Étiquette : Réciprocité

Une histoire de pumptrack

Une histoire de pumptrack

Connaissez-vous la pumptrack ?

« C’est une piste en boucle, constituée de bosses et de virages relevés, pouvant être utilisée avec différents équipements sportifs tels vélo, rollers, trottinette… Aucun besoin de pédaler sur une pumptrack, car on utilise les reliefs de la piste pour pomper grâce à l’action des bras et des jambes… »

Enfin, ça, c’est la définition de Wikipédia ! Cela parait très simple !

Récemment, à la demande du conseil municipal d’enfants, deux pistes ont été installées sur la commune :une verte, une bleue. Il y a une quinzaine de jours, j’ai décidé d’expérimenter cette pumptrack.

Quand je suis arrivée sur le circuit, j’ai commencé à regarder comment les jeunes faisaient, dans quel sens ils tournaient… Certains étaient à vélo, d’autres en rollers et il y avait quelques trottinettes. Cela faisait beaucoup de monde qui tournait sur les pistes.

J’étais donc en pleine réflexion et je me demandais surtout comment j’allais faire pour ne pas rentrer dans quelqu’un ou tomber dans les virages ! C’est à ce moment-là qu’Elena, une petite de 4 ou 5 ans, vint auprès de moi.

  • Madame, c’est la première fois que tu viens ?
  • Oui et ça n’a pas l’air facile.
  • Je vais t’expliquer : au début, c’est des bosses, ça te fait prendre de l’élan. Tu vas y arriver, mais ton vélo est grand. Alors, il faudra freiner avant la grande courbe. Viens ! Suis-moi ! Je vais te montrer ! Tu vas y arriver !

Et nous voilà parties… La petite ne doutait pas de mon talent… moi, si !

J’ai posé le pied à terre dans la grande courbe pour ne pas être aspirée par le bord… Ouf ! c’est passé… J’ai fini le tour courageusement. Elena m’attendait : « C’est pas mal ! Mais reste sur cette piste pour t’habituer ! Moi je vais sur la piste bleue ».

Au bout de quelques passages sur la piste verte, je me suis sentie de plus en plus à l’aise. Elena avait raison… J’allais y arriver ! Je continuais sur la piste verte, tranquillement, en pensant rester sur cette piste quand Elena revint et me dit : « Tu peux maintenant venir sur la bleue. Je passe devant et fais comme moi ! »

Je me suis laissé faire… J’ai suivi Elena… Quelle aventure !

J’ai enchaîné piste verte et bleue plusieurs fois, sous le regard d’Elena. C’est vraiment un jeu marrant qui procure un soupçon d’adrénaline…

Elena était venue avec sa maman qui lisait sur un banc. C’était pour elle l’heure de s’en aller. Gentiment, la petite me dit :

  • Je dois m’en aller. Je peux te laisser ?
  • Oui, tu m’as bien aidée, tu as su me donner confiance. Merci beaucoup !

Cette petite a pris soin de moi. Cela m’a fait sourire au début car, habituellement, c’est plutôt moi qui prends soin des patients qui viennent me voir. J’ai eu « simplement » à me laisser faire, à faire confiance, à me laisser conduire. C’est une belle expérience !

« Tiens-nous dans la confiance… »

Lydie

Tiens-nous dans la confiance !

Tiens-nous dans la confiance !

J’ai aimé relire dans le livre de Jean de la Croix Robert :

« La confiance, seule, est créatrice d’existence et de vie ».

La Confiance permet l’entrée en réciprocité et en liberté. C’est un chemin à parcourir ensemble, un compagnonnage où je crois et j’expérimente que la relation n’est pas deux mais trois.

Ce « trois » peut-être nommé Confiance, Liberté, Esprit trinitaire, Christ comme l’inconnu qui s’invite sur la route d’Emmaüs ; Il est aussi celui qui habite notre vie et que nous sommes sans cesse appelés à découvrir un peu plus.

Je ne le connais pas a priori, je le découvre en Chemin et c’est sans doute ce qui est déroutant. Pour avancer, je ne sais pas quel sentier je vais emprunter, je sais seulement que je peux seulement compter sur la CONFIANCE offerte, donnée, partagée.

Don gratuit, elle me donne d’avancer en liberté.

Elisabeth

Référence : Jean de la Croix Robert ; La falaise et l’horizon, Editeur : DDB avril 2012, Pages 107-111
Jésus et la femme syro-phénicienne

Jésus et la femme syro-phénicienne

Le texte d’Evangile en Mc 7, 24-30 fait écho en moi à ce que nous disons dans la prière de la Pierre Roulée :

« Dans la réciprocité de la relation,
Avec Toi et ceux que je rencontre,
Donne-moi l’audace
D’ouvrir des chemins de vie ».

Le dialogue entre Jésus et la femme syro-phénicienne fait progressivement apparaître une vraie réciprocité de la relation.

Cela commence mal puisque Jésus, au nom de sa mission qui ne semble pas concerner les païens, refuse de répondre à la demande de la femme.

Mais la femme ne se laisse pas rebuter ; sa foi est humble et en même temps forte. Elle donne tout son amour pour sa fille et sa confiance en Jésus et Jésus, à son tour, s’en remet à la foi de cette femme et guérit sa fille. Un chemin de vie s’ouvre pour eux.

Je relis cette phrase de Jean-Marie Gueullette dans « Laisse Dieu être Dieu en toi » : « Il n’y a pas égalité entre Dieu et l’homme mais il y a réciprocité dans la relation. Si chacun se donne totalement, si l’homme se donne comme Dieu se donne, ils entrent en relation de manière égale, totalement ».

Marie

Être attendu ailleurs

Être attendu ailleurs

« Je m’inquiète pour toi ».

J’ai entendu cette parole lors d’une rencontre. Elle avait été dite à un homme migrant. En la recevant, il a été ému aux larmes : « Depuis que j’ai quitté mon pays, personne ne m’a dit « Je m’inquiète pour toi ».

Celui qui rapportait cette parole a ajouté : « Je m’inquiète pour toi, c’est le cœur de la vie du disciple ».

Cette parole me rejoint dans l’expérience de m’inquiéter pour quelqu’un, que ce soit en le lui disant ou en partageant avec d’autres mon inquiétude pour tenter de comprendre, de m’ajuster, de chercher le geste et la présence adaptés.

Elle m’en a fait revenir une autre, entendue lors d’une formation : « Ne reste pas là ! ».

Le formateur, touché, l’avait entendue dans un film sur une institution accueillant des enfants autistes. Quand ceux-ci commencent à se balancer, à entrer dans leurs stéréotypies, les soignants les appellent en leur disant : « Viens, ne reste pas là ; viens avec nous ». Le formateur soulignait qu’ainsi les soignants les tirent ; ils vont les chercher pour les réintroduire dans la réciprocité de la relation. Ainsi ils soutiennent leur désir.

« Viens là, ne reste pas enfermé en toi-même, sors ! ».

Et, ajoutait-il, cela s’adresse aussi à nous. « Sors de là X » disait-il en se nommant.

Je me suis reconnue là encore. Tour à tour, d’autres pour moi et moi pour d’autres, nous avons signifié à l’adresse de quelqu’un ou reçu pour nous-mêmes : « Reviens sur le chemin avec nous ! ». Et cela me parle de la vie fraternelle au sens large, dans les différents réseaux de nos vies, travail, famille, amis…

Deux paroles au cœur de la vie du disciple : « Je m’inquiète pour toi », le dire fait reprendre le lien. C’est une façon d’aller chercher l’autre et de contribuer à ce qu’il ne se coupe pas de la relation.

« Je m’inquiétais parce que le fil de la relation entre nous devenait ténu ; alors viens avec nous ! ».

Relier ces deux paroles fait bonne nouvelle pour moi. Elles viennent me conforter pour tenir à jour ma liste de personnes pour lesquelles je désire assurer le suivi du lien, ne pas laisser perdre le fil du dialogue, le poursuivre, le reprendre, le nourrir.

Cette liste, contrairement aux apparences, n’est pas à sens unique. Faire signe aux personnes dont les noms sont inscrits me permet à moi aussi de rester ou de me remettre en chemin. C’est la réciprocité du « Ne reste pas là », l’expérience de « sortir », se sortir, s’en sortir les uns par les autres.

Ecrire cela me fait toucher aussi la souffrance ressentie quand je sens que, pour un proche, ce n’est pas bon pour lui qu’il reste là où il est, dans ses positions, et que je ne trouve pas comment lui signifier de ne pas rester « là ».

Au terme de ces lignes, je retourne dans l’Evangile contempler Jésus comme l’homme du « Ne reste pas là ». Tous ceux qu’il rencontre, il ne cesse de venir les chercher : la brebis perdue, Pierre reniant ou désirant le rejoindre sur les eaux, Zachée… Autant d’appuis pour garder la confiance qu’il peut me déplacer.

Nous sommes sur sa liste ! En faisant la nôtre, oui, nous le suivons sur le chemin, en disciple.

« Ne reste pas là », une autre façon d’entendre « en avant ! ».

Chantal