« Entre la foi et l’incrédulité, un souffle,
Entre la certitude et le doute, un souffle.
Sois joyeux dans ce souffle présent où tu vis.
Car la vie elle-même est dans le souffle qui passe »Omar KHAYYAM, poète persan du 11e siècle, dans Quatrains
Rencontres, présence de l’été, des vraies joies, des vraies tristesses, la vie qui va, la fragilité partagée de l’un qui assume sa vie qui se termine, la vulnérabilité préoccupante de l’une qui brûle son être en addictions fascinantes, l’éveil d’un autre qui entraperçoit la vitalité généreuse de la fraternité, la joie des découvertes confiantes, le rire des enfants, la vie qui va. Le vivable et l’invivable.
A des moments, lorsque je bute le souffle court, je dis silencieusement : « Ne crains pas, crois ! ». Une forme de prière du cœur qui engage ma vie de baptisée en confiance en la promesse d’un Souffle. La brise légère de Dieu qui est à l’intime de chaque vivant, le Souffle du Verbe.
C’est alors que le Souffle intervient, comme un don : celui d’être toujours en mouvement, non seulement physiquement, émotionnellement, mais intellectuellement, dans la réflexion, la pensée. Le Souffle nous aide à ne pas rester à la surface des choses, à prendre des chemins insoupçonnés pour l’approfondissement de la Parole.
Le Souffle, comme une force intérieure qui dynamise et nous entraîne femmes et hommes à la suite les uns des autres, parfois dans des débats contradictoires si déroutants, fécondité possible de la pluralité des existences.
Le Souffle, pour nous garder chacun dans un esprit d’ouverture, pour chercher à comprendre, sans juger, pour respecter les expressions multiples sans jeter d’anathème, parce que tout le monde n’en est pas au même point, parce que personne n’a le même parcours de vie, ni les mêmes expériences de foi.
Ce Souffle, pour nous ouvrir les uns et les autres au dialogue avec les parcours spirituels autres que le christianisme, pour nous mener les uns et les autres à dialoguer. Ce Souffle peut faire découvrir aux uns comme aux autres les possibles réels de ce dialogue, le bonheur de comprendre et d’approfondir ses propres spécificités, d’apprendre à mieux se connaître et, pourquoi pas, idéalement, d’aboutir à une fraternité réciproque.
Une tradition spirituelle autre que la nôtre, peut dire quelque chose de proche, ainsi la citation d’introduction empruntée au poète persan.
Nous sommes appelés à vivre de la promesse d’un Souffle, parfois ténu, qui parle de la présence souvent surprenante de Dieu. Dans notre vie quotidienne, vivre de la promesse de ce Souffle… Accueillir une rencontre impromptue, repérer comment est renouvelé ce qui était devenu habituel, comment est dérangé ce qui était ancré, observer comment est relancé ce qui était stoppé.
Vivre de la promesse de ce Souffle, c’est encore, en toutes circonstances et contre toute attente, alors qu’on se sentait seul-e et impuissant-e, faire l’expérience de garder vives la foi, la patience, l’espérance, la confiance et s’apercevoir que l’amour ne vient pas de nous, qu’il est donné. Vivre et apprivoiser l’invisible.
Cheminer avec cette grâce invisible, qui se livre à travers la parole, à travers quelques signes ordinaires comme un geste d’hospitalité, un repas partagé, une discussion qui nous fait sortir de soi, une rencontre qui nous apaise. Vivre de la promesse de ce Souffle avec une écoute attentive et attentionnée, une attitude toute simple dans le quotidien de notre vie, en conciliant toutes les forces qui nous habitent, les mauvaises comme les bonnes, pour devenir exactement qui nous sommes. Le Souffle se mêle à nos paroles et poursuit sa route.
Toi, Seigneur,
Ne retiens pas loin de moi ta tendresse !
Que ton amour et ta vérité sans cesse me guident !
Psaume 39
Geneviève
