La violence et le pardon

La violence et le pardon

« Chaque fois que je renonce, j’ai la sensation d’un tremblement de terre au dedans de moi. C’est moi la terre qui tremble ».

Marina Tsvetaieva

J’ai mis une bonne trentaine d’années avant d’accepter de regarder tranquillement, en face, la réalité humaine de la violence inscrite en chacun de nous, inscrite en moi, un fil de trame des relations réciproques.

Il est plus facile parfois, d’avancer les yeux non dessillés, avec l’expérience du monde telle qu’apprise ou construite.

La colère destructrice est un des aspects de notre violence. La volonté de puissance exponentielle en est un autre. La violence sexuelle un autre encore.

L’apôtre Paul a accepté le dessillement de ses yeux sur le chemin de Damas. Il s’est mis au service de l’amour, de la vérité de l’amour. Il s’est mis au service du Christ avec toutes ses passions humaines à lui, Paul.

Il a consenti à ce remaniement intérieur, à ce creusement inlassable pour faire advenir la liberté et la dignité de chaque homme. Il n’a pas cherché à échapper à sa responsabilité nouvelle, marche pas à pas jamais définitivement accomplie, alliance d’amour avec Dieu – source du pardon qui remet debout.

Les obstacles sont nombreux, les impasses séduisantes : s’arrêter sur l’herbe verte, vivre nos habitudes attachantes, regarder ailleurs lorsque se déchaînent les « méchants », assoupir nos questionnements, laisser glisser.

Le discernement ne va pas de soi. La présence fraternelle aide à avancer un peu plus loin – à nous déplacer.

« C’est moi la terre qui tremble »

Je connais ces instants suspendus lorsque ma terre tremble. Quelque chose de hardi se rassemble pour la décision à prendre, la priorité à donner pour une réalité plus vaste, pour le renoncement à un regard de colère au profit d’un regard d’attention ouvrant à nouveau la parole. Quelque chose d’assuré se rassemble pour nommer l’impossible hors sens de la violence et travailler avec d’autres à aller ailleurs, plus loin.

Comme lorsqu’on sort de l’eau profonde en fin de plongée, que l’œil redécouvre le jour et les poumons l’air respirable sans bouteille.

« C’est moi la terre qui tremble »

Dans nos obscurités Seigneur, tu viens rouler la pierre et nous donner la vie.

Recevoir la vie et la donner.

Risquons nous encore à regarder, à écouter, à vivre ces temps, à aimer y parler – y garder silence, à aimer y attendre ensemble la brise légère.

Geneviève

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