (2, 1-11) au verset 2 dans la traduction de la TOB : « Tout à coup survint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent… » – texte que nous lisons le jour de la Pentecôte.

J’ai aimé lire ce texte qui m’a donné de relire ce que j’ai vécu en revenant du week-end de Pentecôte dans la Drôme.

J’avais devant moi deux heures de voyage, d’abord en car, puis en train, et la perspective heureuse d’avancer le livre que j’avais emporté. En ouvrant mon sac, j’ai constaté « tout à coup » que je l’avais oublié chez les amis chez qui j’avais passé ces trois jours. J’ai éprouvé un mouvement intérieur de vive contrariété et aussi d’impuissance à réparer l’oubli, d’autant plus qu’à la gare de Valence je n’avais pas le temps d’acheter de quoi lire entre l’arrivée du car et le départ du train.

Dans le TER, je me suis assise à côté d’une religieuse de type malgache qui n’avait ni livre ni portable avec elle. J’ai donc entamé la conversation en lui demandant de quelle congrégation elle était – religieuse de la Trinité – et elle m’a confirmé qu’elle était malgache, originaire d’Antsirabe, petite ville où j’ai vécu deux années. J’ai été heureuse de l’entendre parler de cette ville où elle s’apprête à revenir, comme tous les trois ans, pour revoir sa famille mais aussi de Madagascar, pays auquel je pense souvent. Nous avons aussi échangé sur nos vies actuelles avec comme point commun le monde de la santé puisqu’elle est infirmière. C’était comme si j’avais rencontré une amie.

Ce petit évènement modeste – l’oubli d’un livre compagnon de voyage – m’a d’abord décontenancée puis poussée à sortir de moi-même et à découvrir la joie d’un partage de vie offert gratuitement. Sans cet oubli, je me serais plongée dans le livre et j’aurais sans doute négligé la présence à mes côtés de cette femme sympathique.

Marie, 12 juin 2019

Souffle de Pentecôte

Souffle de Pentecôte

Peut-être parce que j’ai été immergée quelques jours en pays étranger et que je me suis confrontée à la difficulté de parler et de me faire comprendre…

Peut-être parce qu’il m’est arrivé, comme à chacun d’entre nous, de buter sur des incompréhensions mutuelles…

Peut-être parce que j’étais la semaine dernière deux jours en formation sur l’écoute…

…je me suis arrêtée sur un article de Frédéric Boyer paru dans le quotidien La Croix du 6 juin 2019 : « Le don des langues » .

« Parler la langue de l’autre, même si peu, si maladroitement, c’était appeler à une communauté humaine manquante et désirée ».

Au cours de mon voyage à Lisbonne, le dernier jour, nous nous promenions dans les rues de l’Alfama, un vieux quartier où se préparait la fête de Saint Antoine qui a lieu toute la première quinzaine du mois de juin. Je désirai percevoir un peu mieux ce qui se préparait : tout le monde s’afférait dans les rues pour installer devant sa porte, un petit bar, un espace de convivialité…

Sur une petite place une femme âgée et son mari balayait une estrade. Ce désir de comprendre ce qui se tramait m’a invitée à m’adresser à elle, non en portugais (ni en anglais !), mais simplement en lui disant : « Bonjour ». De façon simple, nous avons entamé un dialogue. En quelle langue ? Je ne saurais dire… Elle a quand même fini par appeler son fils qui possédait quelques mots de français.

Ce petit échange modeste est resté pour moi gravé dans ma mémoire, d’abord pour l’audace pris de m’adresser à cette femme « même en français » et ensuite de partager un peu de ce qui mettait en action tous les habitants de ce quartier. Enseignement aussi de voir comment tout le monde s’y met et pas seulement le comité des fêtes ! J’ai simplement « éprouvé le désir de comprendre autrui et de me faire comprendre de lui ».

Chercher à rencontrer l’autre, à entrer en dialogue, voir en réciprocité, nous convoque à amorcer ce mouvement de « l’hospitalité que nous accordons à d’autres vies et d’autres paroles que nous ».

Risque pris de la parole adressée par de-là la peur, de se confronter à la différence, voire même d’être rejeté. Avancer dans la confiance sans crainte d’être renvoyé à notre propre solitude parce qu’il n’a pas été possible de rencontrer l’autre. C’est sans doute oser avancer dans ce souffle d’ouverture auquel nous invite le Souffle de Pentecôte.

«Apprendre la langue d’autrui ou traduire, c’est le mouvement même de la vie spirituelle : répondre au désir de se faire comprendre d’autrui et de le comprendre».

Chercher à comprendre l’autre, à entendre ce qu’il a me dire me semble être dans cette même dynamique. Au sortir de ma formation sur l’écoute, j’ai mieux perçu, qu’il y a toujours une part manquante de l’autre que nous ne pourrons jamais atteindre. Il y aura toujours quelque chose que je n’aurai pas entendu, mal compris. Mais ce dont je suis sûre, c’est que cette quête de comprendre l’autre s’enracine dans cet espace du Souffle créateur qui cherche à mettre en lien au cœur des différences.

Que le Souffle de Pentecôte nous habite !

Elisabeth
09/06/2019

stand

Etre témoin d’un éclat d’Evangile

Etre témoin d’un éclat d’Evangile

Helena, dans sa chambre d’hôpital, écrit des poèmes, des textes.

Elle me demande de les lire pour les commenter, éclater de rire et parfois pleurer…

Voici le dernier :

« Si vous saviez comme je pleure

Tout au fond de mon cœur.

Je suis dans une prison

Sans porte ni chanson.

Le présent est triste et vide

L’avenir sans porte et sans guide. »

Elle me dit qu’elle ne veut pas venir à l’aumônerie car « Dieu m’a abandonné ! »

Je lui dis que je ne crois pas qu’il l’ait abandonné.

Elle me regarde et avec un petit sourire elle me dit : « C’est vrai puisque vous venez me voir ! »

Etre témoin d’un éclat d’Evangile = une lumière dans la nuit,

quand une petite ou une grosse pierre se roule doucement

au coeur de la rencontre ! Rendre grâce !

P.C

La vertu d’humilité

La vertu d’humilité

 

En Luc 14, 7-11, Jésus raconte une parabole…

« Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place ». Quand viendra celui qui t’a invité, il te dira « Mon ami avance plus haut »

J’en ai tiré ce matin quelques lignes sur la vertu d’humilité que je vous partage.

L’humilité est une disposition de modestie, mais elle n’est pas une mésestime de soi-même.

L’humilité est une vertu parce qu’elle laisse – et même sauvegarde – du creux au fond de soi-même ; il y a, au cœur de l’humilité, l’espace possible pour entendre un appel à « monter plus haut » sans pour autant la perdre.

L’humilité est tout le contraire d’une condamnation à être fixé en un lieu, en un état, en un préjugé que l’on porte au sujet de soi-même.

L’humilité n’est pas de rester à la dernière place mais de rester ajusté à soi-même : avec du manque qu’on ne peut combler seul, avec des défauts lents à corriger, mais aussi avec une capacité de réponse à un appel qui invite à sortir de soi, de sa position confortable, à risquer de s’avancer vers, à prendre des responsabilités. En somme, qui invite à être présent aux événements et aux personnes, avec tout soi-même, avec tout ce que l’on peut personnellement.

Il me vient que l’humilité est une force ascensionnelle.

On entend parfois : « Il/elle a trop d’humilité pour se mettre en avant » et l’on en déduit parfois que celui ou celle qui est rempli d’humilité ne sera jamais devant. Parallèlement, lorsque nous avons des chefs qui sont reconnus comme étant « humains », ce n’est souvent pas délié du fait qu’ils ont une bonne dose d’humilité.

Que peut donc signifier l’idée que l’humilité est une force ascensionnelle ?

Elle fait grandir l’humain en nous.

L’humilité est l’humus dans lequel germe et croît la graine d’humanité faite pour entrer en sympathie avec Dieu, révélé en Jésus.

Jésus dit à chacun : « Mon ami, avance plus haut ! »

N’aie pas peur, crois seulement !

Surgit aussi à ma mémoire le Cantique des Cantiques : « Viens ma toute belle ! »

Quand le creux de l’humilité accueille le désir de Dieu, cette humilité devient une force qui soulève

Le poids de nos imperfections, de nos doutes, de nos manques à aimer, ne pèse plus soudain.

Une force les traverse, une force légère s’élève vers Celui qui appelle pour le connaître et être connu plus intimement.

Que vive l’humilité en nous, entre nous, et dans chacune de nos relations !

Bonne journée à vous !

Laure

Simple rouleur de pierre

Simple rouleur de pierre

Ce dimanche s’annonçait comme un beau dimanche spirituel. Temps de retrouvailles et de récollection. Méditation de la Parole de Dieu. Partage fraternel. Célébration de l’Eucharistie où Celui qui est Source se donnerait dans le Pain de Vie. Il ne resterait plus ensuite qu’à regagner son chez soi et profiter des dernières heures du jour pour s’informer, se cultiver et se reposer…

Mais voilà. En ce siècle de technologies virtuelles et multiples, le téléphone vous porte instantanément informations, messages et appels. Ce fut donc le cas au milieu de ce dimanche automnal. Qui se retrouvait aux urgences à soutenir son mari bien mal en point et confiait fatigue et inquiétude aux prières de l’ami. Telle faisait savoir qu’en son service hospitalier une patiente serait bienheureuse de recevoir une visite et la communion.

Il y avait là un simple appel à vivre le sacrement du frère et il ne restait plus qu’à bousculer quelque peu le programme initial prévu, pourtant bien confortable et agréable, puisqu’il n’y avait aucune raison à remettre à demain ce qui pouvait être vécu aujourd’hui et dont il n’échappait à personne que cet aujourd’hui était Jour de Résurrection.

Porter la communion, c’est rendre présent d’une manière toute sacramentelle Celui qui est Chemin, Vérité et Vie. C’est permettre de faire Eglise pour et avec une personne confrontée à la solitude de la chambre d’hôpital. C’est honorer le « prendre soin » d’une cadre de santé, attentive aux signes de croyance d’une personne avec qui un échange de paroles a permis de percevoir et connaître l’attente. C’est favoriser l’Echange mystérieux entre l’Aimé et l’Aimant.

Il en fut ainsi. La chambre se transforma en Tente de la Rencontre. Mais ce qui ne devait être que simple passage se transforma en longue pause et en chemin d’Emmaüs. Deux personnes, jusqu’alors en méconnaissance l’une de l’autre, se mirent à relire la vie écoulée, faites d’ombres et de lumières, de désirs et de revers, de rires et de larmes. Les chemins se croisaient et s’entrecroisaient. Mont des Béatitudes, grotte de Bethléem, jardin des Oliviers, Golgotha et Tombeau n’étaient pas loin. Des mots jaillissaient, du sens était donné, de la vie émergeait, de la paix se formait.

Lentement, la Pierre du Tombeau était roulée. La Lumière pouvait y pénétrer. La Vie pouvait y circuler.

Bientôt la famille y déposera l’Aimé pacifié.

Bientôt l’Aimant y accueillera l’Aimé pour le sortir des profondeurs de la mort et le mener à la Demeure du Père de toute humanité.

Il était temps pour le rouleur de pierre de s’en aller sans plus déranger.

Vincent Feroldi
2 octobre 2018

Être Marthe ou Marie : faut-il choisir ?

Être Marthe ou Marie : faut-il choisir ?

J’étais bien décidée à être Marie auprès de mon père pendant ces quelques jours passés en Dordogne : l’écouter, lire ce qu’il me demandait de lire et en parler avec lui… Etre disponible.

Mais il y a tant de choses à faire dans une maison avec jardin, tant de choses à faire en automne quand les pommes tombent et pourrissent si on ne les ramasse pas, si on ne les trie pas pour en faire de la compote…

Et ces « mauvaises » herbes qui n’en finissent pas de pousser malgré la sécheresse…

Et faire, c’est en fait toujours plus facile qu’être : être simplement là, à écouter, sans penser à tout ce qui est à faire.

La « pleine présence », simplement parce qu’il est bon d’être là auprès d’un vieil homme qui est son père, surtout lorsque le grand âge limite l’espérance de vie… Pas si facile dans la durée.

La « pleine présence » – à défaut de la vivre en étant toujours disponible auprès de mon père -, j’ai essayé de la vivre aussi en pelant les pommes, en désherbant les plates-bandes ou en marchant.

Peine perdue ! Mon imagination finissait toujours par dominer et m’entraîner là où je ne voulais pas aller et je n’étais plus présente à ce que je faisais.

Alors, j’ai convoqué telle ou tel, en pensant que c’était pour elle ou lui que je préparais la compote, que c’était pour elle ou lui que je soignais le jardin ou que je marchais. Ce n’était plus la tâche qui m’accaparait ou l’imagination qui me dissipait, mais la personne à aimer qui m’habitait.

C’est finalement dans une relation aimante qu’il est possible d’être Marie tout en étant pleinement à sa tâche. C’est la relation qui nous fait vivre, comme une source à désencombrer souvent mais qui, sans cesse, nous appelle à être là, à ne pas la négliger.

Il y a sans doute un temps pour être Marthe et un temps pour être Marie, en sachant que, quoi qu’on fasse, c’est dans la relation que l’on puise ce qui nous fait vivre.

Marie
Octobre 2018