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Samedi de silence – Samedi de vide

Samedi de silence – Samedi de vide

Nous avons traversé déjà un Samedi de vide. Temps du doute et de la mort. Deuil des êtres, des choses, du passé. Immobilisé(e)s par l’amertume, le ressentiment, le poids de la culpabilité, le découragement, le sentiment d’absurde, la lourdeur de notre humanité.

Combien ce temps a-t-il duré ?

Quelques heures, quelques jours ?

Des mois, voire des années pour celles et ceux qui ont traversé les plus lourdes épreuves.

Mais l’histoire, notre histoire, ne s’arrête pas à ce samedi.

La mort n’aura pas le dernier mot. Nous serons ressuscité(e)s.

Lorsque nous entendrons une parole de vie à laquelle nous accorderons du crédit, de la foi, alors nous serons ressuscité(e)s.

Lorsque nous cesserons de nous débattre avec la mort et que nous nous abandonnerons entre les mains de la vie, alors nous serons ressuscité(e)s.

Lorsque nous croirons la promesse qui nous est faite, que les textes bibliques charrient et tentent de communiquer, lorsque quelqu’un nous l’aura parlée,  quelqu’un ou un ami autour de la table d’un repas partagé, alors nous serons ressuscité(e)s.

Alors, ce sera Dimanche.

Ce sera la vie comme une eau donnée.

La vie aura retrouvé de la saveur, du sens, de la chaleur reçue et donnée.

Alors nous  vivrons pour ce à quoi nous avons été appelé(e)s, pour la joie et pour la vie partagée.  

L’Evangile nous renvoie à la vie contre toute attente.

Persévérer dans l’être. Vivre pour ce à quoi nous sommes appelés, pour la joie pascale, pour la vie partagée.

Le Christ continue d’être avec nous tous les jours, dans notre quotidien.

Christ est vivant !

Belle lumière pascale.

Geneviève

Temps d’Avent

Temps d’Avent

Le vert fait place au violet…

La pluie fait place à la neige…

Les feuilles mortes font place au froid vif…

L’ordinaire fait place à l’Avent…

Nous changeons d’année liturgique…

Un nouveau cycle s’inaugure…

Pourtant, cette année, la magie habituelle n’opère pas.

Partir à la recherche du carton aux décorations de Noël,

Sortir la crèche de son écrin de protection,

Commencer à réfléchir aux différents menus de fête,

M’apparaissent bien secondaires.

Ma tête est ailleurs…

Se protéger contre la pandémie toujours là,

Se faire vacciner contre la grippe,

Regarder attentivement les prix sur les étiquettes des produits,

Brancher la 26 pour connaître les dernières informations sur l’Ukraine,

Trembler à l’idée qu’un nouveau scandale touche mon Eglise,

Prendre des nouvelles du dernier ami touché par le cancer,

Accompagner le patient en fin de vie…

Voilà ce qui est devenu premier et essentiel.

Alors, si Avent rime pour moi avec conversion,

Cette année, préparation rime avec innovation.

Je me sens appelé

Non pas à reproduire ce que j’ai toujours fait en temps d’Avent,

Mais à creuser avec d’autres de nouveaux sillons.

Car l’heure est aux profonds changements.

J’ai donc bien envie de demander dans quelques semaines

Au p’tit enfant qui va naître

De me pousser à me délester sans crainte

De mes habits et habitudes d’antan

Pour me revêtir de la tenue du pèlerin,

Empruntant avec bien d’autres pèlerins

Le chemin de l’inattendu et de l’impensable

Qu’il aura eu la bonne idée de baliser lui-même

Puisqu’il a pris soin de se définir un jour

Comme le Chemin, la Vérité et la Vie.

Vincent Feroldi, 24 novembre 2022

Le pari de l’espérance ?

Le pari de l’espérance ?

Dans le fini de nos vies s’ouvre l’infini.

L’espérance comme une expérience universelle, liée à la vie même. Tout être humain peut la vivre ; ce qui est vécu – éprouvé – partagé est si difficile à mettre en mots. Chaque démarche est spécifique, avec des résonances possibles – se garder de comparer. Comment rendre compte de mon expérience de l’espérance, de ce que j’en vis avec d’autres ?

Ni raisonnement, ni objet ni contenu à décrire, l’espérance est imprévisible, comme un pas de côté. Elle donne de prendre en compte le temps et  la vie qui vient avec la confiance en une ouverture. Dans le fini de nos vies s’ouvre l’infini. C’est le premier pas qui ouvre l’inconnu, je ne sais pas où ni comment je vais soutenir Z. dans le désarroi qui l’étouffe mais c’est en tentant des petites choses minuscules que nous découvrirons ensemble et avec d’autres que oui c’est possible d’oser regarder la vie qui vient. La Bible me parle de cette alliance pour traverser la mer. Je connais – nous connaissons femmes et hommes qui affrontent la traversée sans entendre cette promesse d’alliance. L’espérance est imprévisible, elle se tient dans l’ouverture des possibles, dans cette sensibilité à l’avènement de l’infini dans le fini. 

La foi en Christ Vivant vient dire en moi la source de l’espérance. Sans crispation volontariste, elle crée l’énergie pour imaginer autrement; elle n’est pas une illusion, elle n’est pas une idéologie, elle me donne, elle nous donne un regard différent sur le réel. Le pas de côté. Comme une levée du jour, elle se tient du côté d’une éclosion à l’intime, elle éclaire l’empêtrement – les nœuds – l’obscur et permet de dire oui à faire un pas autrement. L’espérance se donne à nous comme une puissance de libération, de décloisonnement, sans assurance de résultat, avec légèreté, sans bruit. Elle nous ouvre à de nouvelles compréhensions.

Fragilité de l’espérance. La trace concrète, tangible, en est dans les gestes de bonté, d’attention, de chemin de pardon, d’amour, de respect du temps de l’autre, de résistance au mal, d’engagement au quotidien.

Qu’est ce qui naît de mon espérance ? Elle m’implique dans la relation à autrui.

Patience douce et respect du temps de l’autre avec humour et confiance, l’espérance tisse la création du quotidien de la vie conjuguale, familiale et développe leur ouverture.

Associations, communautés peuvent naître de l’espérance, de ce désir de la vie. Je vis, je tiens l’espérance partagée dans notre aventure collective en l’association privée de fidèles de la Pierre Roulée, dont nous connaissons les fondements, les chemins de conversion, le sillon spirituel, l’unité dans la diversité de nos tempéraments – de nos préoccupations – de nos dons – de nos vies, l’ancrage ecclésial. Je croise avec intérêt vif et attention aigüe d’autres témoignages tissant une existence à la suite du Christ aujourd’hui, une dynamique de relations, des solidarités. Je relève aujourd’hui avec vous, au fil de mes lectures et de quelques rencontres, des lignes de force, des attitudes: prendre soin de la vie, partager le repas, prier ensemble et lire la parole de Dieu, connaître et s’impliquer dans la vie locale, faire appel à des médiations inspirées de la non violence lors des divergences et conflits. Je reprends les piliers écrits par C. Pedotti et A. Soupa : choisir Jésus, redevenir nomades, affirmer la dignité de l’être humain, laisser Dieu nous échapper, chérir la liberté, faire face au mal, aimer l’avenir. Il ne s’agit pas de faire un inventaire, plutôt d’ouvrir les oreilles à la créativité dans l’incertitude et de  débattre, de s’engager femmes et hommes dans une œuvre de paroles avec des mots pour aujourd’hui, de contribuer à la « spiritualité des lisières (Jean Lavoué) » .

Ce qui nous lie et nous rend libres est le souffle de l’Esprit. Cet Esprit créatif nous élargit, nous pousse, je l’espère, à créer avec d’autres des formes écclésiales inventives qui nous rapprochent de manière concrète de la vie en communion. Espérance, espace vaste, dimension relationnelle.

« Dieu est le poète du monde qu’il dirige avec une tendre patience par sa vision de vérité, de beauté et de bonté. »

Alfred North Whitehead (Procès et réalité)

Le poème est le Verbe de Dieu. Il est à l’oeuvre en nous, entre nous. Accueil et réciprocité.

Geneviève     10 novembre 2022

Complies

Complies

Depuis le début de la pandémie de Covid, il y a deux ans, j’ai pris l’habitude de prier les complies le soir, à peu près à l’heure où nos amis des monastères que nous connaissons les chantent.

J’aime les hymnes que je connais par cœur ; j’ai eu plus de difficultés avec les psaumes, surtout celui du vendredi soir. Mais je les ai apprivoisés, je les ai faits miens en pensant à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, les vivent.

J’aime tout ce qu’ils expriment de la vie des hommes et des femmes, de ma vie aussi, joyeux ou plaintifs, dans la gratitude ou la désespérance.

J’aime lire à voix haute ceux qui expriment la louange :

   « Vous tous, bénissez le Seigneur…

      Levez les mains et bénissez le Seigneur. » (psaume 133)

Et j’aime particulièrement le psaume 30 du mercredi où je retrouve la joie de l’expérience personnelle souvent vécue et la spiritualité de La Pierre Roulée, celle de l’ouverture :

   « Ton amour me fait danser de joie…

      Devant moi, tu as ouvert un passage. 

      …  Mon cœur exulte, mon âme est en fête…

      Tu m’apprends le chemin de la vie,

      Devant ta face, débordement de joie. »

Il y a aussi de la supplication lorsque s’élève vers Dieu la plainte du psalmiste comme dans le psaume 85 :

   « Ecoute, Seigneur, réponds-moi,

      Car je suis pauvre et malheureux. »

Avec, dans le même psaume, cette confiance capable, au milieu de la déréliction, de rendre grâce à Dieu, de reconnaître son amour :

   « Je te rends grâce de tout mon cœur

      Il est grand, ton amour pour moi : tu m’as tiré de l’abîme des morts. »

Je ressens aussi certains soirs, l’urgence du psalmiste (psaume 142), de me tourner vers Dieu :

   « Seigneur, entends ma prière,

      Dans ta justice, écoute mes appels, Dans ta fidélité, réponds-moi.

      … Le souffle en moi s’épuise, mon cœur, au fond de moi, s’épouvante…

      Me voici devant toi comme une terre assoiffée. 

      Vite, réponds-moi, Seigneur, Je suis à bout de souffle ! »

Mais toujours cette confiance comme dans ce psaume 142 :

   « Fais que j’entende au matin ton amour, Car je compte sur toi.

      Montre-moi le chemin que je dois prendre : Vers-toi j’élève mon âme.

      … Pour l’honneur de ton nom, Seigneur, fais-moi vivre.

      A cause de ta justice, tire-moi de ma détresse. »

Le plus douloureux car sans ouverture est le psaume 87 du vendredi soir. J’ai mis longtemps à prononcer les paroles sans effroi, effroi d’autant plus grand que j’associe à cette prière toutes celles et tous ceux qui, dans le monde et près de chez nous, vivent cela – tous ceux dont personne ne veut se soucier ou garder le souvenir, tous ceux qui se sentent rejetés, même par Dieu :

   « Mon âme est rassasiée de malheur,

      Ma vie est au bord de l’abîme, Ma place est parmi les morts.

      Le poids de ta colère m’écrase, Enfermé, je n’ai pas d’issue. »

Et pourtant :

   « Je t’appelle, Seigneur, tout le jour

      … Je crie vers toi, Seigneur »

Mais le malheur est trop grand, le Seigneur trop lointain pour qu’il y ait place pour autre chose qu’une plainte sans réponse :

   « Pourquoi me rejeter, Seigneur,

      Pourquoi me cacher ta face ?

      … Ma compagne, c’est la ténèbre. »

C’est dans le psaume 90 du dimanche que l’on peut entendre la réponse de Dieu :

   « Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;

      … Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;

      Je suis avec lui dans son épreuve. »

Quoi qu’expriment les psaumes, de soir en soir, je les habite sans me lasser car ils disent, avec un souffle puissant, tout ce que les humains peuvent vivre, du plus joyeux au plus tragique. Et Jésus, comme le peuple juif, les a priés dans l’allégresse comme dans la déréliction.

« Dans les pires détresses, certains profèrent un chant d’espérance que beaucoup perçoivent comme une lueur dans la nuit. » (Jean Lavoué. Le poème à venir. Pour une spiritualité des lisières,Médiaspaul, 2022, 143 p.)

Et nous, membres de La Pierre Roulée, chaque jour, nous sommes invités à dire cette prière qui nous tourne vers l’Ouvert :

   « Dans nos obscurités, Seigneur, Tu es notre lumière,

      Au cœur de nos journées, Tu viens rouler la pierre et nous donner la vie. »

Marie

Réconciliation ?

Réconciliation ?

Marcher selon le souffle…

« Le fruit du souffle est l’amour, le chérissement, la paix, la patience, l’obligeance, la bonté, l’adhérence, l’humilité, la maîtrise de soi. (…) Si nous vivons par le souffle, marchons aussi selon le souffle. »

Galates 5, 22-23  Traduction de la Bible de Chouraqui

Le fruit du souffle, les fruits de l’Esprit. Chacune et chacun deviennent porteurs de Parole. Chacune et chacun en marche avec le léger déséquilibre nécessaire à cette marche, pour franchir le pas, débordant de générosité, en toute gratuité.

J’aime lire les mots de ces fruits de l’Esprit. Je les ai relevés dans la traduction de Chouraqui pour en goûter le sens à travers des résonances inattendues.

Le fruit du souffle, les fruits de l’Esprit brûlant d’amour pour l’homme, font appel à la liberté de chacun à se déterminer pour vivre à ce souffle, ouvrir oreille et coeur.

Dieu par l’Esprit parle à notre cœur, chacun selon sa langue, pour une création commune et ouverte.

Le cœur est souvent le lieu de nos misères, il est aussi ce lieu où Dieu, par sa parole, peut nous rejoindre. Surprise de sa  parole. Elle peut être bienfaisante, réparatrice. Elle soigne ce qui, en nous, est blessé. Elle relève ce qui, en nous, est tombé. Elle restaure ce qui, en nous, est humilié. Elle unifie ce qui, en nous, est divisé. Mais rien de cela ne se fait sans nous, sans notre désir, ni sans notre consentement. Nous sommes parties prenantes de la conversion de notre cœur, de la vie au souffle de l’Esprit.

Nous recevons la confiance et l’audace pour OSER, dans tout ce que nous faisons, la rencontre de l’autre, la réconciliation, en nous-mêmes, avec Dieu et ainsi avec autrui. Le fruit du souffle, les fruits de l’Esprit, naissent de cette réconciliation, en nous mêmes, avec Dieu et ainsi avec autrui. J’éprouve combien est difficile tout chemin de réconciliation, transformation de mes résistances, changement du regard porté sur l’autre, lâcher prise, humilité qui s’insinue dans la faille de mes hésitations . Mourir à ce qui est ancien, faire tomber les barrières,  guérir de la colère et de l’angoisse, créer l’espace pour dire la blessure, aller vers une relation autre – renouvelée.

La violence, l’emprise, la jalousie, l’iniquité, le refus de l’autre, le repli sur soi, les discriminations poussent et prolifèrent en nous et entre nous.

Le souffle nous émonde et nous donne de pousser au jour l’avènement de la bonté, de la patience condition de l’amour, de la paix en confiance. 

« Si nous vivons par le souffle, marchons aussi selon le souffle. »

Geneviève – Juin 2022

Le Crucifié

Le Crucifié

« C’était nos souffrances

Qu’il portait

Nos douleurs

Dont il était chargé »

Isaïe 53,4

*

*

Corps blessé

Lui

Le supplicié

 « Nous »

Désarticulé

Corps blessé

*

Corps écartelé

Lui

Le crucifié

Nous

Tenus en rivalité

Corps écartelé

*

Corps défait

Lui

Se tait

Nous

Loin de la paix

Corps défait

*

Corps défiguré

Lui

Entièrement donné

Nous

En mal de fraternité

Corps défiguré

*

Corps transpercé

Son amour

Pour nous

Livré

*

Corps transpercé

Notre mensonge

En lui

Démasqué

*

Laure

J’ai vu cette inscription sur le bitume d’un trottoir.

Et depuis le texte qu’a écrit Marie, cette expression fait aussi son chemin en moi.

Message écrit en pleine ville que l’on découvre quand on marche.

Serait-ce une invitation à relever la tête pour regarder l’inconnu que je croise,

lui sourire, en ayant au cœur cette inscription sous nos pieds

afin qu’elle prenne corps en nous et entre nous ?

Il y a des regards qui guérissent des angoisses insoupçonnées…

Il y a des attitudes bienveillantes qui sauvent des naufrages…

Il y a des silences qui élargissent l’accueil d’une présence inattendue…

Il y a des tendresses qui caressent les cœurs mal aimés…

Il y a des paroles qui naissent au creux des attentes…

Il y a l’orage ou le feu dans le risque de la rencontre…

Mais « soupçonner le meilleur en l’autre », c’est déjà y croire, faire le premier pas

parce que « l’initiative de l’amour ne se lasse pas, ne se décourage pas ! »

Pierrette

Sur le bord de la route… (Marc 10,46-52)

Bartimée,

un aveugle mendiant,

il crie :

« Jésus, fils de David

aie pitié de moi ! »

Celui qui tend la main

A appris à demander…

« Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. »

On lui dit : « Confiance, lève-toi, il t’appelle. »

Le texte grec dit « courage » !

Avant de voir,

Bartimée a écouté l’appel de Jésus…

Avant de voir,

Bartimée bondit et coure vers Jésus !

Nous, nous voulons d’abord voir…

et seulement après, nous lever

et nous mettre en route !

Bartimée nous apprend à croire !

Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Qui est le mendiant de l’autre à ce moment-là ?

Quel est mon désir profond ?

Qu’ai-je à te demander Seigneur, aujourd’hui ?

« Rabbouni, que je voie. »

La lumière qui lui manque

est dans le regard du Christ !

Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé ? »

Aussitôt, l’homme se mit à voir

et il suivait Jésus sur la route.

Jésus n’est pas un « magicien-guérisseur » !

Pierrette

Vivre avec la promesse d’un souffle

Vivre avec la promesse d’un souffle

« Entre la foi et l’incrédulité, un souffle,
Entre la certitude et le doute, un souffle.
Sois joyeux dans ce souffle présent où tu vis.
Car la vie elle-même est dans le souffle qui passe »

Omar KHAYYAM, poète persan du 11e siècle, dans Quatrains

Rencontres, présence de l’été, des vraies joies, des vraies tristesses, la vie qui va, la fragilité partagée de l’un qui assume sa vie qui se termine, la vulnérabilité préoccupante de l’une qui brûle son être en addictions fascinantes, l’éveil d’un autre qui entraperçoit la vitalité généreuse de la fraternité, la joie des découvertes confiantes, le rire des enfants, la vie qui va. Le vivable et l’invivable.

A des moments, lorsque je bute le souffle court, je dis silencieusement : « Ne crains pas, crois ! ». Une forme de prière du cœur qui engage ma vie de baptisée en confiance en la promesse d’un Souffle. La brise légère de Dieu qui est à l’intime de chaque vivant, le Souffle du Verbe.

C’est alors que le Souffle intervient, comme un don : celui d’être toujours en mouvement, non seulement physiquement, émotionnellement, mais intellectuellement, dans la réflexion, la pensée. Le Souffle nous aide à ne pas rester à la surface des choses,  à prendre des chemins insoupçonnés pour l’approfondissement de la Parole.

Le Souffle, comme  une force intérieure qui dynamise et nous entraîne femmes et  hommes à la suite les uns des autres, parfois dans des débats contradictoires si déroutants, fécondité possible de la pluralité des existences.

Le Souffle, pour nous garder chacun dans un esprit d’ouverture, pour chercher à comprendre, sans juger, pour respecter les expressions multiples sans jeter d’anathème, parce que tout le monde n’en est pas au même point, parce que personne n’a le même parcours de vie, ni les mêmes expériences de foi.

 Ce  Souffle, pour nous ouvrir les uns et les autres au dialogue avec les parcours spirituels autres que le christianisme, pour nous mener les uns et les autres à dialoguer. Ce Souffle peut faire découvrir aux uns comme aux autres les possibles réels de ce dialogue, le bonheur de comprendre et d’approfondir ses propres spécificités, d’apprendre à mieux se connaître et, pourquoi pas, idéalement, d’aboutir à une fraternité réciproque.

Une tradition spirituelle autre que la nôtre, peut dire quelque chose de proche, ainsi la citation d’introduction empruntée au poète persan.

Nous sommes appelés à vivre de la promesse d’un Souffle, parfois ténu, qui parle de la présence souvent surprenante de Dieu. Dans notre vie quotidienne, vivre de la promesse de ce Souffle… Accueillir une rencontre impromptue, repérer comment est renouvelé ce qui était devenu habituel, comment est dérangé ce qui était ancré, observer comment est relancé ce qui était stoppé.

Vivre de la promesse de ce Souffle, c’est encore, en toutes circonstances et contre toute attente, alors qu’on se sentait seul-e et impuissant-e, faire l’expérience de garder vives la foi, la patience, l’espérance, la confiance et s’apercevoir que l’amour ne vient pas de nous, qu’il est donné. Vivre et apprivoiser l’invisible. 

Cheminer avec cette grâce invisible, qui se livre à travers la parole, à travers quelques signes ordinaires comme un geste d’hospitalité, un repas partagé, une discussion qui nous fait sortir de soi, une rencontre qui nous apaise. Vivre de la promesse de ce Souffle avec une écoute attentive et attentionnée, une attitude toute simple dans le quotidien de notre vie, en conciliant toutes les forces qui nous habitent, les mauvaises comme les bonnes, pour devenir exactement qui nous sommes. Le Souffle se mêle à nos paroles et poursuit sa route.

Toi, Seigneur,

Ne retiens pas loin de moi ta tendresse !

Que ton amour et ta vérité sans cesse me guident !

Psaume 39

Geneviève