Simple rouleur de pierre

Simple rouleur de pierre

Ce dimanche s’annonçait comme un beau dimanche spirituel. Temps de retrouvailles et de récollection. Méditation de la Parole de Dieu. Partage fraternel. Célébration de l’Eucharistie où Celui qui est Source se donnerait dans le Pain de Vie. Il ne resterait plus ensuite qu’à regagner son chez soi et profiter des dernières heures du jour pour s’informer, se cultiver et se reposer…

Mais voilà. En ce siècle de technologies virtuelles et multiples, le téléphone vous porte instantanément informations, messages et appels. Ce fut donc le cas au milieu de ce dimanche automnal. Qui se retrouvait aux urgences à soutenir son mari bien mal en point et confiait fatigue et inquiétude aux prières de l’ami. Telle faisait savoir qu’en son service hospitalier une patiente serait bienheureuse de recevoir une visite et la communion.

Il y avait là un simple appel à vivre le sacrement du frère et il ne restait plus qu’à bousculer quelque peu le programme initial prévu, pourtant bien confortable et agréable, puisqu’il n’y avait aucune raison à remettre à demain ce qui pouvait être vécu aujourd’hui et dont il n’échappait à personne que cet aujourd’hui était Jour de Résurrection.

Porter la communion, c’est rendre présent d’une manière toute sacramentelle Celui qui est Chemin, Vérité et Vie. C’est permettre de faire Eglise pour et avec une personne confrontée à la solitude de la chambre d’hôpital. C’est honorer le « prendre soin » d’une cadre de santé, attentive aux signes de croyance d’une personne avec qui un échange de paroles a permis de percevoir et connaître l’attente. C’est favoriser l’Echange mystérieux entre l’Aimé et l’Aimant.

Il en fut ainsi. La chambre se transforma en Tente de la Rencontre. Mais ce qui ne devait être que simple passage se transforma en longue pause et en chemin d’Emmaüs. Deux personnes, jusqu’alors en méconnaissance l’une de l’autre, se mirent à relire la vie écoulée, faites d’ombres et de lumières, de désirs et de revers, de rires et de larmes. Les chemins se croisaient et s’entrecroisaient. Mont des Béatitudes, grotte de Bethléem, jardin des Oliviers, Golgotha et Tombeau n’étaient pas loin. Des mots jaillissaient, du sens était donné, de la vie émergeait, de la paix se formait.

Lentement, la Pierre du Tombeau était roulée. La Lumière pouvait y pénétrer. La Vie pouvait y circuler.

Bientôt la famille y déposera l’Aimé pacifié.

Bientôt l’Aimant y accueillera l’Aimé pour le sortir des profondeurs de la mort et le mener à la Demeure du Père de toute humanité.

Il était temps pour le rouleur de pierre de s’en aller sans plus déranger.

Vincent Feroldi
2 octobre 2018

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