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Devenons « sel de la terre » et « lumière du monde » !

Devenons « sel de la terre » et « lumière du monde » !

Dans l’évangile de ce dimanche (Matthieu 5, 13-16), Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre » et aussi « Vous êtes la lumière du monde ».

Sel de la terre, lumière du monde – quel paradoxe !

Le sel est de l’ordre de ces ingrédients que l’on enfouit pour qu’ils donnent saveur à un ensemble ; ils ne sont jamais mis en avant, seuls. Le sel n’a de raison d’être que dans l’enfouissement, mélangé.

La lumière, même la plus discrète, doit au contraire être visible, mise en avant. C’est sa raison d’être pour éclairer la pièce ou le chemin.

Un point commun cependant : n’exister qu’avec et pour d’autres.

Chez Jésus, ce qui donne de la saveur, ce sont des verbes qu’il incarne : s’approcher, regarder, voir, écouter, parler, toucher… autant de verbes qui font de lui un frère, un ami, un compagnon de route, si proche.

Ce qui est lumière chez Jésus, c’est sa parole, lorsqu’il parle des Béatitudes ou lorsqu’il répond aux  disciples de Jean qui lui demandent : « Es-tu Celui qui doit venir ? » (Matthieu 11, 2-6) : « Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. » Une parole qui lui vient de son Père, porteuse d’un Souffle qui l’agit, la rend efficace – Jésus fait ce qu’il dit.

L’enfouissement a été, pendant quelques années, un choix de vie en Église, en particulier dans la Pastorale de la Santé : être mêlés aux femmes et aux hommes de ce monde sans perdre son identité de chrétiens et, pour un certain nombre d’entre nous, cette option est toujours d’actualité. J’ai aimé et j’aime cela. J’aime croire que cette saveur en nous n’est pas affadie et que quelque chose diffuse mystérieusement dans le monde que nous présentons à Dieu lorsque nous prions ensemble et que nous faisons l’expérience d’une vie fraternelle.

Qu’avons-nous fait et que faisons-nous de la lumière du Christ en nous ? Il y a eu et il y a encore des lampes mises sur le lampadaire et qui brillent pour ceux qui sont dans la « maison » mais plutôt individuelles que collectives. Comment faisons-nous rayonner cette lumière ensemble à La Pierre Roulée puisque nous souhaitons « être témoins, chacun et ensemble, de la gratuité de l’amour de Dieu » – l’amour comme une lumière dans et pour le monde ?

Par contre, je crains beaucoup ceux qui, en croyant hisser la lampe pour qu’elle éclaire, hissent le drapeau identitaire qui, loin d’éclairer obscurcit la pièce ! Je n’en connais pas mais je sais qu’ils existent.

Beaucoup de choses ont de la saveur dans ma vie et lui donnent du goût, en particulier la Parole méditée chaque jour qui se mêle aux rencontres du jour, mais aussi les regards échangés dans la rue, parfois les sourires et les paroles cueillies au vol que je transforme parfois en récits, le rossignol qui revient en sautillant dans le jardin, tant de choses souvent minuscules qu’au soir de chaque jour je recueille en disant merci. Et toutes ces choses éclairent aussi ma vie.

Je crois que chacun, chacune d’entre nous peut aussi nommer ce qui donne du goût à sa vie et ce qui l’éclaire. Et lorsque, dans nos relectures de vie, nous nous rendons témoins de cela, je crois que, mystérieusement, nous devenons « sel de la terre » et « lumière du monde ».

Marie, 6 février 2026

Le retour du tragique

Le retour du tragique

Comme tant d’autres, je fais partie de la génération baby-boom, née aux lendemains de la Seconde guerre mondiale. Vatican II a dynamisé mon adolescence. Mai 1968 m’a rattrapé en classe de première et, quand il s’est agi d’entrer dans la vie professionnelle par un choix raisonné et raisonnable, la question n’était pas de savoir où il n’y avait pas de chômage. Elle était de choisir une voie, un métier, un premier emploi, parmi une large panoplie de propositions. C’était la période dite des Trente Glorieuses.

Puis la crise du pétrole est arrivée, le chômage est devenu endémique, la marche des Beurs marqua les esprits, le terrorisme prit son essor, les mouvements migratoires furent notre quotidien. Heureusement, Jean-Paul organisa la rencontre interreligieuse d’Assise du 27 octobre 1986, le mur de Berlin s’effondra le 9 novembre 1989, l’euro apparut, le niveau de vie moyen des Français continua à progresser. Perdurait la conviction que le progrès ne cesserait jamais, malgré quelques soubresauts, ici et là.

Pourtant, au début du troisième millénaire, la quête des identités apparut, au point que l’écrivain Amin Maalouf rédigea un essai remarqué et remarquable, Les Identités meurtrières (1998, Grasset, 198 p.). Le revers de la mondialisation et du tout numérique fit que chacun, chacune, voyait ses repères se brouiller. Chacun chercha dès lors à s’accrocher à quelque Radeau de la méduse, tel le tableau de Théodore Géricault des années 1818-1819. La civilisation des mœurs décrite par le sociologue Norbert Elias (1994, Calman-Lévy, 352 p.) laissa place à un recours nécessaire à la violence sous toutes ses formes pour se faire entendre. L’individualisme ne cessa de croître, de même que l’indifférence religieuse devenue au fil des décennies la première religion de France. Commença alors à se poser la question de l’avenir des monothéismes. Judaïsme, christianisme et islam avaient-ils encore une raison d’être ?

 Mais de quoi parle-t-on en fait ? De civilisations ? De systèmes religieux ? De spiritualités ?

La question est d’autant plus importante que nos contemporains sont confrontés ces dernières années au retour du tragique, au moment même où quelques esprits parlent de transhumanisme, d’intelligence artificielle et d’immortalité.

L’effondrement d’une institution catholique décrédibilisée par le caractère systémique des violences sexuelles et des abus spirituels commis en son sein, l’apparition fin 2019 du COVID-19 et d’une pandémie qui perdure à cette heure, le retour de la guerre sur le continent européen et les menaces d’une utilisation de l’arme nucléaire signent le retour du tragique dans nos existences et met en exergue la fragilité de l’humain, au moment même où certains se voyaient déjà dans la peau de dieu.

Que faire de tout cela ? Est-ce une nouveauté ? L’Histoire ne témoigne-t-elle pas de phénomènes similaires inscrits dans le passé ?

Relisons l’Evangile ! Le destin de l’Homme de Nazareth n’est-il pas à regarder à la même aune que celle de notre expérience présente ? Le Jésus de Cana est aussi le Jésus de la multiplication des pains ou le Jésus assis sur un ânon, entrant triomphalement dans Jérusalem, avant d’être le Jésus du Golgotha, crucifié entre deux brigands sur le coup de la neuvième heure, pour motif de blasphème.

Tout aurait pu s’arrêter là si quelques femmes n’étaient allées au matin de Pâques prendre soin de sa dépouille et faire cette expérience de l’ordre de la foi, à savoir professer que celui qui était mort est en fait ressuscité et que la vie est plus forte que la mort.

De la même façon, c’est celui qui n’avait pas déserté à l’heure du tragique Celui en qui reposait sa confiance, entendant ses dernières paroles tout en souffrance sur le bois de la croix, qui est le seul en capacité de reconnaître, depuis la barque où il pêchait, que l’homme sur le rivage était le Seigneur (cf. Jean 21).

En ce temps pascal, je crois que le Christ nous rejoint dans notre quotidien, au cœur même de notre vie profane, bouleversés que nous sommes par ce retour du tragique, et nous invite à rompre le pain, à écouter ses conseils et à vivre de l’amour inconditionnel du Père et des autres.

Vincent Feroldi

1er mai 2022

« Je t’ai amené mon fils… »

« Je t’ai amené mon fils… »

Le verset biblique « que j’ai à l’oreille » en ce moment est une petite phrase de l’Evangile de Marc que nous avons lu le lundi 25 février 2019 :

« En ce temps-là, quelqu’un dans la foule s’adresse à Jésus, qui redescend de la montagne avec trois de ses disciples, et il lui dit : « Maître, je t’ai amené mon fils, il est possédé par un esprit qui le rend muet »

Marc 9, 14-29

« Maître je t’ai amené mon fils » : ce verset est resté dans mon oreille. Un peu après Jésus dit : « Amenez le moi », puis l’évangéliste Marc précise : « On le lui amena ».

Ces quelques mots : « amener un être cher à Jésus », je vais vous dire le chemin qu’ils ont fait en moi, comment ils sont venus me rejoindre et me toucher.

La veille, le dimanche matin, j’avais appris la mort accidentelle en montagne de D., et j’ai eu beaucoup d’émotion. L’après-midi, en lien ou non avec cette nouvelle, je ne sais, j’ai relu une page de Dietrich Bonhoeffer sur la prière d’intercession :

« … l’intercession n’est rien d’autre que l’acte par lequel nous présentons à Dieu notre frère en cherchant à le voir sous la croix du Christ, comme un homme pauvre et pécheur qui a besoin de sa grâce. Dans cette perspective, (…) je le vois dans toute son indigence, dans toute sa détresse, et sa misère et son péché me pèsent comme s’ils étaient miens, de sorte que je ne puis plus rien faire d’autre que prier : Seigneur agis toi-même sur lui, selon Ta sévérité et Ta bonté. »

Sans doute cette lecture a-t-elle influencé mon écoute de la Parole, le lendemain.

A la fin de ce récit, Jésus précise : « Cette maladie ne peut se guérir que par la prière ». Alors, cette parole : « Seigneur je t’ai amené mon fils » m’a parlé de la prière. Et cette page de l’Evangile de Marc m’a décrit la prière de tous ceux qui amènent leurs proches à Jésus et lui parlent d’eux, en ce temps-là et en ce temps-ci, particulièrement ceux qui sont malades et ceux qui peinent pour vivre.

Ce lundi, à la prière, la parole : «Amenez-le moi » m’a appelée à amener, en la nommant, cette amie proche qui est malade, et avec laquelle je chemine.

Nous avons amené aussi à Jésus, en les nommant, le mari et le fils de D., dans l’espérance qu’il les relève.

Le mardi nous avons reçu une lettre de G. nous annonçant un diagnostic sévère pour l’un de ses proches. J’ai reçu cette nouvelle avec cette parole à mon oreille : « Amène-les moi ».

Dans ce même récit ,Jésus pose des questions de précision au père de l’enfant : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? ». Ce dialogue d’une grande précision entre les deux hommes m’a fait penser aux dialogues que j’ai pu avoir avec des proches de cette amie, dialogues concrets et précis pour être au plus juste d’une présence.

J’ai éprouvé ainsi qu’il y a un lien entre « amener des gens à Jésus » dans la prière,et être en proximité avec eux. Presque comme si c’était une même démarche : les amener à Jésus, lui parler d’eux de façon précise, et m’approcher d’eux dans un échange et un dialogue dont la précision permet d’être au plus juste ensemble, et ainsi pouvoir faire le pas suivant.

La précision de l’intercession, c’est aussi ce qui est décrit dans ce récit et ce à quoi il m’appelle.

Mes mots sont un peu maladroits… Peut-être que je cherche à vous dire quelque chose du lien entre la prière et la vie, sa fécondité.

La fécondité de la prière, je l’entends aussi à la fin de ce récit quand « Jésus, saisissant la main de l’enfant, le releva et il se mit debout ».

Encore Dietrich Bonhoeffer :

« Nous voyons aussi que l’intercession est, non pas une chose générale, vague, mais un acte absolument concret. Il s’agit de prier pour telles personnes, telles difficultés, et plus l’intercession est précise, et plus aussi elle est féconde ».

Dietrich Bonhoeffer, De la vie communautaire, Ed : Delachaux et Niestlé, collection « L’actualité protestante », 1947, p. 85 – 87.

Chantal
17 mars 2019

Ne nous oubliez pas !

Ne nous oubliez pas !

Ils sont venus en la veille du Mercredi des cendres.

Ensemble. Unis dans l’adversité. Inquiets. En attente d’une parole d’espérance. Désireux de croire que l’avenir ne pourrait ne pas être sombre.

Le Mont des Oliviers, ils connaissent. Le Golgotha, ils le parcourent. Le Christ souffrant, ils y pensent chaque jour.

Mais, demain, est-ce que cela sera encore possible ?

Telle est leur question, car les événements des derniers jours et des dernières semaines leur ont fait comprendre qu’ils seraient peut-être amenés à devoir quitter leur terre : la Palestine.

Membres du Haut-Conseil des paroisses de Palestine, mufti de la Terre Sainte, maire de Ramallah, gouverneur de Terre Sainte, prêtre orthodoxe… Leur diversité n’est plus un frein. Elle est une force. Elle témoigne que ce qui les lie est une terre, une langue, une Histoire, un peuple, une ville : Jérusalem.

Ils sont venus, humblement, les mains nues, avec, pour seule arme, leur foi en l’homme, en la fraternité, en la solidarité, en la justice.

« Ne nous oubliez pas ! Soyez à nos côtés ! Priez pour que, demain, ensemble, nous puissions monter au Saint Sépulcre, dans un pays de Paix ! »

Vincent Feroldi

jerusalem

Soyons les humbles pèlerins de la Vérité

Soyons les humbles pèlerins de la Vérité

Rien ne me poussait à aller en Albanie si ce n’est un séminaire européen organisé par le Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe.

Je ne savais même pas trop où se situait ce pays d’Europe du Sud, dans l’Ouest de la péninsule balkanique, partageant des frontières communes avec le Monténégro, au nord, le Kosovo, au nord-est, la Macédoine, à l’est, et la Grèce, au sud.

En me renseignant, je découvrais qu’avec ses 3 millions d’habitants pour 28.748 km², l’Albanie à majorité musulmane et avec des communautés catholique et orthodoxes conséquentes était devenue un terrain à conquérir par des groupes religieux nouveaux : Églises évangéliques, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, Témoins de Jéhovah et quelques mouvances musulmanes comme les salafistes.

Il suffira cependant de quelques jours passés à Shkodër, Krujë et Tirana, pour aimer ce peuple albanais qui, de siècle en siècle, eut à se défendre des invasions ou des occupations ou des oppressions. Il est vrai que cette terre qui a connu autant la coexistence pacifique que les persécutions montre au quotidien que, pour éviter les préjugés, la connaissance de l’autre est fondamentale. Si cette nation est parvenue à ce climat de dialogue et d’acceptation, n’est-ce pas parce qu’elle a mis en application ce que Jean-Paul II déclarait, à savoir que « la foi sincère ne sépare pas les hommes, mais les unit, même dans leurs différenciations » ?

En ce mois de février 2018, j’en conviens, mon cœur vibra aux témoignages de Mgr Angelo Massafra, évêque de Shkodër (Albanie), de Mgr Claude Rault, évêque émérite de Laghouat – Ghardaïa (Algérie), de Mgr Brendan Leahy, évêque de Limerick (Irlande), et de Haxhi Baba Edmond Brahmaj Kryegiyshi, chef spirituel des Bektashi (Albanie).

Chacun, à sa manière, se faisait en effet le relais d’une invitation : être humble pèlerin de la Vérité que les uns et les autres cherchent ensemble.

Il s’agit en effet de ne pas diviser les croyants mais, au contraire, de leur indiquer le chemin qui rapproche de la Vérité.

Cela suppose, au préalable, d’être pleinement homme, créé à l’image Dieu, enraciné dans sa culture et porteur de valeurs humanistes que tous peuvent partager en ce deuxième millénaire.

Chacun peut ensuite jouer de sa partition dans la symphonie interreligieuse que les croyants souhaitent jouer en commun, unissant leurs énergies spirituelles pour construire un monde plus juste.

Par-delà les différences, voire les divergences, pourquoi en effet ne pas risquer une solidarité dans la prière simple qui jaillit du cœur, ouvrir des passerelles spirituelles entre nous, faire alliance entre dialogue et intériorité, ce sanctuaire commun invisible aux priants ?

N’avons-nous pas à vivre une vocation de facilitateur du dialogue dans les lieux où nous travaillons, être prophète d’espérance dans l’enrichissement mutuel de nos spiritualités qui nous tournent vers le même point cardinal qu’est Dieu l’Unique, Amour parfait ?

Soyons-en convaincu : la diversité des chemins n’est ni un obstacle, ni une contrainte, ni un enfer. Elle est vie, source d’entraide mutuelle et de partenariat spirituel pour entrer encore plus dans les mystères de Dieu et de l’Homme !

Vincent Feroldi

Toute puissance et fragilité

Toute puissance et fragilité

Chaque jour, je peux me rendre dans l’espace et contempler la terre ou l’univers. Par mon compte Twitter, j’entre en relation avec l’ISS (navette spatiale internationale) et grâce, hier, à Thomas, et, aujourd’hui, à Kanai, astronaute japonais, je profite de somptueuses photographies de contrées connues ou inconnues et de phénomènes météorologiques exceptionnels.

Dans le cadre de mon travail quotidien, je n’ai plus de raison de m’affoler. Quand un thème nouveau s’offre à moi ou qu’une question épineuse m’est posée, je saisis mon I phone ou allume mon ordinateur et, grâce à une recherche sur Google, je trouve de pertinents éléments de réponse pour éclairer mon propos.

Au volant de ma voiture, il m’arrive fréquemment de devoir me rendre en des lieux inconnus par des itinéraires méconnus. Là aussi, rien de plus simple, aujourd’hui. Ne suffit-il pas d’allumer son GPS et de se laisser guider par une voix mélodieuse qui prend soin de vous avec attention et ne vous reproche pas violemment une erreur de conduite. Avec délicatesse, elle vous propose de ralentir et de faire demi-tour avec prudence.

Une décision urgente à prendre avec un ami, malheureusement bien loin de vous ? Grâce à la nouvelle application téléphonique téléchargée gratuitement, après avoir composé son numéro de téléphone, votre ami vous apparait, sur votre écran, au volant de sa voiture, bloquée en plein embouteillages dans une ville du Moyen-Orient. Une réunion de travail improvisée se met alors en place et, du partage de nos réflexions respectives, jaillit la décision.

Soudain le téléphone d’astreinte de l’hôpital retentit… Une infirmière dans un service de soins palliatifs m’informe qu’un patient en fin de vie et dont le pronostic vital est engagé souhaiterait la visite d’un prêtre. Il y a urgence : la mort n’attend pas. Ne pouvant personnellement m’y rendre, je me connecte sur le planning en ligne de l’équipe d’aumônerie pour voir qui est en capacité de se déplacer immédiatement dans l’établissement hospitalier. Aussitôt vu, aussitôt fait : envoi d’un texto, coup de téléphone, contact établi, renseignements donnés, le patient est peu de temps après accompagné et apaisé…
Je pourrai encore continuer à partager de nombreuses expériences du quotidien qui montre combien, aujourd’hui, en 2018, sciences et techniques ont radicalement transformé la vie des humains. Pour le meilleur et pour le pire, diront certains. Certes ! Mais il est indéniable qu’il y a beaucoup d’heureuses innovations et que nos vies en sont grandement facilitées. Ne faut-il pas s’en réjouir ?

Il en résulte bien naturellement pour l’homme un sentiment de toute puissance. Il est capable de relever dans tous les domaines de nombreux défis pour peu qu’on lui laisse le temps de les résoudre. Voilà pourquoi il se découvre en capacité d’être dieu et donc de se passer de ce Dieu dont bien des croyants de traditions religieuses diverses lui parlent.
Pourtant, dans le même temps, il ne peut que constater la fragilité humaine, sa propre fragilité.

En l’espace de quelques minutes, ce jeune à qui un bel avenir était promis se retrouve dans l’habit de l’assassin qui a tué père et mère. Il va devoir dorénavant porter jusqu’à la fin des temps le poids de sa culpabilité et chercher désespérément à se reconstruire, tout en espérant que sa famille ne le rejettera pas pour l’éternité.

Le diagnostic vient de tomber. Rechute du cancer. Les métastases se sont développées dans différentes parties du corps. Sans perdre de temps, il faut livrer bataille à la maladie. Chimio, trithérapie, examens nombreux, hygiène de vie sévère… Le compte-à-rebours est lancé. La mort acceptera-t-elle de s’éloigner ?

Merveilleuse journée. Le soleil est au rendez-vous, le ciel d’un bleu azur. Valises et sacs ont été préparés depuis plusieurs jours. La gare accueille la foule des grands jours. Le quai du train pour la destination rêvée est affiché. Le TGV est flambant neuf. Rires et interpellations fusent. Joie et bonheur se lisent sur tous les visages. Pourtant, à l’heure dite, les portes automatiques ne se ferment pas. Les minutes passent. Une annonce jaillit des haut-parleurs : « Panne de signalisation sur la ligne. Les trains ne pourront circuler ce matin ».

La célébration de mariage avait été une réussite. Dix ans après, tout le monde s’en souvenait. Depuis, le jeune couple avait eu la joie d’accueillir au sein du foyer deux enfants. Les vies professionnelles des parents se déroulaient de belle manière. Pourtant, un soir, la grand-mère du papa reçut un inquiétant message. Son petit-fils voulait la voir. Peu de temps après, celle-ci découvrait l’impensable. Il divorçait.

Je pourrai encore continuer à partager de nombreuses expériences du quotidien qui montre combien, aujourd’hui, en 2018, notre vie est fragilité, malgré toutes nos précautions, engagements, volontés et sécurités enclenchées.

L’être humain est être de vie, de chair, de transcendance, de pensées, d’émotions, d’élévations…

Ne sera-t-il pas d’autant plus grand que l’humilité, la patience, l’écoute, la contemplation, l’émerveillement, l’attente, le rêve, habiteront son cœur ?

Si, en plus, il se reconnaît issu de l’Amour de Dieu qui lui a fait le don de la Vie, il vivra d’une relation unique, celle existant entre le Créateur et l’être créé.

Vincent Feroldi
13 janvier 2018

Une spiritualité en partage

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Trois ans après la fondation, ce texte cherche à préciser l’« architecture » de la spiritualité de La Pierre Roulée. Il vient en complément des autres textes de référence : la charte, les statuts, la prière, le texte « Evocation de la Pierre Roulée ». Ce n’est pas un «aboutissement» ; c’est une précision de la source qui nous fait vivre et qui est sans cesse à creuser et à mettre à jour.
  1. Découvrir la spiritualité de la Pierre Roulée

La pierre roulée ouvre sur un tombeau vide. Qui était dans le tombeau et n’y est plus ?

• Une spiritualité qui se fonde sur Jésus le Ressuscité

L’associé de la Pierre Roulée se nourrit de la contemplation de Jésus le Christ, l’homme de Nazareth, mort sur le Golgotha et ressuscité au matin de Pâques : Il n’est plus au tombeau, Il est ressuscité, Il nous précède et attend chacun aujourd’hui sur les routes du monde.
L’associé met l’accent sur la personne de Jésus le Christ, Chemin vers le Père, Chemin vers les frères et sœurs en humanité. Par Lui, toutes les choses de la terre peuvent être vécues dans l’horizon de la Résurrection.
Le temps des hommes est déjà baigné d’éternité.

Christ Ressuscité nous appelle à sortir de nos tombeaux et à nous tenir en dynamique de vie.

• Une spiritualité pour déployer le sacrement du baptême

Quel que soit son état de vie : laïc, diacre ou prêtre, marié ou célibataire, l’associé souhaite vivre de l’actualisation sans cesse renouvelée du sacrement de son baptême.
Il n’est plus l’heure de rester au tombeau. Le Dieu de la Vie a roulé la pierre. Il appelle chacun à sortir des ténèbres et à vivre en avant, en ouverture, à la suite du Christ Ressuscité.
Les associés se confortent les uns les autres pour vivre du souffle de la Résurrection, pour entrer en nouveauté de vie, se libérer des peurs qui emprisonnent, accueillir la paix et insuffler un esprit d’audace.

Le Ressuscité vit de relation trinitaire et se laisse reconnaître au cœur des relations humaines. Rien, ni personne, ne le contient, ni ne le possède.

• Une spiritualité à vivre au cœur de la relation

L’évènement de la mort et de la résurrection du Christ révèle que Dieu est Vie, qu’il est Amour et qu’il est Relation.
Nos vies relationnelles, nos manières d’être en relation à l’échelle interpersonnelle ou collective, concentrent des enjeux vitaux pour les personnes que nous sommes.
Elles sont encombrées par l’existence de pierres qui séparent, bouchent le passage et réduisent la vie humaine.
L’associé décide de porter une attention particulière à sa manière d’être en relation.
Avec les autres associés, il approfondit le sens humain et spirituel des mots qui disent la relation pour en déployer la portée évangélique et l’incarner dans sa vie.

« Allez ! Il vous précède en Galilée. C’est là que vous le verrez. »

• Une spiritualité pour approfondir les axes de l’ouverture et de la réciprocité

L’associé vise l’ouverture à la vie de ce monde pour contribuer à sa réussite. Il guette les signes de résurrection à l’œuvre dans le monde et dans la vie des personnes.
Il vit de réciprocité. Il s’attache à vivre de ce double mouvement intimement relié : se donner et se recevoir.
Sans qu’elles le sachent et sans qu’elles s’en doutent, l’associé reçoit des personnes rencontrées, des messages accueillis comme des « cadeaux de Dieu ». A partir de la relecture, il les relie entre eux et les relit comme une Parole de Dieu adressée à lui-même et à plus large. Il partage ses découvertes avec les autres associés.

Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

• Une spiritualité ancrée dans l’ordinaire du chemin

L’associé vit avec des gens ordinaires, au milieu des vies ordinaires souvent empruntes de fragilité.
Il est attentif au tissu relationnel qui porte, supporte, motive son existence.
Il travaille à la cohérence entre ce qu’il dit, ce qu’il croit et ce qu’il fait.

       2. Vivre de la spiritualité de la Pierre Roulée

Habité de l’Esprit du Ressuscité, l’associé cherche à être ferment. Il prend appui sur Christ ferment de Vie et s’en nourrit. Il s’exerce plus particulièrement à :

• « être ferment d’ouverture »
  • Choisir d’ouvrir ou de réouvrir toute situation fermée, bloquée pour ce qui dépend de soi ;
  • Travailler la confiance qui ouvre des chemins de vie et d’audace ;
  • Libérer de l’enfermement, rendre possible, tenir une espérance, aller de l’avant.
• « être ferment de relation »
  • Mettre en relation des personnes chaque fois que c’est possible ;
  • Soigner tout ce qui aide à la mise en relation ;
  • Travailler à former un tissu de relations porteuses de vie et d’avenir.
• « être ferment de gratuité »
  • Se tenir dans une recherche de disponibilité,
  • Etre en simplicité de relation et se réjouir d’être ensemble,
  • Se libérer de l’esprit de calcul.
• « être ferment de réciprocité »
  • Valoriser les personnes et ce dont elles sont porteuses qui est bon à recevoir et à connaître ;
  • Se laisser connaître et approcher avec ses pleins et ses creux ;
  • Etre à parité et en égalité d’être.

Ce sont autant d’attitudes à déployer, à intérioriser, à vivre dans l’Esprit du Ressuscité, par tout associé.

       3. Creuser une spiritualité commune

Une spiritualité partagée est avant tout une communauté de visée : vivre d’un esprit commun et se disposer avant toute chose, avant toute action à mener et au-delà d’elle, à approfondir en soi-même, et entre les personnes associées, une intimité avec Jésus le Christ et son Evangile.

Pour eux-mêmes et pour le bien de l’Eglise, les associés entendent un appel. Ils cherchent à vivre d’un Souffle dont nul ne sait « d’où il vient, ni où il va ». Par nature, il dépasse les structures qui, dans leur logique interne, cherchent à fixer les choses et à les encadrer. Par leur vie, ils visent à la diffusion d’un esprit, avant tout souci de structuration. Les associés ont une source commune, non une manière de faire commune

Avant de pouvoir, peut-être, un jour, parler du Christ à leurs contemporains, les associés croient qu’ils ont à être témoins du Christ, là où ils se trouvent. Leur personne devient témoin d’un Autre. Ceci n’est jamais achevé.

Au sein des valeurs humaines ils contribuent à épanouir la vie humaine, à l’ouvrir de l’intérieur vers plus grand qu’elle-même, à lui donner toute son amplitude. Le faisant, ils vivent spirituellement du Christ.