« Tu es incapable de tenir parole »
Alors que je marchais, au milieu des flâneurs, par cette chaude après-midi, rue de la Ré, cette phrase s’est envolée, brutale, et je l’ai recueillie. Elle était adressée par une jeune femme à son compagnon.
« Tu es incapable de tenir parole »
Y a-t-il eu promesse non tenue, accroc dans l’engagement voire infidélité ? J’entends comme un sentiment de trahison dans la voix de cette femme en colère.
Ne connaissant pas leur histoire, je m’interroge par rapport à moi-même : quand ai-je été incapable de tenir parole ? Par exemple quand je me suis engagée à écrire chaque jour pendant les vacances et que, certains jours, j’avais mieux à faire…
Lorsqu’une parole n’est pas tenue, est-ce parce que l’engagement était au-delà des moyens, des ressources, mal calculé, une sorte de défi par rapport à soi-même ? Est-ce parce que le cœur ou la confiance n’y était pas, comme une parole en l’air ? Est-ce parce que la persévérance au quotidien aurait demandé à être soutenue ?
Pour « tenir » parole on a parfois besoin de témoins qui aident à relire l’engagement pris, à en retrouver le sens, à le réajuster si besoin pour qu’il devienne un nouveau commencement, une nouvelle mise en chemin.
Tenir parole pour des broutilles est un bon exercice pour tenir parole lorsque la relation à soi, aux autres, à Dieu, est en jeu. Et elle l’est puisque promettre est de l’ordre de la relation – « dire je promets c’est dire je te promets » (P. Ricoeur). Je suis responsable de ma parole vis-à-vis d’autrui.
Les priorités que nous nous sommes données à la Pierre Roulée – la relecture et, si possible, l’écriture en font partie – nous engagent les uns vis-à-vis des autres et cet engagement commun, allié au souffle de l’Esprit, est notre meilleur soutien pour « tenir parole ».
Marie
