Auteur : La Pierre Roulée

Donner prise

Donner prise

J’ai toujours en tête cette parole d’Éric-Emmanuel Schmitt dans « Le Visiteur » : « S’il n’y avait ta faiblesse, par où pourrais-je entrer ? »

Aujourd’hui, elle fait écho à une parole de Jésus dans l’évangile de Jean (Jn 8, 37) avec différentes traductions : « Ma parole ne trouve pas sa place en vous » ; « Ma parole ne pénètre pas en vous » ; « Ma parole n’a pas de prise sur vous. »

Toutes ces paroles nous disent que, sans une ouverture en nous, sans une faille, une blessure, rien ne nous altèrerait, au double sens de modifier, transformer et d’augmenter notre soif – qui peut être une soif de vivre, d’accueillir l’autre, en nous et en l’autre que nous – altérité.

J’ai longtemps redouté de laisser voir mes failles, mes blessures, les « trous » dans ma vie – peut-être par peur de « donner prise » sur moi. Et pourtant, « donner prise », c’est accepter de s’ouvrir à l’Autre/à la Parole/à la Présence et aux autres, de les laisser nous rejoindre, nous connaître, nous aimer, nous transformer et avoir place en nous.

J’ai aimé les rapprochements faits par Adrien Candiard dans « Quand tu étais sous le figuier… » entre Adam, Jacob et Jésus :

La blessure au côté d’Adam (Gn 2, 21-22) est l’ouverture par laquelle l’autre peut entrer – « … dans son sommeil, Dieu enlève un morceau de lui (la fameuse côte qui est en fait un bien plus mystérieux ‘côté’). A l’arrivée, Adam n’est plus seul, il a Eve avec lui ; il n’est plus complet non plus, il lui manque un morceau de lui-même. Il ne se suffit plus… le bonheur est dans la relation. »

La blessure au côté de Jacob, à la hanche, au gué du Yabboq (Gn 32, 26) est l’ouverture par laquelle l’Autre qui se bat avec lui peut entrer : « Jacob combat pour que soit vaincue sa suffisance… au prix d’une blessure à la hanche, car il faut bien que Dieu passe quelque part, et qu’il lui faut toujours une fêlure ou une blessure en nous pour entrer. » Mais l’autre aussi trouvera place puisque la réconciliation avec son frère Esaü sera possible.

La blessure au côté du Christ en croix (Jn 19, 34) est l’ouverture par laquelle Dieu se rend vulnérable à nous : « C’est du côté ouvert du Christ en croix que coulent pour nous, en continu, l’eau et le sang qui nous font vivre. » C’est pour cela que nous pouvons accueillir cette parole d’Isaïe (Is 53, 5) : « c’est par ses blessures que nous sommes guéris » comme une heureuse nouvelle.

Marie, 11 avril 2019

« Je t’ai amené mon fils… »

« Je t’ai amené mon fils… »

Le verset biblique « que j’ai à l’oreille » en ce moment est une petite phrase de l’Evangile de Marc que nous avons lu le lundi 25 février 2019 :

« En ce temps-là, quelqu’un dans la foule s’adresse à Jésus, qui redescend de la montagne avec trois de ses disciples, et il lui dit : « Maître, je t’ai amené mon fils, il est possédé par un esprit qui le rend muet »

Marc 9, 14-29

« Maître je t’ai amené mon fils » : ce verset est resté dans mon oreille. Un peu après Jésus dit : « Amenez le moi », puis l’évangéliste Marc précise : « On le lui amena ».

Ces quelques mots : « amener un être cher à Jésus », je vais vous dire le chemin qu’ils ont fait en moi, comment ils sont venus me rejoindre et me toucher.

La veille, le dimanche matin, j’avais appris la mort accidentelle en montagne de D., et j’ai eu beaucoup d’émotion. L’après-midi, en lien ou non avec cette nouvelle, je ne sais, j’ai relu une page de Dietrich Bonhoeffer sur la prière d’intercession :

« … l’intercession n’est rien d’autre que l’acte par lequel nous présentons à Dieu notre frère en cherchant à le voir sous la croix du Christ, comme un homme pauvre et pécheur qui a besoin de sa grâce. Dans cette perspective, (…) je le vois dans toute son indigence, dans toute sa détresse, et sa misère et son péché me pèsent comme s’ils étaient miens, de sorte que je ne puis plus rien faire d’autre que prier : Seigneur agis toi-même sur lui, selon Ta sévérité et Ta bonté. »

Sans doute cette lecture a-t-elle influencé mon écoute de la Parole, le lendemain.

A la fin de ce récit, Jésus précise : « Cette maladie ne peut se guérir que par la prière ». Alors, cette parole : « Seigneur je t’ai amené mon fils » m’a parlé de la prière. Et cette page de l’Evangile de Marc m’a décrit la prière de tous ceux qui amènent leurs proches à Jésus et lui parlent d’eux, en ce temps-là et en ce temps-ci, particulièrement ceux qui sont malades et ceux qui peinent pour vivre.

Ce lundi, à la prière, la parole : «Amenez-le moi » m’a appelée à amener, en la nommant, cette amie proche qui est malade, et avec laquelle je chemine.

Nous avons amené aussi à Jésus, en les nommant, le mari et le fils de D., dans l’espérance qu’il les relève.

Le mardi nous avons reçu une lettre de G. nous annonçant un diagnostic sévère pour l’un de ses proches. J’ai reçu cette nouvelle avec cette parole à mon oreille : « Amène-les moi ».

Dans ce même récit ,Jésus pose des questions de précision au père de l’enfant : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? ». Ce dialogue d’une grande précision entre les deux hommes m’a fait penser aux dialogues que j’ai pu avoir avec des proches de cette amie, dialogues concrets et précis pour être au plus juste d’une présence.

J’ai éprouvé ainsi qu’il y a un lien entre « amener des gens à Jésus » dans la prière,et être en proximité avec eux. Presque comme si c’était une même démarche : les amener à Jésus, lui parler d’eux de façon précise, et m’approcher d’eux dans un échange et un dialogue dont la précision permet d’être au plus juste ensemble, et ainsi pouvoir faire le pas suivant.

La précision de l’intercession, c’est aussi ce qui est décrit dans ce récit et ce à quoi il m’appelle.

Mes mots sont un peu maladroits… Peut-être que je cherche à vous dire quelque chose du lien entre la prière et la vie, sa fécondité.

La fécondité de la prière, je l’entends aussi à la fin de ce récit quand « Jésus, saisissant la main de l’enfant, le releva et il se mit debout ».

Encore Dietrich Bonhoeffer :

« Nous voyons aussi que l’intercession est, non pas une chose générale, vague, mais un acte absolument concret. Il s’agit de prier pour telles personnes, telles difficultés, et plus l’intercession est précise, et plus aussi elle est féconde ».

Dietrich Bonhoeffer, De la vie communautaire, Ed : Delachaux et Niestlé, collection « L’actualité protestante », 1947, p. 85 – 87.

Chantal
17 mars 2019

Etre témoin d’un éclat d’Evangile

Etre témoin d’un éclat d’Evangile

Helena, dans sa chambre d’hôpital, écrit des poèmes, des textes.

Elle me demande de les lire pour les commenter, éclater de rire et parfois pleurer…

Voici le dernier :

« Si vous saviez comme je pleure

Tout au fond de mon cœur.

Je suis dans une prison

Sans porte ni chanson.

Le présent est triste et vide

L’avenir sans porte et sans guide. »

Elle me dit qu’elle ne veut pas venir à l’aumônerie car « Dieu m’a abandonné ! »

Je lui dis que je ne crois pas qu’il l’ait abandonné.

Elle me regarde et avec un petit sourire elle me dit : « C’est vrai puisque vous venez me voir ! »

Etre témoin d’un éclat d’Evangile = une lumière dans la nuit,

quand une petite ou une grosse pierre se roule doucement

au coeur de la rencontre ! Rendre grâce !

P.C

Du tombeau vide à Noël

Du tombeau vide à Noël

Je me suis posée cette question :

« Comment intériorise-tu le mystère de Noël ? »

Le prêtre qui prêchait dans la paroisse où je me trouvais a cité Marion Muller-Collard :

« Noël, c’est l’affirmation que Dieu désire venir se blottir dans nos bras … ».

Et il a poursuivi sur l’axe : accueillir que Dieu nous fait confiance, malgré tout. Malgré toutes les raisons qui s’y opposent, qui font que cette confiance peut être vue comme une folie, voire même, diront les plus sceptiques, une grossière erreur de jugement !

De fil en aiguille, j’en suis venue à garder : Noël, c’est Dieu qui se donne et qui se confie à l’homme. Se donner et se confier, c’est une autre façon d’entendre une réciprocité d’amour qui nous parle de Vie et nous l’apporte.

Dans notre vie d’hommes et de femmes, « se confier » ne dit pas tout à fait la même chose que « se donner ». Nous percevons bien que l’un ne va pas sans l’autre dans la vérité de l’amour. Ces deux verbes s’équilibrent, s’appellent l’un l’autre. Mais il peut arriver que l’un perde l’autre : lorsque, par exemple, nous pensons pouvoir durablement donner de nous-mêmes sans avoir nul besoin de nous confier, de nous accueillir tel que nous sommes sous le regard bienveillant d’un autre. L’inverse est également possible lorsque « se confier » tourne en boucle sur la recherche éperdue de nous-même qui ne se (re)trouverait qu’à se donner mais qui, présentement, est accaparé par un souci autocentré, autoréférencé.

Dans les deux cas, la confiance manque !

C’est elle qui permet d’accueillir la part non sublime et parfois bien sombre de nous-mêmes ; plus banalement, la part de lassitude et de fatigue qui en alourdissant le corps, appesantit le cœur et l’esprit, et inversement.

La confiance permet de nous recevoir, à nouveau, de la parole échangée et écoutée, de nous recevoir plus humble parce que nous aurons pu déposer notre souveraineté et plus vigoureux parce que nous aurons pu partager les joies et les peines.

En nos cœurs, si la confiance s’apparente au refus de condamner sans appel tous nos manques, si elle est un « non » dressé aux sirènes du désespoir, elle aussi un « oui » discrètement et définitivement ouvert, un chemin de lumière qui donne de croire, malgré tout, en nos capacités d’amour, de création, de libération d’énergies nouvelles. En somme, la confiance apprend à aimer ‘en vrai’ dans le concret de notre condition d’hommes et femmes, limitée et ambiguë.

Avec cet enfant nommé Jésus, accueillir Dieu qui se donne et se confie,
C’est pour moi recevoir, à nouveau,
Dieu qui est RELATION
Désireux de réciprocité
Par la voie de la confiance
Librement offerte,
Jamais reprise,
Qui DONNE confiance.

C’est m’appuyer sur ce mystère de vie et d’amour
Pour apprendre à me confier, et à me donner.

L’Aujourd’hui de Dieu se laisse reconnaître dans la confiance qui donne la confiance. Tel l’amour que nul ne « possède » mais qui s’échange entre les personnes et les agrandit chacune !

Laure

La vertu d’humilité

La vertu d’humilité

 

En Luc 14, 7-11, Jésus raconte une parabole…

« Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place ». Quand viendra celui qui t’a invité, il te dira « Mon ami avance plus haut »

J’en ai tiré ce matin quelques lignes sur la vertu d’humilité que je vous partage.

L’humilité est une disposition de modestie, mais elle n’est pas une mésestime de soi-même.

L’humilité est une vertu parce qu’elle laisse – et même sauvegarde – du creux au fond de soi-même ; il y a, au cœur de l’humilité, l’espace possible pour entendre un appel à « monter plus haut » sans pour autant la perdre.

L’humilité est tout le contraire d’une condamnation à être fixé en un lieu, en un état, en un préjugé que l’on porte au sujet de soi-même.

L’humilité n’est pas de rester à la dernière place mais de rester ajusté à soi-même : avec du manque qu’on ne peut combler seul, avec des défauts lents à corriger, mais aussi avec une capacité de réponse à un appel qui invite à sortir de soi, de sa position confortable, à risquer de s’avancer vers, à prendre des responsabilités. En somme, qui invite à être présent aux événements et aux personnes, avec tout soi-même, avec tout ce que l’on peut personnellement.

Il me vient que l’humilité est une force ascensionnelle.

On entend parfois : « Il/elle a trop d’humilité pour se mettre en avant » et l’on en déduit parfois que celui ou celle qui est rempli d’humilité ne sera jamais devant. Parallèlement, lorsque nous avons des chefs qui sont reconnus comme étant « humains », ce n’est souvent pas délié du fait qu’ils ont une bonne dose d’humilité.

Que peut donc signifier l’idée que l’humilité est une force ascensionnelle ?

Elle fait grandir l’humain en nous.

L’humilité est l’humus dans lequel germe et croît la graine d’humanité faite pour entrer en sympathie avec Dieu, révélé en Jésus.

Jésus dit à chacun : « Mon ami, avance plus haut ! »

N’aie pas peur, crois seulement !

Surgit aussi à ma mémoire le Cantique des Cantiques : « Viens ma toute belle ! »

Quand le creux de l’humilité accueille le désir de Dieu, cette humilité devient une force qui soulève

Le poids de nos imperfections, de nos doutes, de nos manques à aimer, ne pèse plus soudain.

Une force les traverse, une force légère s’élève vers Celui qui appelle pour le connaître et être connu plus intimement.

Que vive l’humilité en nous, entre nous, et dans chacune de nos relations !

Bonne journée à vous !

Laure

Simple rouleur de pierre

Simple rouleur de pierre

Ce dimanche s’annonçait comme un beau dimanche spirituel. Temps de retrouvailles et de récollection. Méditation de la Parole de Dieu. Partage fraternel. Célébration de l’Eucharistie où Celui qui est Source se donnerait dans le Pain de Vie. Il ne resterait plus ensuite qu’à regagner son chez soi et profiter des dernières heures du jour pour s’informer, se cultiver et se reposer…

Mais voilà. En ce siècle de technologies virtuelles et multiples, le téléphone vous porte instantanément informations, messages et appels. Ce fut donc le cas au milieu de ce dimanche automnal. Qui se retrouvait aux urgences à soutenir son mari bien mal en point et confiait fatigue et inquiétude aux prières de l’ami. Telle faisait savoir qu’en son service hospitalier une patiente serait bienheureuse de recevoir une visite et la communion.

Il y avait là un simple appel à vivre le sacrement du frère et il ne restait plus qu’à bousculer quelque peu le programme initial prévu, pourtant bien confortable et agréable, puisqu’il n’y avait aucune raison à remettre à demain ce qui pouvait être vécu aujourd’hui et dont il n’échappait à personne que cet aujourd’hui était Jour de Résurrection.

Porter la communion, c’est rendre présent d’une manière toute sacramentelle Celui qui est Chemin, Vérité et Vie. C’est permettre de faire Eglise pour et avec une personne confrontée à la solitude de la chambre d’hôpital. C’est honorer le « prendre soin » d’une cadre de santé, attentive aux signes de croyance d’une personne avec qui un échange de paroles a permis de percevoir et connaître l’attente. C’est favoriser l’Echange mystérieux entre l’Aimé et l’Aimant.

Il en fut ainsi. La chambre se transforma en Tente de la Rencontre. Mais ce qui ne devait être que simple passage se transforma en longue pause et en chemin d’Emmaüs. Deux personnes, jusqu’alors en méconnaissance l’une de l’autre, se mirent à relire la vie écoulée, faites d’ombres et de lumières, de désirs et de revers, de rires et de larmes. Les chemins se croisaient et s’entrecroisaient. Mont des Béatitudes, grotte de Bethléem, jardin des Oliviers, Golgotha et Tombeau n’étaient pas loin. Des mots jaillissaient, du sens était donné, de la vie émergeait, de la paix se formait.

Lentement, la Pierre du Tombeau était roulée. La Lumière pouvait y pénétrer. La Vie pouvait y circuler.

Bientôt la famille y déposera l’Aimé pacifié.

Bientôt l’Aimant y accueillera l’Aimé pour le sortir des profondeurs de la mort et le mener à la Demeure du Père de toute humanité.

Il était temps pour le rouleur de pierre de s’en aller sans plus déranger.

Vincent Feroldi
2 octobre 2018

Être Marthe ou Marie : faut-il choisir ?

Être Marthe ou Marie : faut-il choisir ?

J’étais bien décidée à être Marie auprès de mon père pendant ces quelques jours passés en Dordogne : l’écouter, lire ce qu’il me demandait de lire et en parler avec lui… Etre disponible.

Mais il y a tant de choses à faire dans une maison avec jardin, tant de choses à faire en automne quand les pommes tombent et pourrissent si on ne les ramasse pas, si on ne les trie pas pour en faire de la compote…

Et ces « mauvaises » herbes qui n’en finissent pas de pousser malgré la sécheresse…

Et faire, c’est en fait toujours plus facile qu’être : être simplement là, à écouter, sans penser à tout ce qui est à faire.

La « pleine présence », simplement parce qu’il est bon d’être là auprès d’un vieil homme qui est son père, surtout lorsque le grand âge limite l’espérance de vie… Pas si facile dans la durée.

La « pleine présence » – à défaut de la vivre en étant toujours disponible auprès de mon père -, j’ai essayé de la vivre aussi en pelant les pommes, en désherbant les plates-bandes ou en marchant.

Peine perdue ! Mon imagination finissait toujours par dominer et m’entraîner là où je ne voulais pas aller et je n’étais plus présente à ce que je faisais.

Alors, j’ai convoqué telle ou tel, en pensant que c’était pour elle ou lui que je préparais la compote, que c’était pour elle ou lui que je soignais le jardin ou que je marchais. Ce n’était plus la tâche qui m’accaparait ou l’imagination qui me dissipait, mais la personne à aimer qui m’habitait.

C’est finalement dans une relation aimante qu’il est possible d’être Marie tout en étant pleinement à sa tâche. C’est la relation qui nous fait vivre, comme une source à désencombrer souvent mais qui, sans cesse, nous appelle à être là, à ne pas la négliger.

Il y a sans doute un temps pour être Marthe et un temps pour être Marie, en sachant que, quoi qu’on fasse, c’est dans la relation que l’on puise ce qui nous fait vivre.

Marie
Octobre 2018

Ouvre-toi !

Ouvre-toi !

 

Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit « Effata ! »,
c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! ».

Marc 7, 34

Ouvre-toi !
A travers cette figure du sourd qui a aussi de la difficulté à parler et de sa rencontre avec Jésus qui le recrée nouveau, je pense à moi, à nous, à chaque vie baptismale. Je pense aussi à la spiritualité de la Pierre roulée.

« Ouvre-toi » dit Jésus à cet homme, les yeux levés au ciel.
Ouvre-toi à la Vie profonde qui coule en toi et te relie à cette part de « ciel » en toi !
Ouvre-toi au monde qui t’entoure et attend de toi ce que nul autre ne peut lui donner pareillement !
Ouvre-toi pour que la Source qui coule en toi soit disponible aux autres !
Ouvre-toi pour que la Source qui coule en chacun de ceux que tu rencontres, tu la reçoives avec gratitude !

Nous avons fondamentalement besoin de nous ouvrir
au mystère de la vie divine en nous,
au mystère de la relation qui nous fait devenir qui nous sommes, de manière à en approfondir le chemin, jour après jour !

« Ouvre-toi », telle une parole d’engendrement que nous recevons d’un autre.
Le Tout-Autre qui s’est fait le Tout-proche nous prend chacun, à l’heure favorable, à l’écart, pour la murmurer à notre oreille. Il nous envoie inlassablement ses messagers.

« Ouvre-toi »…

… telle une parole toujours neuve qui fait son œuvre quand l’oreille écoute à nouveau.
… telle une parole Fondement : aux heures de fragilité, de doute et de brouillard, creuser l’écoute pour la retrouver plus solide qu’avant.

Ouvre-toi, non pour être « ouvert à tous les vents ». Mais pour guetter la brise légère qui envoie vers des frères et de vastes horizons. Quand les oreilles s’ouvrent à la confiance d’un Amour qui aime réellement, la langue se délie. Nous parlons à mesure que nous nous découvrons aimés et apportons foi à cette révélation ! Parler de telle sorte que la parole ouvre, accueille le point de vue différent, laisse de l’espace pour que l’autre parle à son tour.

Je pense à cette phrase célèbre de Saint Irénée : «La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant».
On pourrait dire aujourd’hui : « La Gloire de Dieu, c’est l’homme ouvert »…
Ouvert au trésor intérieur qu’il est lui-même, ouvert dans son écoute et sa parole,
ouvert aux autres, collaborant avec eux à tisser de la vie reliée, capable d’inventivité pour répondre aux défis contemporains ; ouvert à « Dieu » qu’il ne possède pas, qui est Quelqu’un que nul n’enfermera.

Seule certitude, la relation avec Lui nous est intimement ouverte.

La Pierre est roulée, le Vivant nous attend sur nos chemins ordinaires pour nous ouvrir à sa Présence et ouvrir avec lui des chemins des vie !

Laure

« La louange est la politesse de la foi »

« La louange est la politesse de la foi »

Cette phrase, Antoine Nouis l’a écrite dans son livre Moïse après avoir rappelé les paroles du cantique de louange entonné par Moïse après la traversée de la mer des Joncs.

J’ai aimé cette parole et elle m’habite. Commencer la journée par un psaume ou un hymne de louange, c’est être dans une attitude d’accueil et dire merci pour la nouvelle journée qui s’offre à nous. Quel que soit ce que nous aurons à vivre, elle nous est donnée et, comme tout don, il nous ouvre à l’action de grâce.

J’aime commencer la journée avec le psaume 66 et le refrain des moines de Tamié :

« A Toi, Dieu, la louange des peuples, la louange des peuples unanimes ! »

Il crée en moi une ouverture, un accueil inconditionnel du jour qui commence. En le chantant, je m’associe à la louange des peuples.

« Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,

que Ton visage s’illumine pour nous… »

La bénédiction reçue de Dieu suscite notre louange. C’est un don gracieux et j’accueille la gratitude de ce don comme une invitation à vivre la même gratuité tout au long du jour – « témoin de la gratuité de ton amour pour tous ».

Je sais qu’au cours de la journée j’aurai besoin de redire ce psaume de louange pour ne pas oublier que « la louange est la politesse de la foi ».

Marie

Le pèlerinage ou comment se rapprocher de Dieu

Le pèlerinage ou comment se rapprocher de Dieu

Quand j’entends le mot « pèlerinage », me viennent immédiatement à l’esprit des images diverses et diversifiées. Il y a d’abord le pèlerinage diocésain à Lourdes, découvert dans les années 80 à travers l’accompagnement des enfants malades, auquel je me dois d’ajouter la multitude des pèlerinages mariaux : La Salette, Fatima, Fourvière, Notre-Dame-de-la-Garde… Puis ce sont les pèlerinages dans les hauts-lieux du christianisme, catholiques en particulier : Terre sainte, Rome, Assise, « sur les pas » de Saint-Paul ou de Charles de Foucauld, Chartres, Ars-sur-Formans…, avec un traitement tout particulier pour celui qui draine aujourd’hui des gens du monde entier et de toutes croyances : Saint Jacques de Compostelle. Enfin, je pense à ceux d’autres traditions comme celui de La Mecque (Arabie saoudite), cher au cœur des musulmans, ou de l’ile de Shikoku (Japon), propre au bouddhisme Shingon.

Le pèlerinage n’est donc pas propre à une religion. Certains lieux de pèlerinage sont même des « lieux partagés » comme l’a si bien rappelé l’exposition « Il était trois fois… Lieux saints partagés. L’exposition où se croisent trois religions » présentée à Marseille et Paris . Il en est ainsi en France, depuis 1954, du pèlerinage à la chapelle des Sept-Saints dans la commune du Vieux-Marché (Côtes-d’Armor) pour honorer la mémoire des Sept Dormants d’Éphèse.

Mais qu’est-ce un pèlerinage ? Le site de la Conférence des évêques de France le définit ainsi : « Démarche personnelle ou collective que font les fidèles vers un lieu saint pour des motivations religieuses et dans un esprit de foi ».

Le pèlerin chrétien s’inscrit en fait dans une longue tradition biblique où, à l’écoute de la Parole de Dieu, le croyant accepte de partir de chez lui, de se mettre en mouvement, d’aller de l’avant pour se rendre en un lieu où Dieu lui a donné rendez-vous pour le rencontrer .

Ainsi de la Terre Promise évoquée en Genèse 12, 1-3 :

« Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre ».

Il y a aussi la « Demeure » de Dieu, le « Tabernacle », la « Tente d’Assignation », la « Tente de la Rencontre », où est déposée l’Arche d’Alliance (Exode 26-27) et vers laquelle se rend le peuple hébreu.

Dans le Nouveau Testament, le pèlerinage le plus évoqué est celui qui mène au Temple de Jérusalem où Jésus rend pour la Pâque juive (Jean 2, 13, 5,1 et 12, 13s) avec, pour cette dernière référence, le rappel du nomadisme au désert marqué par la fête de Sukkôt – ou des Tentes, tel que la chante le Ps 117 (118) : rameaux en main, la foule s’approche dans la liesse, jusqu’aux « cornes de l’autel ».

Partir en pèlerinage passe donc par une mise en situation personnelle, seul ou avec d’autres. Celle-ci passe toujours par une attitude intérieure en harmonie avec la spiritualité du lieu visité. Recherchant le silence intérieur, le pèlerin fait taire en lui tout ce qui viendrait encombrer sa vie spirituelle. Il permet à Dieu de s’adresser à lui comme « le bruit d’une brise légère » (cf. 1 R 19).

La démarche de pèlerinage est aussi marquée par des signes et des rites spécifiques. Question signes, le pèlerin pourra avoir un vêtement particulier ou quelques objets singuliers. Ainsi lit-on cette bénédiction dans le Codex Calixtinus, manuscrit du XIIe siècle conservé à Compostelle : « Reçois cette besace, insigne de ton pèlerinage, afin que tu mérites de parvenir à la maison de saint Jacques où tu veux te rendre… Reçois ce bourdon, réconfort contre la fatigue de la marche dans la voie de ton pèlerinage, afin que tu puisses parvenir en toute tranquillité au sanctuaire de saint Jacques…». Il s’en retournera ensuite chez lui avec la fameuse coquille dont la forme rappelle celle de la main, et que les jacquets ramassent sur la grève pour la coudre à leur chapeau, en signe de leur pérégrination.

Quant aux rites, ils sont divers. A Lourdes, le pèlerin aura à cœur d’aller prier à la grotte où la Vierge Marie apparut à Sainte Bernadette, de participer en soirée à la procession à la lueur des cierges de dévotion et de se rendre aux piscines où il sera plongé dans l’eau glacée de la source miraculeuse pour obtenir, à défaut d’une guérison physique, une conversion du cœur et une purification de son être.

Tout cela montre bien que la visée du pèlerin chrétien est de vivre une transformation intérieure et une rencontre avec Dieu qui passe par la personne même du Christ.

N’est-ce pas ce que nous rappelle Grégoire de Nysse, théologien grec de la seconde moitié du IVe siècle, qui insistait sur l’importance qu’il y a pour le fidèle de « se porter en avant » car « de notre mobilité même, Dieu fait un associé de notre ascension, de notre course à la perfection. Perfection qui n’a d’autre limite que celle de n’en avoir pas » ?

En suivant le Christ, en se plaçant dans sa foulée, il se met en route vers Dieu. « Ainsi Moïse qui brûlait de voir la face de Dieu, apprend-il comment on voit Dieu : suivre Dieu partout où il mène, cela même c’est voir Dieu. Qui suit ne peut quitter le bon chemin tant qu’il voit le dos du guide. Qui, par contre, se transporte sur le côté ou se met face au guide, celui-là invente une route à son gré, non pas celle que lui indique son guide. C’est pour cela que Dieu dit à celui qui le suit : Tu ne verras pas ma face. Il veut dire : ne t’oppose pas à celui qui te conduit » (Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, II, 252-253).

Vincent Feroldi