Étiquette : Angoisse

Ne nous oubliez pas !

Ne nous oubliez pas !

Ils sont venus en la veille du Mercredi des cendres.

Ensemble. Unis dans l’adversité. Inquiets. En attente d’une parole d’espérance. Désireux de croire que l’avenir ne pourrait ne pas être sombre.

Le Mont des Oliviers, ils connaissent. Le Golgotha, ils le parcourent. Le Christ souffrant, ils y pensent chaque jour.

Mais, demain, est-ce que cela sera encore possible ?

Telle est leur question, car les événements des derniers jours et des dernières semaines leur ont fait comprendre qu’ils seraient peut-être amenés à devoir quitter leur terre : la Palestine.

Membres du Haut-Conseil des paroisses de Palestine, mufti de la Terre Sainte, maire de Ramallah, gouverneur de Terre Sainte, prêtre orthodoxe… Leur diversité n’est plus un frein. Elle est une force. Elle témoigne que ce qui les lie est une terre, une langue, une Histoire, un peuple, une ville : Jérusalem.

Ils sont venus, humblement, les mains nues, avec, pour seule arme, leur foi en l’homme, en la fraternité, en la solidarité, en la justice.

« Ne nous oubliez pas ! Soyez à nos côtés ! Priez pour que, demain, ensemble, nous puissions monter au Saint Sépulcre, dans un pays de Paix ! »

Vincent Feroldi

jerusalem

Reste avec moi !

Reste avec moi !

En attendant Godot !

Estragon et Vladimir attendent Godot quelque part au milieu de nulle part, hésitant entre se pendre, partir, ou se séparer… Estragon s’en va, l’espace d’une nuit, et revient. Voici l’échange qu’ils ont à son retour :

Vladimir : Encore toi ! Viens que je t’embrasse !
Estragon : Ne me touche pas !
Vladimir : Veux-tu que je m’en aille, Gogo ! On t’a battu ? Où as-tu passé la nuit ?
Estragon : Ne me touche pas ! Ne me demande rien ! Ne me dis rien ! Reste avec moi !
Vladimir : Est-ce que je t’ai jamais quitté ?
Estragon : Tu m’as laissé partir.

RESTE AVEC MOI !

Ce « reste avec moi » me touche. Il m’évoque la demande plaintive des enfants ou des grands vieillards à qui l’approche de la nuit fait peur. « Angoisse crépusculaire »…

Besoin d’accrocher une main, besoin d’une présence, besoin d’allumer la petite veilleuse qui éloignera les monstres tapis sous le lit …

Quelques paroles de réassurance, une caresse, mais surtout, être là.

« Reste avec nous car le soir tombe »,  demandent les disciples d’Emmaüs à Jésus. Soif de cette présence qui relève, réchauffe, illumine doucement la nuit de la désespérance, du doute, de l’absence et ce sentiment d’abandon si douloureux, incompréhensible.

Et il le reconnurent à la fraction du pain. Lieu même d’une présence qui nous échappe pour s’offrir, à travers nous et bien au-delà.

Au cœur de nos obscurités, tu viens rouler la pierre.

TU M’AS LAISSE PARTIR

Les retrouvailles de Vladimir et Estragon pourraient être une autre version de celles du père prodigue et de son plus jeune fils.

« Est-ce que je t’ai jamais quitté ? » dirait le père. Tu m’as laissé partir… Réponse en forme de constat ? Reproche ? Amertume  Incompréhension ? J’entends plutôt un désarroi aussi profond que l’Amour .

Béni sois-tu Seigneur de nous laisser partir, non sans douleur ni inquiétude peut-être, mais jamais par désintérêt, par indifférence ou par désinvolture .

Tu nous laisses partir par amour, pour faire l’apprentissage de notre liberté, perdre des illusions, nous ouvrir à l’horizon de la vérité, devenir un peu plus qui nous sommes – à ton image et à ta ressemblance !

La vengeance de Dieu -dit-on- , c’est le pardon .
Absence de reproches. Bras ouverts. Baiser de paix .
Regard de Jésus posé sur Pierre qui l’a renié.
Confiance habitée.

Béni sois-tu Seigneur, pour la joie des retrouvailles ! Donne-nous de nous laisser accueillir et fêter en toute humilité, en toute humanité ! Que cette joie illumine le quotidien de nos rencontres ! Qu’elle nous donne l’audace d’ouvrir des chemins de vie…

CdL