Étiquette : Vérité

« Etends la main… »

« Etends la main… »

« Jésus entra de nouveau dans la synagogue ; il y avait là un homme dont la main était atrophiée. On observait Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat. C’était afin de pouvoir l’accuser. Il dit à l’homme qui avait la main atrophiée : « Lève-toi, viens au milieu. » Et s’adressant aux autres : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de tuer ? » Mais eux se taisaient. Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit, et sa main redevint normale. Une fois sortis, les pharisiens se réunirent en conseil avec les partisans d’Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr ».

Marc 3, 1-6

En posant un regard bienveillant sur cet homme,
en mettant en lumière cet homme au milieu de l’assemblée,
c’est peut-être ce que Jésus aimerait pouvoir vivre avec tous ces gens présents dans la synagogue.

Tendre la main
Etre en relation
Faire du lien

Peut-être, avons-nous pensé aussi que « Jésus joue la provoc’ », provocation en posant un regard de colère : il dit à l’homme : « Etends la main  ! »… Après cela, « ils cherchèrent comment le faire périr ».

Il me semble surtout que Jésus souhaite simplement remettre les choses, les gens et, sans doute, les liens à leur juste place.
La loi n’est pas une aliénation, elle est là pour un bien vivre ensemble,
un vivre ensemble où nous sommes sans cesse invité à passer de la suspicion à la bienveillance et à porter un regard de confiance pour entrer en relation.

Ce n’est pas forcément si simple….

fraternité

Sur la porte du bureau de l’aumônerie, nous avons affiché ce petit dessin découpé sur une affiche d’ATD, et aujourd’hui, j’ai eu envie de faire un lien avec l’Evangile de ce jour.

Jésus nous guéri de nos infirmités pour que nous soyons en capacité de tendre la main, de créer des ponts, de tisser des liens.

Se laisser habiter par ce regard bienveillant pour être en disponibilité de rencontre.

Sortir de nos vases clos et nous mettre concrètement à bâtir cette fraternité.

Ce n’est pas sans risque d’entrer en relation, d’aller à la rencontre… On peut en sortir changé, transformé, impliqué, responsable…

Dimanche dernier, nous étions invités à prier pour les migrants.

Demain commence la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens…

Autant d’initiatives et de gestes d’accueil auxquels nous sommes appelés et que nous avons à inventer pour nous tenir dans l’ouverture.

« Viens à nouveau sur nos chemins, toi, le Seigneur qui peut guérir.
Dis-nous un mot, tends-nous la main, nos corps blessés vont refleurir ».

Elisabeth, 17 janvier 2018

Soyons les humbles pèlerins de la Vérité

Soyons les humbles pèlerins de la Vérité

Rien ne me poussait à aller en Albanie si ce n’est un séminaire européen organisé par le Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe.

Je ne savais même pas trop où se situait ce pays d’Europe du Sud, dans l’Ouest de la péninsule balkanique, partageant des frontières communes avec le Monténégro, au nord, le Kosovo, au nord-est, la Macédoine, à l’est, et la Grèce, au sud.

En me renseignant, je découvrais qu’avec ses 3 millions d’habitants pour 28.748 km², l’Albanie à majorité musulmane et avec des communautés catholique et orthodoxes conséquentes était devenue un terrain à conquérir par des groupes religieux nouveaux : Églises évangéliques, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, Témoins de Jéhovah et quelques mouvances musulmanes comme les salafistes.

Il suffira cependant de quelques jours passés à Shkodër, Krujë et Tirana, pour aimer ce peuple albanais qui, de siècle en siècle, eut à se défendre des invasions ou des occupations ou des oppressions. Il est vrai que cette terre qui a connu autant la coexistence pacifique que les persécutions montre au quotidien que, pour éviter les préjugés, la connaissance de l’autre est fondamentale. Si cette nation est parvenue à ce climat de dialogue et d’acceptation, n’est-ce pas parce qu’elle a mis en application ce que Jean-Paul II déclarait, à savoir que « la foi sincère ne sépare pas les hommes, mais les unit, même dans leurs différenciations » ?

En ce mois de février 2018, j’en conviens, mon cœur vibra aux témoignages de Mgr Angelo Massafra, évêque de Shkodër (Albanie), de Mgr Claude Rault, évêque émérite de Laghouat – Ghardaïa (Algérie), de Mgr Brendan Leahy, évêque de Limerick (Irlande), et de Haxhi Baba Edmond Brahmaj Kryegiyshi, chef spirituel des Bektashi (Albanie).

Chacun, à sa manière, se faisait en effet le relais d’une invitation : être humble pèlerin de la Vérité que les uns et les autres cherchent ensemble.

Il s’agit en effet de ne pas diviser les croyants mais, au contraire, de leur indiquer le chemin qui rapproche de la Vérité.

Cela suppose, au préalable, d’être pleinement homme, créé à l’image Dieu, enraciné dans sa culture et porteur de valeurs humanistes que tous peuvent partager en ce deuxième millénaire.

Chacun peut ensuite jouer de sa partition dans la symphonie interreligieuse que les croyants souhaitent jouer en commun, unissant leurs énergies spirituelles pour construire un monde plus juste.

Par-delà les différences, voire les divergences, pourquoi en effet ne pas risquer une solidarité dans la prière simple qui jaillit du cœur, ouvrir des passerelles spirituelles entre nous, faire alliance entre dialogue et intériorité, ce sanctuaire commun invisible aux priants ?

N’avons-nous pas à vivre une vocation de facilitateur du dialogue dans les lieux où nous travaillons, être prophète d’espérance dans l’enrichissement mutuel de nos spiritualités qui nous tournent vers le même point cardinal qu’est Dieu l’Unique, Amour parfait ?

Soyons-en convaincu : la diversité des chemins n’est ni un obstacle, ni une contrainte, ni un enfer. Elle est vie, source d’entraide mutuelle et de partenariat spirituel pour entrer encore plus dans les mystères de Dieu et de l’Homme !

Vincent Feroldi

De l’accompagnement au compagnonnage !

De l’accompagnement au compagnonnage !

Vivre le compagnonnage, c’est prendre soin de la relation…

Jésus, avec les disciples d’Emmaüs, n’a pas interrompu leur récit pour leur expliquer ce qu’il fallait qu’ils comprennent dans cet événement qui le concerne. Il les a laissé parler, afin de créer un espace pour la rencontre, avec cette confiance qui permet une parole vraie. Nous sommes invités à nous laisser décentrer de nous-mêmes, de ce que nous voulons dire souvent trop vite, pour d’abord nous mettre à l’écoute afin de laisser Dieu agir au coeur de chacune des personnes qui se rencontrent. C’est pour cela que nous sommes des serviteurs à mains nues !

« Savez-vous que soigner et servir ont la même racine ? En grec, c’est le premier sens de Thérapeuo : je soigne ou je sers. Ces deux mots sont cousins. « Le soignant est un « serviteur » qui sert dans un « service », c’est-à-dire dans une équipe qui, ensemble, rendent le service de prendre soin des personnes qui leur sont confiées… »

CM

Prendre soin de la relation, c’est être disponible et, en aumônerie d’hôpital, c’est une attitude fondamentale pour ne pas être dans ses préoccupations, de vouloir ceci ou cela. Il y a un moment où il faut y aller, frapper à cette porte pour rencontrer quelqu’un que l’on ne connait pas et se risquer à le rejoindre dans ce qu’il vit et nous laisser rejoindre également dans ce que nous vivons. C’est un véritable acte de foi qui nous est demandé. Un acte de foi nourri du don de Dieu dans la prière personnelle, communautaire, et dans la vie d’équipe, grâce à la relecture après les temps d’accueil et de célébration, la supervision, les formations diocésaines, les temps de récollection…

Croire et non pas savoir !

Cet acte de foi m’allège, me rend patiente et m’invite à ne pas vouloir plus que ce que l’aujourd’hui me donne. Pas d’efficacité à chercher, mais une gratuité à accueillir, laissant la place à une fécondité qui est toujours imprévue et inattendue !

Vivre de compagnonnage, c’est relire et relier les événements afin de donner sens à l’aujourd’hui

La parole de Jésus dans l’Évangile d’Emmaüs est patiente car il prend le temps de relire avec les disciples toute l’histoire du peuple d’Israël : « Commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures tout ce qui le concernait. »

Prendre le temps de relire avec les personnes malades leur histoire, sans rien vouloir à leur place, mais ouvrant l’horizon sur la vie qui est à l’oeuvre en eux, au lieu même où ils ont mal. Et parfois, avec certains, oser une parole de l’Evangile, parce qu’ils nous font le cadeau de découvrir la présence du Christ là où il leur était impossible de la soupçonner avant !

Avec les disciples d’Emmaüs, Jésus ose faire ce lien entre la souffrance et la Gloire, entre la mort et la vie. Quelle audace quand on y pense ! L’entendre dire : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » Il y a des souffrances profondes que l’on ne peut toucher qu’avec des mains qui ont été percées par des clous… Alors la parole peut être accueillie et entendue, parce que leur cœur s’ouvrait et devenait tout brûlant…

Etre touché au cœur peut permettre, comme pour les disciples d’Emmaüs, de nous interroger : « Qui est ce Jésus qui vient nous rejoindre sur la route de nos rencontres ? ».

Pierrette