Étiquette : Relation

Faire de l’espace en nos vies…

Faire de l’espace en nos vies…

Tel un brouillard qui se déchire
Et laisse émerger une cime,
Ce jour nous découvre, indicible,
Un autre jour, que l’on devine…

Vienne l’Esprit pour nous apprendre
À voir dans ce jour qui s’avance
L’espace où mûrit notre attente
Du jour de Dieu, notre espérance.

CFC (Frère Pierre-Yves), CNPL

Espace de contemplation goûté en ce début d’année,

Espace de gratuité précieux pour renouveler un espace intérieur,

Espace où ombre et lumière se mêlent comme en chacune de nos vies,

Espace pour laisser monter l’action grâce en nos cœurs,

Espace où murit notre attente… et notre Espérance,

Pour accueillir le jour que Dieu nous donne.

Puissions-nous faire de l’espace en nos vies

pour nous tenir en attention à la Rencontre et à la Vie qui se donne !

Elisabeth, janvier 2026

Marcher

Marcher

Il y a mille et une façons de marcher…

Il y a mille et une raisons de marcher…

Il y a mille et une destinations pour marcher

Quelle joie pour les jeunes parents lorsque, pour la première fois, ils voient marcher leur enfant !

Quelle joie pour une équipe médicale lorsque le patient arrive de nouveau à marcher au lendemain d’une grave opération du genou !

Quelle joie pour l’aventurier débarquant de sa goélette de pouvoir enfin marcher sur la côte aperçue depuis des dizaines de milles nautiques !

Dans le désert, le peuple hébreu marcha de longues années…

Dans le désert, Jésus marcha en quête de la volonté de Dieu son Père…

Dans le désert, Charles de Foucauld marcha à la rencontre des Touaregs…

Voici quelques semaines, sur l’ile de Shikoku, marcher fut mon quotidien.

De temple en temple, comme un henrō japonais, en quête d’infini, à la recherche de l’Autre

Sur le chemin parcouru depuis des siècles et des siècles par le pèlerin shintoïste ou bouddhiste.

Se laisser guider dans un monde inconnu par l’imperceptible vibration du gong invitant à entrer dans l’espace sacré…

Prendre le temps de se purifier à la source jaillissante pour permettre au silence de féconder son cœur…

Murmurer paisiblement au pied des marches du temple quelques versets du psaume 140 :

Seigneur, je t’appelle : accours vers moi ! Écoute mon appel quand je crie vers toi ! Que ma prière devant toi s’élève comme un encens, et mes mains, comme l’offrande du soir. Mets une garde à mes lèvres, Seigneur, veille au seuil de ma bouche. Ne laisse pas mon cœur pencher vers le mal ni devenir complice des hommes malfaisants.

Au même moment, à des milliers de kilomètres, tout à l’Ouest, des centaines de milliers de Gazaouis marchaient vers le Sud, fuyant les bombardements incessants, laissant derrière eux, sous les décombres, un frère, une mère, un proche, un voisin…

Marcher dans le dénuement... Marcher dans le désarroi... Marcher dans la terreur

Marcher pour ne pas mourir... Marcher pour vivre.Marcher pour un avenir...

Marcher… Marcher… Marcher…

Aussi, dimanche 12 novembre 2023…

Combien ont-ils été à marcher contre l’antisémitisme et le racisme ?

Combien ont-ils été à affirmer haut et fort que tout être humain est sacré car créé à l’image de Dieu ?

Combien ont-ils été à s’engager à agir pour permettre à tout peuple d’avoir un Etat, en particulier Israéliens et Palestiniens, Russes et Ukrainiens, Arméniens et Azerbaïdjanais ?

Combien ont-ils été à oser passer la porte du Cœur de l’Altérité, partagée et reconnue ?

Vincent Feroldi, 18 novembre 2023

L’Etre ne passera pas…

L’Etre ne passera pas…

Cet été, j’ai mis à profit mon séjour favergeois pour rendre visite à quelques personnes, notamment des proches, en EHPAD dans la région.

Ma visite à R. m’a enseignée.

Dès mon arrivée, en m’accueillant avec le sourire, il m’annonce une nouvelle perte : il me reconnait mais ne sait pas dire mon nom. Il me montre une affiche qui prévient le visiteur d’inscrire son nom sur le cahier des visites.

A plusieurs reprises, pendant la rencontre, nous le lirons et cela nous permettra de parler des uns et des autres, de leur place dans sa vie, de son histoire, de sa famille, de son ancien travail.

Sa mobilité se réduit – il se déplace en fauteuil -, son espace rétrécit aussi. Il est là devant sa table de 80 cm par 50 et tout est à portée de main, de regard et de cœur : les photos des êtres chers de sa vie, son cahier, ses rendez-vous médicaux, ses prières. Plusieurs fois, il sortira des photos d’une précieuse enveloppe, des cartes postales, celle écrite par sa petite fille porteuse d’un handicap. Il les commente ; ému, il y revient. Il y a aussi les nouveaux liens crées à l’EHPAD. Tout est là dans cet espace réduit mais vivant.

J’ai laissé ma trace sur le cahier : mon nom et quelques nouvelles de connaissances communes. Toute sa vie est rassemblée dans ce petit espace et je me suis dit : « Il est complètement là », à me rendre témoin de ce qui l’habite, de ceux et celles qui font sa joie.

En partant, j’ai pensé que, quand tout semble s’en aller, il reste l’être et lui, il ne s’en va pas. Et c’était cadeau. Sans doute avais-je en moi cette parole lue le matin : « J’ai l’intuition que l’être de l’individu ne peut être détruit » (Bernard Feillet, L’arbre dans la mer, Desclée de Brouwer, 2002, 149 p.). J’avais noté cette phrase parce que je partage cette intuition et, quand quelqu’un vient la conforter, j’en suis heureuse. Je peux noter précisément le lieu, la personne et le moment de la révélation pour moi de l’indestructibilité de l’être en chacun de nous. Lytta Basset le nomme notre « ego eimi », en écho avec le « Je suis » de Jésus.

L’Etre ne passera pas…

De même, « mes paroles ne passeront pas », dit Jésus.

J’aime accueillir qu’il y a dans l’« ego eimi » du Christ, dans ses paroles, dans notre être à chaque humain, de la vie éternelle.

Cet été, R. me l’a rappelé.

Chantal

16 septembre 2023

Tiens-nous dans la confiance !

Tiens-nous dans la confiance !

Une rencontre au marché. On échange des nouvelles. Sur les enfants. Sur le mari : « Il m’a quittée » et, tout de go, « L’amour est une illusion. J’y ai cru, j’ai voulu y croire, je n’y crois plus ».

Sans transition, elle ajoute : « En fait, j’ai très envie d’y croire à nouveau car j’ai rencontré quelqu’un ».

Lorsque son mari l’a quittée, elle a perdu confiance en elle, pensant qu’elle n’était pas « aimable » et ne serait plus capable d’aimer un homme. Mais, parce qu’elle a lu dans le regard de « quelqu’un » qu’elle était « aimable », elle a voulu y croire.

Croire que l’amour est possible, malgré tout, donne de l’énergie et de la force pour y croire à nouveau et à nouveau aimer.

Une amie m’a prêté un livre de Laurent Gounelle : L’homme qui voulait être heureux. Ce que l’on croit peut devenir réalité (Pocket, 2010, 192 p.). En le feuilletant, je lis : « Quand on est convaincu d’une chose, elle devient la réalité, notre réalité » – en positif ou en négatif.

Croire que l’on est aimable nous rend aimable.

Croire que l’autre est aimable nous le fait aimer.

Je ne sais pas si cela s’appelle de la persuasion ou de la confiance, mais je crois que, sans confiance en soi et en l’autre, l’amour n’est pas possible.

Ce qui me console parfois, c’est de penser que Dieu croit que nous sommes aimables. Il ne se laisse pas rebuter par nos imperfections comme, nous-mêmes, nous nous laissons rebuter par celles des autres et par les nôtres.

Alors, nous suffit-il de croire Dieu pour devenir aimables et aimants ? Je veux le croire.
Mais que d’obstacles, de pierres à rouler, parfois de petits grains de sable…

Je crois qu’il n’est pas trop de dire chaque jour : « Tiens-nous dans la confiance ! Que ton Esprit soutienne en chacun l’initiative de l’amour qui ne se lasse pas, ne se décourage pas ».

Marie

Transfiguration

Transfiguration

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 2-10

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus.
Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici !Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».

Je me suis arrêtée sur Pierre, Jacques et Jean et sur ce que je pouvais comprendre et recevoir de la lumière révélée aux trois hommes.

Dieu, Lumière, se révèle à chacun autant qu’il est capable de recevoir cette manifestation. Toute la plénitude de la vie de Dieu, de l’amour de Dieu, jaillit de la personne du Christ.

La Transfiguration est transformation, conversion du regard et de l’être des trois hommes. Et je découvre que cette conversion leur donne de regarder le Christ, de regarder l’homme Christ, comme un corps de lumière. Leurs yeux se dessillent. Ils font l’expérience de l’amour du Père. Ils font l’expérience de l’amour trinitaire. Ils voient Dieu face à face, comme Moïse qui en eut le visage illuminé.

Point de tentes à planter sur ce lieu de ravissement.

Les trois hommes ont à redescendre dans la vie ordinaire, sa violence et ses possibles fraternités. Ils marchent vers passion et résurrection.

Nous vivons fugitivement ce dessillement de nos yeux qui nous donne à voir la lumière de l’amour du Christ. Dans le silence et la prière, dans la vie en Pierre Roulée, dans nos lieux de vie et de rencontres – de partages – de combats – de déserts.

Nous sommes visités, à la mesure de notre ouverture, de notre abandon à la grâce.

Nous avançons pas à pas pour porter témoignage de cette lumière, de la Vie qui n’est pas au tombeau.

Geneviève

Ne nous oubliez pas !

Ne nous oubliez pas !

Ils sont venus en la veille du Mercredi des cendres.

Ensemble. Unis dans l’adversité. Inquiets. En attente d’une parole d’espérance. Désireux de croire que l’avenir ne pourrait ne pas être sombre.

Le Mont des Oliviers, ils connaissent. Le Golgotha, ils le parcourent. Le Christ souffrant, ils y pensent chaque jour.

Mais, demain, est-ce que cela sera encore possible ?

Telle est leur question, car les événements des derniers jours et des dernières semaines leur ont fait comprendre qu’ils seraient peut-être amenés à devoir quitter leur terre : la Palestine.

Membres du Haut-Conseil des paroisses de Palestine, mufti de la Terre Sainte, maire de Ramallah, gouverneur de Terre Sainte, prêtre orthodoxe… Leur diversité n’est plus un frein. Elle est une force. Elle témoigne que ce qui les lie est une terre, une langue, une Histoire, un peuple, une ville : Jérusalem.

Ils sont venus, humblement, les mains nues, avec, pour seule arme, leur foi en l’homme, en la fraternité, en la solidarité, en la justice.

« Ne nous oubliez pas ! Soyez à nos côtés ! Priez pour que, demain, ensemble, nous puissions monter au Saint Sépulcre, dans un pays de Paix ! »

Vincent Feroldi

jerusalem

Toute puissance et fragilité

Toute puissance et fragilité

Chaque jour, je peux me rendre dans l’espace et contempler la terre ou l’univers. Par mon compte Twitter, j’entre en relation avec l’ISS (navette spatiale internationale) et grâce, hier, à Thomas, et, aujourd’hui, à Kanai, astronaute japonais, je profite de somptueuses photographies de contrées connues ou inconnues et de phénomènes météorologiques exceptionnels.

Dans le cadre de mon travail quotidien, je n’ai plus de raison de m’affoler. Quand un thème nouveau s’offre à moi ou qu’une question épineuse m’est posée, je saisis mon I phone ou allume mon ordinateur et, grâce à une recherche sur Google, je trouve de pertinents éléments de réponse pour éclairer mon propos.

Au volant de ma voiture, il m’arrive fréquemment de devoir me rendre en des lieux inconnus par des itinéraires méconnus. Là aussi, rien de plus simple, aujourd’hui. Ne suffit-il pas d’allumer son GPS et de se laisser guider par une voix mélodieuse qui prend soin de vous avec attention et ne vous reproche pas violemment une erreur de conduite. Avec délicatesse, elle vous propose de ralentir et de faire demi-tour avec prudence.

Une décision urgente à prendre avec un ami, malheureusement bien loin de vous ? Grâce à la nouvelle application téléphonique téléchargée gratuitement, après avoir composé son numéro de téléphone, votre ami vous apparait, sur votre écran, au volant de sa voiture, bloquée en plein embouteillages dans une ville du Moyen-Orient. Une réunion de travail improvisée se met alors en place et, du partage de nos réflexions respectives, jaillit la décision.

Soudain le téléphone d’astreinte de l’hôpital retentit… Une infirmière dans un service de soins palliatifs m’informe qu’un patient en fin de vie et dont le pronostic vital est engagé souhaiterait la visite d’un prêtre. Il y a urgence : la mort n’attend pas. Ne pouvant personnellement m’y rendre, je me connecte sur le planning en ligne de l’équipe d’aumônerie pour voir qui est en capacité de se déplacer immédiatement dans l’établissement hospitalier. Aussitôt vu, aussitôt fait : envoi d’un texto, coup de téléphone, contact établi, renseignements donnés, le patient est peu de temps après accompagné et apaisé…
Je pourrai encore continuer à partager de nombreuses expériences du quotidien qui montre combien, aujourd’hui, en 2018, sciences et techniques ont radicalement transformé la vie des humains. Pour le meilleur et pour le pire, diront certains. Certes ! Mais il est indéniable qu’il y a beaucoup d’heureuses innovations et que nos vies en sont grandement facilitées. Ne faut-il pas s’en réjouir ?

Il en résulte bien naturellement pour l’homme un sentiment de toute puissance. Il est capable de relever dans tous les domaines de nombreux défis pour peu qu’on lui laisse le temps de les résoudre. Voilà pourquoi il se découvre en capacité d’être dieu et donc de se passer de ce Dieu dont bien des croyants de traditions religieuses diverses lui parlent.
Pourtant, dans le même temps, il ne peut que constater la fragilité humaine, sa propre fragilité.

En l’espace de quelques minutes, ce jeune à qui un bel avenir était promis se retrouve dans l’habit de l’assassin qui a tué père et mère. Il va devoir dorénavant porter jusqu’à la fin des temps le poids de sa culpabilité et chercher désespérément à se reconstruire, tout en espérant que sa famille ne le rejettera pas pour l’éternité.

Le diagnostic vient de tomber. Rechute du cancer. Les métastases se sont développées dans différentes parties du corps. Sans perdre de temps, il faut livrer bataille à la maladie. Chimio, trithérapie, examens nombreux, hygiène de vie sévère… Le compte-à-rebours est lancé. La mort acceptera-t-elle de s’éloigner ?

Merveilleuse journée. Le soleil est au rendez-vous, le ciel d’un bleu azur. Valises et sacs ont été préparés depuis plusieurs jours. La gare accueille la foule des grands jours. Le quai du train pour la destination rêvée est affiché. Le TGV est flambant neuf. Rires et interpellations fusent. Joie et bonheur se lisent sur tous les visages. Pourtant, à l’heure dite, les portes automatiques ne se ferment pas. Les minutes passent. Une annonce jaillit des haut-parleurs : « Panne de signalisation sur la ligne. Les trains ne pourront circuler ce matin ».

La célébration de mariage avait été une réussite. Dix ans après, tout le monde s’en souvenait. Depuis, le jeune couple avait eu la joie d’accueillir au sein du foyer deux enfants. Les vies professionnelles des parents se déroulaient de belle manière. Pourtant, un soir, la grand-mère du papa reçut un inquiétant message. Son petit-fils voulait la voir. Peu de temps après, celle-ci découvrait l’impensable. Il divorçait.

Je pourrai encore continuer à partager de nombreuses expériences du quotidien qui montre combien, aujourd’hui, en 2018, notre vie est fragilité, malgré toutes nos précautions, engagements, volontés et sécurités enclenchées.

L’être humain est être de vie, de chair, de transcendance, de pensées, d’émotions, d’élévations…

Ne sera-t-il pas d’autant plus grand que l’humilité, la patience, l’écoute, la contemplation, l’émerveillement, l’attente, le rêve, habiteront son cœur ?

Si, en plus, il se reconnaît issu de l’Amour de Dieu qui lui a fait le don de la Vie, il vivra d’une relation unique, celle existant entre le Créateur et l’être créé.

Vincent Feroldi
13 janvier 2018

Vendredi automnal

Vendredi automnal

Sur la table de chevet de la chambre d’hôpital,
cinq verres de dégustation entouraient la bouteille de vin cuit de dix ans d’âge.
Toute sa vie s’était passée entre vignes et chais.
A l’heure où sa respiration devenait de plus en plus faible,
l’urgence était à l’évocation des bons souvenirs.
Le fils ainé humecta les lèvres asséchées de son père
et un timide sourire illumina le visage du souffrant.
Peu après, à l’invitation de l’une de ses filles, arriva l’aumônier.
signe de la tendresse du Dieu envers ses enfants bien-aimés.
Prière et sacrement de la fin de vie furent partagés.
Des lèvres d’une parente surgit la prière d’abandon de Frère Charles.

« Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père ».

Un frémissement de vie transfigura le corps du mourant.
Des larmes furtives apparurent sur les visages des uns et des autres.
La bénédiction du Tout Amour enveloppa de sa Douceur la petite assemblée d’Eglise.
C’était un vendredi de grâce.

Dans la mosquée al-Rawda, dans le village de Bir al-Abd,
à l’ouest d’al-Arich dans le Nord-Sinaï,
hommes d’âge mûr, jeunes et enfants s’étaient rassemblés comme à l’habitude,
pour la grande prière du vendredi.
Adorer le Dieu de Toute Miséricorde.
Ecouter le prêche de l’imam.
S’en remettre à Allah.
Telle était leur pratique.
Soudain, s’amplifièrent des bruits de moteur et fusèrent des cris et interpellations.
Plus d’une vingtaine d’hommes, en tenue de combat et armes à la main,
surgirent dans l’enceinte sacrée et firent feu sur les fidèles en prière.
La panique enveloppa la communauté croyante.
La terreur se vit sur les visages.
Les balles sifflèrent et atteignirent les âmes innocentes.
Trois cents cinq corps dont ceux de vingt-sept enfants et cent vingt huit blessés furent dénombrés.
Les pleurs s’élevèrent dans tout le village et se poursuivirent toute la nuit.
C’était un vendredi de mort.

Vincent Feroldi
La part secrète de lumière de chaque être

La part secrète de lumière de chaque être

« Au milieu de nos vies ordinaires souvent empruntes de fragilité », se niche l’extraordinaire, une situation improbable où des enfants invitent des adultes à un goûter, leur offrent la joie de la rencontre et leur reconnaissance …

Dans la réciprocité de la relation, ce sont eux qui ont eu l’audace d’ouvrir des chemins de vie !

« Il n’y a pas d’autre alternative : ou nous allons chercher les plus pauvres, ou le monde échoue. Car sans les plus déshérités, le monde est muet. »

Joseph Wresinski

C’est l’histoire que j’ai vécue dans la semaine, dans le cadre des ateliers de peinture auxquels je participe en tant que bénévole, ateliers destinés aux enfants, à leurs parents, dans des quartiers populaires.

Nous sommes intervenus cette semaine dans un nouveau quartier, introduits par la gardienne de l’immeuble qui connaît bien les enfants. Elle est allée les chercher, son désir de leur proposer une activité était un vrai bonheur. Nous avons senti chez cette dame un vrai désir de prendre soin de son quartier et de ses habitants.

Les ateliers se sont bien passés, avec une belle énergie créatrice ; à la fin de la semaine, un peu aidés par la gardienne, les enfants de 8 à 12 ans en moyenne, nous ont offerts un goûter, fais des dessins pour nous remercier de nos présences.

J’ai envie de transformer un peu la phrase du Père Joseph pour dire : si nous allons chercher les plus pauvres, le monde est une vraie réussite, ce sont aussi les plus déshérités qui rendent le monde vivant, parlant.

A travers les personnes que je côtoie dans ces quartiers, je ressens l’humanité comme une grande symphonie. Chaque instrument jouant sa partition respective, permet à l’ensemble d’être beau et mélodieux.

Les enfants ont embelli ma vie et celle des habitants du quartier , se réjouissant de leur joie de vivre et bonheur de peindre. Oui, vraiment, si nous allons les chercher, le monde est transformé, une nouvelle mélodie peut alors se faire entendre.

Je ne sais pas ce que seront ces enfants plus tard, ni ne connaît cet adolescent à qui la gardienne a demandé de nous prendre en photo devant les dessins qu’ils nous avaient fait .

Ce que je crois, c’est que le merci que je lui ai adressé et sa réponse : « De rien, m’dame » peut contribuer à un changement de nos êtres, infime peut-être, mais pour lui, cela peut l’amener à être content d’être reconnu pour sa gentillesse du moment ; et pour moi, la joie de penser que les adolescents ne sont pas tous aussi désespérés que l’on veut bien nous faire croire.

La part secrète de lumière de chaque être. C’est cela qui me fait vivre.

Laurence 

 

Les femmes de la pierre roulée…

Les femmes de la pierre roulée…

Elles partent pour une activité mortuaire qu’elles savent faire. Entrées dans le tombeau, elles ne trouvent pas de corps inerte mais elles sont accueillies et retournées par une parole. Cette parole les envoie en avant, en promesse de relation avec Jésus, le Crucifié Ressuscité, aux carrefours du monde.

L’aujourd’hui de Dieu n’est pas au tombeau

Parfois on peut le croire définitivement mort et enterré, les yeux fixés sur les drames et les vicissitudes de l’histoire.
A quoi bon ? On ne sait plus bien.
D’ailleurs, on ne sait jamais au final, on peut croire seulement.

A la suite des femmes qui partent sans savoir qui leur roulera la pierre…
Vivre dans la foi que la pierre est déjà roulée…
Vivre l’espérance comme un appel des plus nécessaires, comme un murmure, un chant toujours prêt à renaître lorsque nous levons les yeux !

Les femmes ont eu à passer par le chamboulement, l’effroi, la perte de mots : Vérité de l’expérience humaine qui ne s’ouvre pas comme ça à un mystère qui la déborde.
Il faut laisser ses habits de mort pour renaître. La pierre, fort grande à rouler, est aussi intérieure. C’est la pierre des résistances à croire, faite de repères, d’habitudes et de prêt-à-penser qui ne se déplacent pas comme ça.
Seul le don de Dieu, le désir et la décision de croire, le compagnonnage dans une communauté de foi, bougent la pierre qui ferme l’horizon (en le ramassant sur le seul connu, l’explicable, le calculable).

Le dynamisme de la foi est un dynamisme d’ouverture et de mise en relation. Il mène à la découverte d’une relation vivante avec Christ Ressuscité, ouvrant elle-même au chemin d’une réciprocité d’amour. C’est à cette source relationnelle que naît l’audace, l’amour en acte, la fidélité inventive qui, de tout temps, sert des relations qui ouvrent l’avenir, libèrent des étroitesses et de toute fermeture définitive.

L’aujourd’hui de Dieu renaît inlassablement.

Qu’il nous retourne et nous envoie, vivants de sa Présence !

LM