La foi de Marthe (Jean 11 17-27)

La foi de Marthe (Jean 11 17-27)

Les sœurs de Lazare envoient chercher Jésus. Elles lui demandent seulement de venir. Il lui faudra du temps pour venir. Lazare meurt.

La part lumineuse de Marthe nous est offerte. Dans le contexte rude de la mort de son frère Lazare, elle témoigne de sa foi. Marthe fait le lien entre la foi juive qui est la sienne, et ce qui deviendra la foi chrétienne développée par les paroles de Jésus. Elle dit qui est Dieu pour elle : il est celui qui ressuscite les morts à la fin des temps. Elle pressent qu’il y a quelque chose d’autre, une nouveauté, à laquelle elle est en train de s’ouvrir. Nous sommes témoins de sa foi sous tension. La tension entre une résurrection dans l’au-delà confessée par Marthe : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour », et une résurrection ici-bas, pour aujourd’hui, qui commence dans la foi par la rencontre avec Jésus-Christ.  « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra : quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. ». C’est la tension que je connais bien entre ce que je vis, et ce que je crois.

Le Christ continue d’être auprès de nous, aujourd’hui, grâce aux femmes et aux hommes qui relaient sa Parole par l’amour de leur prochain. Dans ma prière, seule ou avec d’autres, je demande au Christ de venir auprès de nous. Ce récit nous dit qu’il ne nous abandonnera pas. Il viendra, il pleurera, il nous dira quoi faire, il agira lui aussi… et nous ressusciterons. Le « faire confiance » essentiel proposé par Jésus comme chemin de résurrection est cette demande en humilité de nous relever, de nous entraîner à ouvrir des chemins de vie.

« Crois-tu cela ? » demande Jésus à son amie Marthe. J’aime cette question de Jésus. Elle ne pose pas la foi comme une évidence. Elle laisse chacune, chacun, se déterminer, en toute liberté, sans emprise. La question de Jésus attend une réponse à rechercher en soi.  Chaque homme de par le monde peut donner une réponse, comme ne pas la donner. Dans cet espace se déploie notre liberté.

« Enlevez la pierre » dit plus tard Jésus. Ils hésitent : « Seigneur, il sent déjà ». Il faut aller au fond des choses. Le Christ nous y aide, avec cette confiance en l’amour qui ne se lasse pas, ne se décourage pas.  Nous n’avons plus à avoir peur de laisser sa lumière entrer dans nos tombeaux. Ce sont justement nos parts d’ombres qui ont besoin de sa lumière.

« Seigneur, viens et vois ! ». Il s’approche du tombeau ouvert, il appelle son ami, Lazare sort au jour. Accompagnés par le Christ, ensemble, nous « verrons la gloire de Dieu ».

Je lis là une descente aux abîmes grâce au Christ, une descente au cœur du lieu où séjourne en nous la mort. Si Jésus peut y aller, c’est parce qu’il est appelé par les proches de Lazare, et ce sont eux qui roulent la pierre (ce n’est pas Lazare qui pouvait faire ces deux choses), rôle primordial de qui se fait proche. Parfois, il est possible de vivre une relation directe avec le Christ, comme Marthe qui commence à ressusciter dans sa démarche solitaire vers Jésus, dans un dialogue intime avec lui. Parfois on ne peut s’en sortir seul. Nous avons alors besoin d’autres pour qu’ils amènent le Christ à notre porte, pour qu’ils enlèvent les lourdes pierres qui font obstacle entre lui et nous, et les fines bandelettes qui nous empêchent d’avancer.

Proposer, inviter en des espaces ouverts, pour accueillir et apporter interrogations, doutes, vides sur un tempo viable pour tout état de vie.  Découvrir ensemble au cœur même des épreuves et des déceptions, découvrir face aux réalités qui peuvent devenir obstacle à la foi, une écoute qui est et sera présence, accompagnement, signe fraternel de l’amour du Christ. De tels espaces existent, de nouveaux espaces s’inventeront.

Geneviève, 2 février 2024

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