« Tout à coup ! »
« Combien de fois n’ai-je pas été surpris, étonné, émerveillé, mais aussi décontenancé, dérouté par des évènements qui survenaient à l’improviste et me poussaient en avant, m’obligeaient à sortir de moi-même, à ouvrir les yeux, à élargir mes horizons, à me remettre en cause, à découvrir la richesse d’autrui à laquelle je n’avais pas, jusqu’alors, porté attention !
Sans ces « tout à coup », que serais-je devenu ? Ils m’ont poussé hors de mes enclos, hors de mes œillères, hors de mes préjugés. »
Jacques Musset, in Golias – semaine du 6 au 12 juin 2019
Ce « Tout à coup » se trouve dans le texte des Actes des Apôtres (2, 1-11) au verset 2 dans la traduction de la TOB : « Tout à coup survint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent… » – texte que nous lisons le jour de la Pentecôte.
J’ai aimé lire ce texte qui m’a donné de relire ce que j’ai vécu en revenant du week-end de Pentecôte dans la Drôme.
J’avais devant moi deux heures de voyage, d’abord en car, puis en train, et la perspective heureuse d’avancer le livre que j’avais emporté. En ouvrant mon sac, j’ai constaté « tout à coup » que je l’avais oublié chez les amis chez qui j’avais passé ces trois jours. J’ai éprouvé un mouvement intérieur de vive contrariété et aussi d’impuissance à réparer l’oubli, d’autant plus qu’à la gare de Valence je n’avais pas le temps d’acheter de quoi lire entre l’arrivée du car et le départ du train.
Dans le TER, je me suis assise à côté d’une religieuse de type malgache qui n’avait ni livre ni portable avec elle. J’ai donc entamé la conversation en lui demandant de quelle congrégation elle était – religieuse de la Trinité – et elle m’a confirmé qu’elle était malgache, originaire d’Antsirabe, petite ville où j’ai vécu deux années. J’ai été heureuse de l’entendre parler de cette ville où elle s’apprête à revenir, comme tous les trois ans, pour revoir sa famille mais aussi de Madagascar, pays auquel je pense souvent. Nous avons aussi échangé sur nos vies actuelles avec comme point commun le monde de la santé puisqu’elle est infirmière. C’était comme si j’avais rencontré une amie.
Ce petit évènement modeste – l’oubli d’un livre compagnon de voyage – m’a d’abord décontenancée puis poussée à sortir de moi-même et à découvrir la joie d’un partage de vie offert gratuitement. Sans cet oubli, je me serais plongée dans le livre et j’aurais sans doute négligé la présence à mes côtés de cette femme sympathique.
Marie, 12 juin 2019
