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Toute puissance et fragilité

Toute puissance et fragilité

Chaque jour, je peux me rendre dans l’espace et contempler la terre ou l’univers. Par mon compte Twitter, j’entre en relation avec l’ISS (navette spatiale internationale) et grâce, hier, à Thomas, et, aujourd’hui, à Kanai, astronaute japonais, je profite de somptueuses photographies de contrées connues ou inconnues et de phénomènes météorologiques exceptionnels.

Dans le cadre de mon travail quotidien, je n’ai plus de raison de m’affoler. Quand un thème nouveau s’offre à moi ou qu’une question épineuse m’est posée, je saisis mon I phone ou allume mon ordinateur et, grâce à une recherche sur Google, je trouve de pertinents éléments de réponse pour éclairer mon propos.

Au volant de ma voiture, il m’arrive fréquemment de devoir me rendre en des lieux inconnus par des itinéraires méconnus. Là aussi, rien de plus simple, aujourd’hui. Ne suffit-il pas d’allumer son GPS et de se laisser guider par une voix mélodieuse qui prend soin de vous avec attention et ne vous reproche pas violemment une erreur de conduite. Avec délicatesse, elle vous propose de ralentir et de faire demi-tour avec prudence.

Une décision urgente à prendre avec un ami, malheureusement bien loin de vous ? Grâce à la nouvelle application téléphonique téléchargée gratuitement, après avoir composé son numéro de téléphone, votre ami vous apparait, sur votre écran, au volant de sa voiture, bloquée en plein embouteillages dans une ville du Moyen-Orient. Une réunion de travail improvisée se met alors en place et, du partage de nos réflexions respectives, jaillit la décision.

Soudain le téléphone d’astreinte de l’hôpital retentit… Une infirmière dans un service de soins palliatifs m’informe qu’un patient en fin de vie et dont le pronostic vital est engagé souhaiterait la visite d’un prêtre. Il y a urgence : la mort n’attend pas. Ne pouvant personnellement m’y rendre, je me connecte sur le planning en ligne de l’équipe d’aumônerie pour voir qui est en capacité de se déplacer immédiatement dans l’établissement hospitalier. Aussitôt vu, aussitôt fait : envoi d’un texto, coup de téléphone, contact établi, renseignements donnés, le patient est peu de temps après accompagné et apaisé…
Je pourrai encore continuer à partager de nombreuses expériences du quotidien qui montre combien, aujourd’hui, en 2018, sciences et techniques ont radicalement transformé la vie des humains. Pour le meilleur et pour le pire, diront certains. Certes ! Mais il est indéniable qu’il y a beaucoup d’heureuses innovations et que nos vies en sont grandement facilitées. Ne faut-il pas s’en réjouir ?

Il en résulte bien naturellement pour l’homme un sentiment de toute puissance. Il est capable de relever dans tous les domaines de nombreux défis pour peu qu’on lui laisse le temps de les résoudre. Voilà pourquoi il se découvre en capacité d’être dieu et donc de se passer de ce Dieu dont bien des croyants de traditions religieuses diverses lui parlent.
Pourtant, dans le même temps, il ne peut que constater la fragilité humaine, sa propre fragilité.

En l’espace de quelques minutes, ce jeune à qui un bel avenir était promis se retrouve dans l’habit de l’assassin qui a tué père et mère. Il va devoir dorénavant porter jusqu’à la fin des temps le poids de sa culpabilité et chercher désespérément à se reconstruire, tout en espérant que sa famille ne le rejettera pas pour l’éternité.

Le diagnostic vient de tomber. Rechute du cancer. Les métastases se sont développées dans différentes parties du corps. Sans perdre de temps, il faut livrer bataille à la maladie. Chimio, trithérapie, examens nombreux, hygiène de vie sévère… Le compte-à-rebours est lancé. La mort acceptera-t-elle de s’éloigner ?

Merveilleuse journée. Le soleil est au rendez-vous, le ciel d’un bleu azur. Valises et sacs ont été préparés depuis plusieurs jours. La gare accueille la foule des grands jours. Le quai du train pour la destination rêvée est affiché. Le TGV est flambant neuf. Rires et interpellations fusent. Joie et bonheur se lisent sur tous les visages. Pourtant, à l’heure dite, les portes automatiques ne se ferment pas. Les minutes passent. Une annonce jaillit des haut-parleurs : « Panne de signalisation sur la ligne. Les trains ne pourront circuler ce matin ».

La célébration de mariage avait été une réussite. Dix ans après, tout le monde s’en souvenait. Depuis, le jeune couple avait eu la joie d’accueillir au sein du foyer deux enfants. Les vies professionnelles des parents se déroulaient de belle manière. Pourtant, un soir, la grand-mère du papa reçut un inquiétant message. Son petit-fils voulait la voir. Peu de temps après, celle-ci découvrait l’impensable. Il divorçait.

Je pourrai encore continuer à partager de nombreuses expériences du quotidien qui montre combien, aujourd’hui, en 2018, notre vie est fragilité, malgré toutes nos précautions, engagements, volontés et sécurités enclenchées.

L’être humain est être de vie, de chair, de transcendance, de pensées, d’émotions, d’élévations…

Ne sera-t-il pas d’autant plus grand que l’humilité, la patience, l’écoute, la contemplation, l’émerveillement, l’attente, le rêve, habiteront son cœur ?

Si, en plus, il se reconnaît issu de l’Amour de Dieu qui lui a fait le don de la Vie, il vivra d’une relation unique, celle existant entre le Créateur et l’être créé.

Vincent Feroldi
13 janvier 2018

De l’accompagnement au compagnonnage !

De l’accompagnement au compagnonnage !

Vivre le compagnonnage, c’est prendre soin de la relation…

Jésus, avec les disciples d’Emmaüs, n’a pas interrompu leur récit pour leur expliquer ce qu’il fallait qu’ils comprennent dans cet événement qui le concerne. Il les a laissé parler, afin de créer un espace pour la rencontre, avec cette confiance qui permet une parole vraie. Nous sommes invités à nous laisser décentrer de nous-mêmes, de ce que nous voulons dire souvent trop vite, pour d’abord nous mettre à l’écoute afin de laisser Dieu agir au coeur de chacune des personnes qui se rencontrent. C’est pour cela que nous sommes des serviteurs à mains nues !

« Savez-vous que soigner et servir ont la même racine ? En grec, c’est le premier sens de Thérapeuo : je soigne ou je sers. Ces deux mots sont cousins. « Le soignant est un « serviteur » qui sert dans un « service », c’est-à-dire dans une équipe qui, ensemble, rendent le service de prendre soin des personnes qui leur sont confiées… »

CM

Prendre soin de la relation, c’est être disponible et, en aumônerie d’hôpital, c’est une attitude fondamentale pour ne pas être dans ses préoccupations, de vouloir ceci ou cela. Il y a un moment où il faut y aller, frapper à cette porte pour rencontrer quelqu’un que l’on ne connait pas et se risquer à le rejoindre dans ce qu’il vit et nous laisser rejoindre également dans ce que nous vivons. C’est un véritable acte de foi qui nous est demandé. Un acte de foi nourri du don de Dieu dans la prière personnelle, communautaire, et dans la vie d’équipe, grâce à la relecture après les temps d’accueil et de célébration, la supervision, les formations diocésaines, les temps de récollection…

Croire et non pas savoir !

Cet acte de foi m’allège, me rend patiente et m’invite à ne pas vouloir plus que ce que l’aujourd’hui me donne. Pas d’efficacité à chercher, mais une gratuité à accueillir, laissant la place à une fécondité qui est toujours imprévue et inattendue !

Vivre de compagnonnage, c’est relire et relier les événements afin de donner sens à l’aujourd’hui

La parole de Jésus dans l’Évangile d’Emmaüs est patiente car il prend le temps de relire avec les disciples toute l’histoire du peuple d’Israël : « Commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures tout ce qui le concernait. »

Prendre le temps de relire avec les personnes malades leur histoire, sans rien vouloir à leur place, mais ouvrant l’horizon sur la vie qui est à l’oeuvre en eux, au lieu même où ils ont mal. Et parfois, avec certains, oser une parole de l’Evangile, parce qu’ils nous font le cadeau de découvrir la présence du Christ là où il leur était impossible de la soupçonner avant !

Avec les disciples d’Emmaüs, Jésus ose faire ce lien entre la souffrance et la Gloire, entre la mort et la vie. Quelle audace quand on y pense ! L’entendre dire : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » Il y a des souffrances profondes que l’on ne peut toucher qu’avec des mains qui ont été percées par des clous… Alors la parole peut être accueillie et entendue, parce que leur cœur s’ouvrait et devenait tout brûlant…

Etre touché au cœur peut permettre, comme pour les disciples d’Emmaüs, de nous interroger : « Qui est ce Jésus qui vient nous rejoindre sur la route de nos rencontres ? ».

Pierrette