Dans l’évangile de ce dimanche (Matthieu 5, 13-16), Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre » et aussi « Vous êtes la lumière du monde ».
Sel de la terre, lumière du monde – quel paradoxe !
Le sel est de l’ordre de ces ingrédients que l’on enfouit pour qu’ils donnent saveur à un ensemble ; ils ne sont jamais mis en avant, seuls. Le sel n’a de raison d’être que dans l’enfouissement, mélangé.
La lumière, même la plus discrète, doit au contraire être visible, mise en avant. C’est sa raison d’être pour éclairer la pièce ou le chemin.
Un point commun cependant : n’exister qu’avec et pour d’autres.
Chez Jésus, ce qui donne de la saveur, ce sont des verbes qu’il incarne : s’approcher, regarder, voir, écouter, parler, toucher… autant de verbes qui font de lui un frère, un ami, un compagnon de route, si proche.
Ce qui est lumière chez Jésus, c’est sa parole, lorsqu’il parle des Béatitudes ou lorsqu’il répond aux disciples de Jean qui lui demandent : « Es-tu Celui qui doit venir ? » (Matthieu 11, 2-6) : « Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. » Une parole qui lui vient de son Père, porteuse d’un Souffle qui l’agit, la rend efficace – Jésus fait ce qu’il dit.
L’enfouissement a été, pendant quelques années, un choix de vie en Église, en particulier dans la Pastorale de la Santé : être mêlés aux femmes et aux hommes de ce monde sans perdre son identité de chrétiens et, pour un certain nombre d’entre nous, cette option est toujours d’actualité. J’ai aimé et j’aime cela. J’aime croire que cette saveur en nous n’est pas affadie et que quelque chose diffuse mystérieusement dans le monde que nous présentons à Dieu lorsque nous prions ensemble et que nous faisons l’expérience d’une vie fraternelle.
Qu’avons-nous fait et que faisons-nous de la lumière du Christ en nous ? Il y a eu et il y a encore des lampes mises sur le lampadaire et qui brillent pour ceux qui sont dans la « maison » mais plutôt individuelles que collectives. Comment faisons-nous rayonner cette lumière ensemble à La Pierre Roulée puisque nous souhaitons « être témoins, chacun et ensemble, de la gratuité de l’amour de Dieu » – l’amour comme une lumière dans et pour le monde ?
Par contre, je crains beaucoup ceux qui, en croyant hisser la lampe pour qu’elle éclaire, hissent le drapeau identitaire qui, loin d’éclairer obscurcit la pièce ! Je n’en connais pas mais je sais qu’ils existent.
Beaucoup de choses ont de la saveur dans ma vie et lui donnent du goût, en particulier la Parole méditée chaque jour qui se mêle aux rencontres du jour, mais aussi les regards échangés dans la rue, parfois les sourires et les paroles cueillies au vol que je transforme parfois en récits, le rossignol qui revient en sautillant dans le jardin, tant de choses souvent minuscules qu’au soir de chaque jour je recueille en disant merci. Et toutes ces choses éclairent aussi ma vie.
Je crois que chacun, chacune d’entre nous peut aussi nommer ce qui donne du goût à sa vie et ce qui l’éclaire. Et lorsque, dans nos relectures de vie, nous nous rendons témoins de cela, je crois que, mystérieusement, nous devenons « sel de la terre » et « lumière du monde ».
Marie, 6 février 2026

