Où es-tu ?

Où es-tu ?

Je lis en ce moment « Visiter nos cachettes » de Marie-Laure Durand (Le Cerf, 2023, 128 p.). Adam et Eve se cachent parmi les arbres pour ne pas montrer qu’ils sont nus car ils ont honte ; ils ont enfreint une limite, un interdit : ne pas manger le fruit d’un arbre, celui de la connaissance du bien et du mal (Gn 2, 25 ; 3 1-13). En disant « Où es-tu ? », Dieu propose à Adam et Eve une porte de sortie.

De ce livre présenté comme un voyage spirituel, je ne retiendrai que la question de Dieu : « Où es-tu ? » car cette question a résonné en moi de multiples façons :

   Où es-tu quand je compte sur toi et que tu te dérobes ?

   Où es-tu quand je te parle, quand j’espère ton attention ?

   Où es-tu quand tu rêves à un ailleurs au lieu de te confronter à la réalité de ce que tu vis, de ce que tu es ?

   Où es-tu, quand tu t’obstines à vouloir avoir raison ?

   Où es-tu quand tu te caches parce que tu ne te sens pas à la hauteur, parce que tu crains le jugement des autres, ou de les décevoir ? Qu’as-tu à protéger, à défendre? Qu’as-tu peur de perdre ?

Où es-tu quand j’ai faim ou soif, quand je suis nu, malade ou en prison (Mt 25, 31-46) ?

Où es-tu quand l’indifférence gagne la société et laisse prospérer violences et injustices ?

Je pourrais multiplier les situations de vulnérabilité, de nudité (« J’étais nu et je me suis caché », dira Adam à Dieu) où je n’ai pas saisi la question « Où es-tu ? » comme une ouverture, une liberté intérieure à construire, une responsabilité qui appelle à ne pas se dérober.

Heureusement, même dans ces situations, une seconde chance peut être donnée, comme elle l’a été pour Adam et Eve après leur expulsion du jardin d’Eden. Ils ont appris « de nouvelles façons de faire face (chacun) à sa propre nudité car celle-ci est incontournable. Être humain, le devenir un peu plus, c’est être nu et apprendre à vivre avec ».

Tout au long de sa vie, Jésus ne s’est pas dérobé. Il a été présent, il a affronté la réalité dans toute situation, que ce soit l’incompréhension de ses disciples ou la perversité de ceux qui voulaient sa mort. Au moment de sa passion, il a connu la vulnérabilité de la trahison, du mépris, des outrages, de la cruauté, de la nudité et il ne s’est pas dérobé. A la question « Où es-tu ? », Jésus a répondu en étant là, proche du réel tel qu’il est. Il ne fuit pas au moment de sa mort car il n’a pas fui au moment de sa vie… Jésus reste là à faire face aux événements qui constituent son existence ». « Voici l’homme » dira Pilate. Un homme vulnérable mais libre, qui n’a rien à défendre, rien à prouver, rien à perdre. Il a tout donné.

Dans nos groupes et communautés, comment nous aider mutuellement à grandir en liberté, sans être « prisonniers des cachettes qui gâchent la vie » ?  Dans la réciprocité de la rencontre, on ne peut ouvrir des chemins de vie que si, à la question « Où es-tu ? », on peut répondre « Me voici ! », tel/telle que l’on est, sans masque, dans la confiance.

Marie

3 mars 2024

Laisser un commentaire