« Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans les barques et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier ».
Mt 14, 22-33
A plusieurs reprises, dans l’évangile de Matthieu, Jésus se retire, à l’écart, en particulier après la mort de Jean Baptiste ou après des discussions houleuses avec les pharisiens, ou bien, dans l’évangile de Jean, lorsque la menace de mort se fait plus précise pour lui.
Dans ce texte d’évangile en Matthieu 14, le retrait de Jésus a, me semble-t-il, un autre sens et c’est au tsimtsoum, un concept de la Kabbale, que j’ai pensé. Le connaissez-vous ?
J’ai regardé ce que dit Wikipédia. Ce concept traite d’un processus précédant la création du monde selon la tradition juive. Il peut se résumer comme étant le phénomène de contraction de Dieu dans le but de permettre l’existence d’une réalité extérieure à lui.
La création n’est possible que par le retrait de Dieu en lui-même : Dieu se concentre en lui-même pour permettre à quelque chose qui n’est pas d’exister. Cette concentration de Dieu en lui-même est source d’énergie. Une part de la divinité se retire afin de laisser place au processus créateur du monde.
Autrement dit, le tsimtsoum est la façon dont Dieu fait de la place pour que nous puissions avoir notre propre monde, faire nos propres choix. Mais Dieu demeure présent dans son absence, encore plus présent dans son absence que dans sa présence.
J’ai aimé lire, dans le livre de Francine Carillo : J‘aimerais que vivre tu apprennes, cette phrase : « Si nous pensons que Dieu prend toute la place, nous n’existons pas et nous nous dispensons d’agir en sujets vivants ».
Lorsque Jésus se retire « à l’écart, pour prier », il se retire en lui-même, dans l’intimité de sa relation avec son Père avec qui il ne fait qu’Un (cf. « Je suis dans le Père et le Père est en moi » Jn 14, 11.). Là, il puise l’énergie, le souffle de vie qui les unit et qu’il transmettra à ses disciples qu’il laisse partir dans la barque.
Plus tard, avant sa mort, Jésus leur dira : « C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet (l’Esprit Saint) ne viendra pas à vous ; si, au contraire je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 7).
Comme Dieu, Jésus demeure présent dans son absence. Il voit ses disciples en proie aux vents contraires, luttant contre la tempête. Eux, les professionnels de la mer, perdent pied. Et Jésus, « vers la fin de la nuit », vient, non pas comme un fantôme mais comme un ami : « Confiance ! C’est moi, n’ayez plus peur ! ».
Je crois en cette présence de Jésus dans l’absence. C’est parfois au plus fort des épreuves, des doutes, des bouleversements, que le Christ est présent, non pas comme un fantôme mais mystérieusement comme un ami, un frère redonnant confiance.
J’accueille cet évangile comme un appel à croire que Dieu a voulu l’homme libre de créer, de bâtir le monde, de tout faire comme si tout dépendait de lui et, en même temps, en l’assurant de sa présence : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).
Seigneur, tiens-nous dans la confiance !
« Ouvrons nos cœurs au souffle de l’Esprit ».
Marie
