Lors du confinement, j’ai eu l’habitude de faire le tour du quartier et de m’arrêter, quand il faisait beau, dans le jardin de la mairie du 8ème où un banc au soleil fait mon bonheur. Je m’assoie en général sur une partie du banc plutôt qu’au milieu, laissant libre une place pour une personne qui souhaiterait s’asseoir et profiter du soleil – une place disponible pour accueillir.
Une fois, deux femmes sont venues s’asseoir, prenant tant de place que la mienne s’est rétrécie au point que j’ai dû partir ; en plus, elles parlaient entre elles en m’ignorant complètement.
Mais parfois aussi, une personne seule, le plus souvent une vieille dame, vient, me demandant si elle peut s’asseoir et j’en suis ravie, surtout si elle me parle d’elle et de sa vie – j’aime écouter ces histoires de vie et, pour certaines, les garder en moi précieusement.
C’était un dimanche avant Noël, en tout début d’après-midi. Le jardin était encore silencieux. C’est souvent le moment des vieilles dames seules, avant que les enfants arrivent.
J’étais là, sans livre à la main ni même sur les genoux, abandonnée au soleil. Et il y a eu cette rencontre, toujours improbable, comme je les aime. Une vieille dame s’est assise près de moi et la conversation s’est engagée rapidement.
Pour elle, ce sera un Noël sans mari – il est mort il y a quelques années – et sans enfants et petits-enfants, mesure de précaution imposée par sa fille aînée. Alors, elle a envie de se souvenir de bons moments et c’est en pensant à son mari qu’ils reviennent – un mari qui aimait rire, danser, plaisanter – « Avec lui, c’était la joie ; même quand c’était difficile, il me faisait rire et j’aimais ça. » Il blaguait beaucoup et, quand elle riait, ça énervait sa fille aînée, « comme si elle ne savait pas rire ! »
Elle avait oublié les blagues, elle se souvenait seulement des rires partagés, de cet homme sans qui elle n’aurait pas été aussi heureuse.
Elle a conclu en me disant que ça lui avait fait du bien de raconter tout cela à quelqu’un qui l’écoutait, sur un banc, au soleil. Et cela m’a rendue très heureuse de la voir rire encore et s’émerveiller. J’ai été très émue quand elle a ajouté, avant de partir : « Il me manque encore, vous savez ! »
Je garde dans mon cœur cette rencontre comme un cadeau précieux et une invitation à cultiver en moi ces espaces de disponibilité gratuite permettant à la vie fraternelle de se déployer – pas seulement sur les bancs publics.
Lorsque je regarde Jésus dans l’évangile, je crois que c’est cette disponibilité intérieure qui lui permettait de voir les personnes, parfois au milieu d’une foule, et de créer la relation.
Marie
