Pluie et brouillard m’accompagnent dans ma promenade en montagne en ce temps pascal. Je traverse alpages et forêts. Il y a encore de la neige par-ci, par-là. Je dégouline malgré ma cape. Soudain, sous les arbres, au milieu de quelques rochers, comme suspendu dans la pente, un joli massif de jonquilles où s’entremêlent jonquilles sauvages et jonquilles de culture. Les reflets de vert, de jaune et d’orange au milieu de la grisaille illuminent l’instant et le lieu…
Cette vision me marque en cette fin de semaine car elle est à l’unisson de mon quotidien, de notre quotidien, entre ombre et lumière. Les événements joyeux et tristes s’enchaînent. Il faut faire face et surtout continuer à avancer sans baisser les bras. La dynamique du temps pascal m’habite : la vie est plus forte que la mort.
Il est vrai que cette dernière est bien présente. La Muerte est trop présente. Je connaissais Colette depuis plus de 50 ans… J’ai vu naître Valentin et voilà qu’au matin de Pâques, à 32 ans, il se tue dans le couloir Whymper… Accompagner la famille de Jacques dans son A-Dieu à l’être cher dans le respect des croyances et sensibilités de chacun…
Mais il y a le baptême de Joséphine, la cueillette du muguet bien précoce cette année, la contemplation des pousses et plantes grasses de mes balcons qui ne cessent de me réserver des surprises heureuses…
Pourtant, en pleine nuit, je ne peux me raisonner à ne pas regarder mon portable pour savoir ce qui se passe en Iran, au Liban, à Ormuz, car des amis vivent dans ces contrées et j’ai peur de mauvaises nouvelles…
Au milieu de ce brouhaha guerrier, voilà la pérégrination pleine d’imprévus du pape Léon qui apparaît autant en pèlerin têtu de la paix qu’en homme politique du fait des circonstances trumpistes et terroristes. De son séjour en Algérie, l’opinion publique se souviendra qu’il s’est pris une avoinée du président américain, que les terroristes islamistes ont manqué de gâcher son séjour, que le journaliste sportif français est toujours en prison et que la foule algérienne était absente, au contraire de ce qui se vit au Cameroun. Autant Léon est peu charismatique, autant ses paroles ciselées à l’aune augustinienne sont d’une force incroyable et interpellante.
Il n’en reste pas moins qu’une étude fine des statistiques de l’Eglise catholique de France montre que si, effectivement, il y a eu beaucoup de baptêmes à Pâques 2026, une hirondelle ne fait pas le printemps. La tendance du siècle montre une baisse importante du nombre des baptêmes, des mariages, des entrées au séminaire, des ordinations. Elle fait prendre conscience que nous sommes passé du temps de la transmission de génération en génération à l’ère de l’adhésion à une personne, le Christ, parce que sa Parole a été partagée et entendue et que des hommes et des femmes en ont témoigné…
Le monde change, l’Eglise se cherche, l’humanité patauge, les temps sont durs, mais l’Esprit souffle, les jonquilles irradient, la vie renaît, des hommes et des femmes innovent et créent.
Il y a toujours une lumière au bout du chemin et de la nuit !
Vincent Feroldi, 16 avril 2026
