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Ouvre-toi !

Ouvre-toi !

 

Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit « Effata ! »,
c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! ».

Marc 7, 34

Ouvre-toi !
A travers cette figure du sourd qui a aussi de la difficulté à parler et de sa rencontre avec Jésus qui le recrée nouveau, je pense à moi, à nous, à chaque vie baptismale. Je pense aussi à la spiritualité de la Pierre roulée.

« Ouvre-toi » dit Jésus à cet homme, les yeux levés au ciel.
Ouvre-toi à la Vie profonde qui coule en toi et te relie à cette part de « ciel » en toi !
Ouvre-toi au monde qui t’entoure et attend de toi ce que nul autre ne peut lui donner pareillement !
Ouvre-toi pour que la Source qui coule en toi soit disponible aux autres !
Ouvre-toi pour que la Source qui coule en chacun de ceux que tu rencontres, tu la reçoives avec gratitude !

Nous avons fondamentalement besoin de nous ouvrir
au mystère de la vie divine en nous,
au mystère de la relation qui nous fait devenir qui nous sommes, de manière à en approfondir le chemin, jour après jour !

« Ouvre-toi », telle une parole d’engendrement que nous recevons d’un autre.
Le Tout-Autre qui s’est fait le Tout-proche nous prend chacun, à l’heure favorable, à l’écart, pour la murmurer à notre oreille. Il nous envoie inlassablement ses messagers.

« Ouvre-toi »…

… telle une parole toujours neuve qui fait son œuvre quand l’oreille écoute à nouveau.
… telle une parole Fondement : aux heures de fragilité, de doute et de brouillard, creuser l’écoute pour la retrouver plus solide qu’avant.

Ouvre-toi, non pour être « ouvert à tous les vents ». Mais pour guetter la brise légère qui envoie vers des frères et de vastes horizons. Quand les oreilles s’ouvrent à la confiance d’un Amour qui aime réellement, la langue se délie. Nous parlons à mesure que nous nous découvrons aimés et apportons foi à cette révélation ! Parler de telle sorte que la parole ouvre, accueille le point de vue différent, laisse de l’espace pour que l’autre parle à son tour.

Je pense à cette phrase célèbre de Saint Irénée : «La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant».
On pourrait dire aujourd’hui : « La Gloire de Dieu, c’est l’homme ouvert »…
Ouvert au trésor intérieur qu’il est lui-même, ouvert dans son écoute et sa parole,
ouvert aux autres, collaborant avec eux à tisser de la vie reliée, capable d’inventivité pour répondre aux défis contemporains ; ouvert à « Dieu » qu’il ne possède pas, qui est Quelqu’un que nul n’enfermera.

Seule certitude, la relation avec Lui nous est intimement ouverte.

La Pierre est roulée, le Vivant nous attend sur nos chemins ordinaires pour nous ouvrir à sa Présence et ouvrir avec lui des chemins des vie !

Laure

Le pèlerinage ou comment se rapprocher de Dieu

Le pèlerinage ou comment se rapprocher de Dieu

Quand j’entends le mot « pèlerinage », me viennent immédiatement à l’esprit des images diverses et diversifiées. Il y a d’abord le pèlerinage diocésain à Lourdes, découvert dans les années 80 à travers l’accompagnement des enfants malades, auquel je me dois d’ajouter la multitude des pèlerinages mariaux : La Salette, Fatima, Fourvière, Notre-Dame-de-la-Garde… Puis ce sont les pèlerinages dans les hauts-lieux du christianisme, catholiques en particulier : Terre sainte, Rome, Assise, « sur les pas » de Saint-Paul ou de Charles de Foucauld, Chartres, Ars-sur-Formans…, avec un traitement tout particulier pour celui qui draine aujourd’hui des gens du monde entier et de toutes croyances : Saint Jacques de Compostelle. Enfin, je pense à ceux d’autres traditions comme celui de La Mecque (Arabie saoudite), cher au cœur des musulmans, ou de l’ile de Shikoku (Japon), propre au bouddhisme Shingon.

Le pèlerinage n’est donc pas propre à une religion. Certains lieux de pèlerinage sont même des « lieux partagés » comme l’a si bien rappelé l’exposition « Il était trois fois… Lieux saints partagés. L’exposition où se croisent trois religions » présentée à Marseille et Paris . Il en est ainsi en France, depuis 1954, du pèlerinage à la chapelle des Sept-Saints dans la commune du Vieux-Marché (Côtes-d’Armor) pour honorer la mémoire des Sept Dormants d’Éphèse.

Mais qu’est-ce un pèlerinage ? Le site de la Conférence des évêques de France le définit ainsi : « Démarche personnelle ou collective que font les fidèles vers un lieu saint pour des motivations religieuses et dans un esprit de foi ».

Le pèlerin chrétien s’inscrit en fait dans une longue tradition biblique où, à l’écoute de la Parole de Dieu, le croyant accepte de partir de chez lui, de se mettre en mouvement, d’aller de l’avant pour se rendre en un lieu où Dieu lui a donné rendez-vous pour le rencontrer .

Ainsi de la Terre Promise évoquée en Genèse 12, 1-3 :

« Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre ».

Il y a aussi la « Demeure » de Dieu, le « Tabernacle », la « Tente d’Assignation », la « Tente de la Rencontre », où est déposée l’Arche d’Alliance (Exode 26-27) et vers laquelle se rend le peuple hébreu.

Dans le Nouveau Testament, le pèlerinage le plus évoqué est celui qui mène au Temple de Jérusalem où Jésus rend pour la Pâque juive (Jean 2, 13, 5,1 et 12, 13s) avec, pour cette dernière référence, le rappel du nomadisme au désert marqué par la fête de Sukkôt – ou des Tentes, tel que la chante le Ps 117 (118) : rameaux en main, la foule s’approche dans la liesse, jusqu’aux « cornes de l’autel ».

Partir en pèlerinage passe donc par une mise en situation personnelle, seul ou avec d’autres. Celle-ci passe toujours par une attitude intérieure en harmonie avec la spiritualité du lieu visité. Recherchant le silence intérieur, le pèlerin fait taire en lui tout ce qui viendrait encombrer sa vie spirituelle. Il permet à Dieu de s’adresser à lui comme « le bruit d’une brise légère » (cf. 1 R 19).

La démarche de pèlerinage est aussi marquée par des signes et des rites spécifiques. Question signes, le pèlerin pourra avoir un vêtement particulier ou quelques objets singuliers. Ainsi lit-on cette bénédiction dans le Codex Calixtinus, manuscrit du XIIe siècle conservé à Compostelle : « Reçois cette besace, insigne de ton pèlerinage, afin que tu mérites de parvenir à la maison de saint Jacques où tu veux te rendre… Reçois ce bourdon, réconfort contre la fatigue de la marche dans la voie de ton pèlerinage, afin que tu puisses parvenir en toute tranquillité au sanctuaire de saint Jacques…». Il s’en retournera ensuite chez lui avec la fameuse coquille dont la forme rappelle celle de la main, et que les jacquets ramassent sur la grève pour la coudre à leur chapeau, en signe de leur pérégrination.

Quant aux rites, ils sont divers. A Lourdes, le pèlerin aura à cœur d’aller prier à la grotte où la Vierge Marie apparut à Sainte Bernadette, de participer en soirée à la procession à la lueur des cierges de dévotion et de se rendre aux piscines où il sera plongé dans l’eau glacée de la source miraculeuse pour obtenir, à défaut d’une guérison physique, une conversion du cœur et une purification de son être.

Tout cela montre bien que la visée du pèlerin chrétien est de vivre une transformation intérieure et une rencontre avec Dieu qui passe par la personne même du Christ.

N’est-ce pas ce que nous rappelle Grégoire de Nysse, théologien grec de la seconde moitié du IVe siècle, qui insistait sur l’importance qu’il y a pour le fidèle de « se porter en avant » car « de notre mobilité même, Dieu fait un associé de notre ascension, de notre course à la perfection. Perfection qui n’a d’autre limite que celle de n’en avoir pas » ?

En suivant le Christ, en se plaçant dans sa foulée, il se met en route vers Dieu. « Ainsi Moïse qui brûlait de voir la face de Dieu, apprend-il comment on voit Dieu : suivre Dieu partout où il mène, cela même c’est voir Dieu. Qui suit ne peut quitter le bon chemin tant qu’il voit le dos du guide. Qui, par contre, se transporte sur le côté ou se met face au guide, celui-là invente une route à son gré, non pas celle que lui indique son guide. C’est pour cela que Dieu dit à celui qui le suit : Tu ne verras pas ma face. Il veut dire : ne t’oppose pas à celui qui te conduit » (Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, II, 252-253).

Vincent Feroldi

Se refaire une santé

Se refaire une santé

L’infirmière est là, dans la chambre. C. me fait entrer et veut que je reste pendant l’entretien.

« Madame, arrêtez de vous faire du souci pour votre mari. On s’en occupe. Vous, vous avez besoin de vous refaire une santé. »

« Oui, je suis très fatiguée, mais à mon âge et avec ce que j’ai, on ne refait rien ; on ne fait même rien du tout. »

« Faites-nous confiance… »

Il y a beaucoup de professionnalisme et de bonté chez cette infirmière.

L’expression qui a retenu mon attention est « se refaire une santé ».

Evidemment, lorsqu’elle a été altérée, il n’y a pas de retour en arrière, quels que soient l’âge et la maladie. C’est comme « renaître d’en-haut » : sans rien refuser, sans vouloir abolir la maladie et le vieillissement, découvrir la nouveauté d’aujourd’hui, les ressources, les encore possibles.

Une fois l’infirmière partie, C. me dit : « Aidez-moi à me souvenir des belles choses que nous avons vécues ensemble. Cela m’aide d’en parler ; je ne voudrais pas oublier. Il y a eu tellement de belles choses ! »

Alors je lui raconte mais je lui demande aussi de me parler des belles choses d’aujourd’hui. Après un moment de silence, elle me dit : « Je crois que mon mari est amoureux de moi » et elle me donne quelques exemples d’une plus grande attention à elle, de gestes de tendresse… C’est nouveau pour elle.

En la regardant, je comprends ce que veut dire « se refaire une santé » ou « renaître d’en-haut ». Son visage s’éclaire, je la sens soudain heureuse de cette découverte – une relation nouvelle comme une renaissance.

« Se refaire une santé », c’est comme « être rappelé à la vie, à ce qui fait sens dans la vie, pour devenir vraiment vivant » (Yan Plantier).

J’accueille ce qui vient de se passer comme une lumière dans l’obscurité, une pierre qui a roulé et ouvert un chemin de vie. Je suis heureuse avec elle et je lui dis merci.

Marie

Tenir parole

Tenir parole

« Tu es incapable de tenir parole »

Alors que je marchais, au milieu des flâneurs, par cette chaude après-midi, rue de la Ré, cette phrase s’est envolée, brutale, et je l’ai recueillie. Elle était adressée par une jeune femme à son compagnon.

« Tu es incapable de tenir parole »

Y a-t-il eu promesse non tenue, accroc dans l’engagement voire infidélité ? J’entends comme un sentiment de trahison dans la voix de cette femme en colère.

Ne connaissant pas leur histoire, je m’interroge par rapport à moi-même : quand ai-je été incapable de tenir parole ? Par exemple quand je me suis engagée à écrire chaque jour pendant les vacances et que, certains jours, j’avais mieux à faire…

Lorsqu’une parole n’est pas tenue, est-ce parce que l’engagement était au-delà des moyens, des ressources, mal calculé, une sorte de défi par rapport à soi-même ? Est-ce parce que le cœur ou la confiance n’y était pas, comme une parole en l’air ? Est-ce parce que la persévérance au quotidien aurait demandé à être soutenue ?

Pour « tenir » parole on a parfois besoin de témoins qui aident à relire l’engagement pris, à en retrouver le sens, à le réajuster si besoin pour qu’il devienne un nouveau commencement, une nouvelle mise en chemin.

Tenir parole pour des broutilles est un bon exercice pour tenir parole lorsque la relation à soi, aux autres, à Dieu, est en jeu. Et elle l’est puisque promettre est de l’ordre de la relation – « dire je promets c’est dire je te promets » (P. Ricoeur). Je suis responsable de ma parole vis-à-vis d’autrui.

Les priorités que nous nous sommes données à la Pierre Roulée – la relecture et, si possible, l’écriture en font partie – nous engagent les uns vis-à-vis des autres et cet engagement commun, allié au souffle de l’Esprit, est notre meilleur soutien pour « tenir parole ».

Marie

La dixième Béatitude

beatitude

Source : Blog

La liturgie dominicale nous a proposé le texte des Béatitudes selon Matthieu 5, 1-12.

Neuf Béatitudes à vivre et une invitation joyeuse lancée : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Pourquoi neuf et non dix ?

Il manque la plus importante, me semble-t-il. Ne serait-elle pas celle-ci : « Heureux ceux qui ont mis toute leur confiance en Jésus le Christ, car ils auront en lui un guide, un compagnon et un frère ! » ?

En effet, en tout temps et en tout lieu, au milieu des tempêtes ou des violences, alors qu’une brise légère souffle et que des parfums merveilleux m’enveloppent, au plus profond d’une rencontre ou au plus intime de ma vie, le Christ porte mon joug et me parle dans le silence de mon cœur. Il le féconde pour qu’il porte du fruit et que la petite espérance croisse. Il sème de la vie à profusion et me supplie de me libérer de mes craintes et de mes peurs.

Pourquoi aller chercher ailleurs ce qui nous est déjà donné ?
Prière de la Pierre Roulée

Prière de la Pierre Roulée

Dans nos obscurités,
Seigneur, tu es notre Lumière.
Au cœur de nos journées,
Tu viens rouler la pierre
et nous donner la Vie.

Tiens-nous dans la confiance.
Que ton Esprit soutienne en chacun
l’initiative de l’amour
qui ne se lasse pas,
ne se décourage pas.

Dans la réciprocité de la relation,
avec Toi et ceux que je rencontre,
donne-moi l’audace d’ouvrir
des chemins de vie.

Je te prie en communion
avec mes frères et sœurs de la Pierre Roulée :
que nous soyons témoins,
chacun et ensemble,
de la gratuité de ton amour pour tous,
Toi qui es Père, Fils et Esprit. Amen.