Le pari de l’espérance ?

Le pari de l’espérance ?

Dans le fini de nos vies s’ouvre l’infini.

L’espérance comme une expérience universelle, liée à la vie même. Tout être humain peut la vivre ; ce qui est vécu – éprouvé – partagé est si difficile à mettre en mots. Chaque démarche est spécifique, avec des résonances possibles – se garder de comparer. Comment rendre compte de mon expérience de l’espérance, de ce que j’en vis avec d’autres ?

Ni raisonnement, ni objet ni contenu à décrire, l’espérance est imprévisible, comme un pas de côté. Elle donne de prendre en compte le temps et  la vie qui vient avec la confiance en une ouverture. Dans le fini de nos vies s’ouvre l’infini. C’est le premier pas qui ouvre l’inconnu, je ne sais pas où ni comment je vais soutenir Z. dans le désarroi qui l’étouffe mais c’est en tentant des petites choses minuscules que nous découvrirons ensemble et avec d’autres que oui c’est possible d’oser regarder la vie qui vient. La Bible me parle de cette alliance pour traverser la mer. Je connais – nous connaissons femmes et hommes qui affrontent la traversée sans entendre cette promesse d’alliance. L’espérance est imprévisible, elle se tient dans l’ouverture des possibles, dans cette sensibilité à l’avènement de l’infini dans le fini. 

La foi en Christ Vivant vient dire en moi la source de l’espérance. Sans crispation volontariste, elle crée l’énergie pour imaginer autrement; elle n’est pas une illusion, elle n’est pas une idéologie, elle me donne, elle nous donne un regard différent sur le réel. Le pas de côté. Comme une levée du jour, elle se tient du côté d’une éclosion à l’intime, elle éclaire l’empêtrement – les nœuds – l’obscur et permet de dire oui à faire un pas autrement. L’espérance se donne à nous comme une puissance de libération, de décloisonnement, sans assurance de résultat, avec légèreté, sans bruit. Elle nous ouvre à de nouvelles compréhensions.

Fragilité de l’espérance. La trace concrète, tangible, en est dans les gestes de bonté, d’attention, de chemin de pardon, d’amour, de respect du temps de l’autre, de résistance au mal, d’engagement au quotidien.

Qu’est ce qui naît de mon espérance ? Elle m’implique dans la relation à autrui.

Patience douce et respect du temps de l’autre avec humour et confiance, l’espérance tisse la création du quotidien de la vie conjuguale, familiale et développe leur ouverture.

Associations, communautés peuvent naître de l’espérance, de ce désir de la vie. Je vis, je tiens l’espérance partagée dans notre aventure collective en l’association privée de fidèles de la Pierre Roulée, dont nous connaissons les fondements, les chemins de conversion, le sillon spirituel, l’unité dans la diversité de nos tempéraments – de nos préoccupations – de nos dons – de nos vies, l’ancrage ecclésial. Je croise avec intérêt vif et attention aigüe d’autres témoignages tissant une existence à la suite du Christ aujourd’hui, une dynamique de relations, des solidarités. Je relève aujourd’hui avec vous, au fil de mes lectures et de quelques rencontres, des lignes de force, des attitudes: prendre soin de la vie, partager le repas, prier ensemble et lire la parole de Dieu, connaître et s’impliquer dans la vie locale, faire appel à des médiations inspirées de la non violence lors des divergences et conflits. Je reprends les piliers écrits par C. Pedotti et A. Soupa : choisir Jésus, redevenir nomades, affirmer la dignité de l’être humain, laisser Dieu nous échapper, chérir la liberté, faire face au mal, aimer l’avenir. Il ne s’agit pas de faire un inventaire, plutôt d’ouvrir les oreilles à la créativité dans l’incertitude et de  débattre, de s’engager femmes et hommes dans une œuvre de paroles avec des mots pour aujourd’hui, de contribuer à la « spiritualité des lisières (Jean Lavoué) » .

Ce qui nous lie et nous rend libres est le souffle de l’Esprit. Cet Esprit créatif nous élargit, nous pousse, je l’espère, à créer avec d’autres des formes écclésiales inventives qui nous rapprochent de manière concrète de la vie en communion. Espérance, espace vaste, dimension relationnelle.

« Dieu est le poète du monde qu’il dirige avec une tendre patience par sa vision de vérité, de beauté et de bonté. »

Alfred North Whitehead (Procès et réalité)

Le poème est le Verbe de Dieu. Il est à l’oeuvre en nous, entre nous. Accueil et réciprocité.

Geneviève     10 novembre 2022

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